HISTOIRE UNIVERSELLE PUBLrtE Par une société de professeurs et de savants sous LA DIRECTION DE V. DURUY HISTOIRE DE LA BOTANIQUE DE LA MINÉRALOGIE ET DE LA GÉOLOGIE OUVRAGES DE M. HOEFER PUBLIÉS PAR LA MÊME LIBRAIRIE Histoire de la physique et de la chimie, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, i volume in-l(i, broché. 4 fr. Histoire de la Zoologie. 1 vol. in-16. 4 fr. Histoire de l'Astronomie. I vol. in-16. 4 fr. Histoire des sciences mathématiques. 1 vol. in-16. 4 fr. Diodore de Sicile: Bibliothèque historique; traduction fran- çaise, avec deux préfaces, des notes et un index, par Ferd. Hoefer; 2« édition. 4 vol. in-16. 14 fr. CouLOMMiEHS. — Typographie Paul BKODARD, HISTOIRE DE LA BOTANIQUE DE LA MINÉRALOGIE ET DE L/V GÉOLOGIE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS FERDINAND HOEFER PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C'^ 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1882 I^f^^(4 i%\ découler, être amer) paraît être la racine des mots grec et latin, [^-upp'x, myrrha. La myrrhe est, en effet, une sub- stance amère, résineuse, qui découle d'un certain arbre ; de tout temps fort estimée des Orientaux, elle se rencontre dans le commerce en larmes ou en grains, dont les plus volumineux ont la grosseur d'une noisette. Elle vient de l'Arabie et de l'Abyssinie. Mais quel est l'arbre qui la fournit? Les renseignements quo nous donnent à cet égard les anciens, sont fort divergents. D'après Théo- phraste et Diodore, c'est un arbre qui, par son fruit et son feuillage, ressemble au tèî-ébinthe, espèce de lentisque^- Pline le compare au genévrier^, et Dioscoride à un acacia ^ Bélon et d'autres naturalistes modernes inclinent vers l'opinion de Dioscoride. Mais s'il y a des acacias qui fournissent de la gomme, il n'y en a aucun qui donne une substance résineuse semblable àla myrrhe. Il est infiniment plus probable que l'arbre myrrhifère appartient à la famille des térébinthacées, plantes presque toutes remplies de ré- sine aromatique. Cette opinion, appuyée sur l'autoiité de Théophraste et de Diodore, est confirmée par deux voya- 1. Théophraste, Hist. plant., ix, 4; Diodore, v, 41. 2. Pline, Hir>. nat., xii, 15 3. Dioscoride, Mr'. med., i, 76. 10 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. geurs naturalistes, Ehrenberg et Hemprich. Le premier a décrit l'arbre d'où découle la myrrhe: il l'appelle bulsa- inodendron myrrha (famille des térébinthacées), voisin du genre bosweilia^ dont plusieurs espèces fournissent l'en- cens. La myrrhe, presque toujours associée à d'autres sub- stances résineuses, aromatiques, jouait un grand rôle dans les pratiques religieuses des Juifs et des Égyptiens. Elle entrait dans l'huile sainte, qui servait à oindre le Tabernacle ; elle était au nombre des présents offerts par les Mages. Nicodème l'employa , mêlée à d'autres aro- mates, pour embaumer le corps du Christ. Le vin myr- rhiné ( olvoç i-aTaviffT0<; [Iliaâp^ ii, 307), c'était bien le pla- tane [piqtanus orientalh)^ encore aujourd'hui commun en Asie Mineure. A raison de son port, il mérite bien l'épithète de fce.iw, xotXvi, que lui donne Homère. Qu'était-ce que le lotus d'Homère ? Avant de répondre à cette question, il importe d'abord d'établir que ce même nom s'appliquait à des espèces végétales très-diffé- rentes. Ainsi, le lotm hleu et le lotus rose dont parle Hérodote, étaient des plantes aquatiques, des nymphéacées, ancien- nement aussi abondantes dans le Nil qu'elles y sont aujourd'hui rares. Le lotus à fleurs bleues, nymphsea cxrulea (nchtmbium speciosum), aie fruit semblable aune capsule de pavot ; il renferme une quantité prodigieuse de petites graines que les Égyptiens employaient à la fabri- cation de leur pain. Les fleurs bleues de cette belle nym- phéacée, qui se retrouve encore dans les fleuves de l'Inde, se voient fréquemment peintes sur les antiques monuments de l'Egypte. Le lotus à fleurs roses, nymphsea nelumbo^ donnait la fève d'Egypte (xuafAoç Aîyutttioç). Ces fèves sont 20 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. contenues dans une capsule, percée de trous au sommet, et ayant tout à fait la forme d'une pomme d'arrosoir. Hérodote parle aussi d'un lotus à grandes fleurs blanches, semblables à celles du lis, et dont la racine était comes- tible. C'était là, non pas une nymphéacée, comme on l'a prétendu, mais une espèce d'aroïdée, probablement l'arum colocasia. Ses belles fleurs blanches faisaient partie de la coiffure d'Isis et d'Osiris. On les figurait aussi sur la tête d'Harpocrate. Le nom de iotus s'appliquait également au micocoulier [celtis australis^ L.), arbre de la grandeur d'un poirier, propre à la région méditerranéenne. Ses fruits, qui ressem l3lent à des fèves, sont insipides et inodores ^ Son bois, re- marquable par sa dureté et sa couleur brune, servait à la fabrication des flûtes et des statues de divinités. C'est pour- quoi XwToç est quelquefois synonyme de aùXo'ç, flûte. — Le diospyros lotus était le lotier arborescent, à baies rouges, légèrement sucrées, cultivé en Italie, autour des habita- tions *. Parmi les herbes de la campagne dont parlait Télé- maque, se trouvait aussi un lotus'. Etait-ce le mélilot ou le lotier corniculé de nos botanistes ? Voilà ce qui n'est guère facile à décider. Enfin l'arbrisseau dont les fruits servaient d'aliment aux Lotophages, était, d'après l'opinion la plus accréditée, lejujubier (r/iamrms /o/w5,L., ziziphus lotus, Encyclop.). Clusius, J. Bauhin, Linné, Shaw, partagèrent cette opinion. Poiret et Desfontaines essayèrent de la confir- mer. Poiret trouva le ziziphus lotus sur le littoral de Tunis et de Tripoli, particulièrement dans la petite Syrte et dans l'île de Djerbi. Desfontaines l'observa dans les mêmes contrées ; la description qu'il en fait s'accorde 1. Théophraste, Hist. plant., iv, 3. 2. Columelle, vu, 9. 3. Odyssée, iv, G03. ANTIQUITÉ. 21 avec celle qu'en donne Polybe. « Le lotus des Loto- jihages est, dit cet historien, un arbrisseau rude et armé d'épines. Ses feuilles sont petites, vertes et semblables à celles du r/iaînnu5; ses fruits, encore tendres, ressemblent, lorsqu'ils sont mûrs, aux baies du myrte; en prenant une couleur rousse, ils égalent en grosseur les olives rondes, et contiennent un noyau osseux. » Polybe donne encore d'autres renseignements sur le lotus. « Lorsqus le fruit, ajoute-t-il, est mûr, les Lotophages le cueillent, l'écrasent et le renferment dans des vases. Ils ne font aucun choix des fruits qu'ils destinent à la nourriture des esclaves; mais ils choisissent ceux qui sont de meil- leure qualité pour les hommes libres. Leur saveur ap- proche de celle des figues ou des dattes. On en fait aussi une sorte de vin en les mêlant avec de l'eau. Cette liqueur est très-bonne, mais elle ne se conserve pas au delà de dix jours. » — Ces renseignements s'accordent avec ceux d'Hérodote. « Le fruit du lolus est, dit-il, de la grosseur d'une baie de lentisque et d'une saveur ana- logue à celle des dattes. Les Lotophages préparent du vin avec ce fruité » Ainsi, suivant les autorités que nous venons de citer, les fruits du lotus d'Homère étaient les jujubes, assez communes sur les côtes de l'Afrique septentrionale. Mais il faut cependant reconnaître que ces fruits, o'ils peuvent être de quelque ressource pour des peuplades sauvages, n'ont aucune des qualités que leur assignait le poète. D'a- bord les fleurs du jujubier, parfaitement insipides, n ■. se mangent point; ces paroles d'Homère, àvOtvov e.o/-, mets fleuri^ ne leur sont donc pas applicables : .. -.ETTLÔriULev FaiVis AwTO'xxxYCDV, oix' avOivov eioap àoouaiv *• 1. Hérodoie, iv, 177. 2. Odyssée, ix, 83-84 22 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. .... Nous descendîmes Sur la terre des Lotophages, qui mangent un mets fleuri. On a beau forcer le sens des mots, on n'en fera jamais sortir ce qui ne s'y trouve pas : avôivov signifie fleuri, ce qui est de la fleur\ et stoap^ mets^ à moins qu'on ne lui donne le sens de splendide. Puis, les jujubes, d'une saveur inférieure à celle des dattes, sont loin d'avoir le goût du miel ; enfin elles n'ont rien de cette douceur qui puisse faire oublier à ceux qui en mangent le retour dans leur patrie. On ne saurait donc en aucune façon leur appliquer la suite des vers du 7 oëte : Ttov o' ô'ffTtc; XojTOÎo cpayoi p.EXr/ioéa xapTiôv, Où>c er' aTrayyàXai TrâÀiv 7]Ô£À£V, oùoè V££a()at. Aucun de ceux qui eut mangé du fruit mielleux du lotos Ne voulut y renoncer, ni revenir (dans son pays). On peut s'étonner avec raison que Desfontaines, dans son Histoire du /oius*,n'aitpasfait mention d'un arbre qui a beaucoup plus de titres que le jujubier à être pris pour le lotus d'Homère ; cet arbre c'est le caroubier [ceralonia siliqua^ L.), de la famille des légumineuses. Ses fleurs papilionacées, en grappe, ont une saveur sucrée, très- agréable, due aux jjetites gousses (siliques) tendres, qui commencent à se montrer bien avant que les corolles ne soient tombées. C'est ce qui justifie parfaitement cette locution d'Homère, àvOivov el^ap, mets fleuri^ qui a donné tant de mal aux interprètes. Quant aux longues gousses, qu'on nomme caroubes^ il suffit d''en avoir goûté pour leur trouver immédiatement cette saveur mielleuse qui rappelle le \t.z\vrfii(x xap7rdv,//unf mielleux^ d'Homère, bien différent de la saveur des jujubes. Il est d'autant plus étonnant que personne n'ait songe 1. Dans les Mém. de l'Acad. dm Sciences, année 1788, p. 443 et suiv. ANTIQUITE. 23 avant nous, à propos des Lotophages, au fruit du carou- bier*, que cet arbre était connu de tout temps des peuples groupés autour du grand bassin méditerranéen, et qu'encore aujourd'hui il est une ressource alimentaire pour les populations du littoral de l'Afrique, précisément là où Homère plaçait le pays des Lotophages. Notre opinion a été confirmée depuis par M. Ph. Bonne, profes- seur au collège d'Alger, parfaitement à même d'étudier la question sous tous ses points de vue^. Le népenthès, vvitovôsç d'Homère, a également exercé l'esprit des commentateurs. A juger par son étymologie, le népenthès était un produit propre à chasser la tristesse, TTc'vôoi;. C'est aussi le sens que lui donne le poëte quand il dit qu'Hélène Jeta aussitôt dans le vin, qu'ils (les convives de Ménélas) buvaient, un poison, Contraire à la tristesse (népenthès) et à la colère, faisant oublier tous les maux. ^utiV ap' eîç oivov [3ocXe (pâpixaxov, ev6ôv Ittivov^ NviTicVÔîç t' à'/oÀov T£, xa/cwv ÊTCtXr/Jov aTirâvTwv. Et pour mieux préciser encore l'action de ce cj/aptjLax&v, mot qui signifie à la fois poison et médicament , le poëte ajoute : Celui qui en a avalé après qu'on l'a mêlé à la coupe. Peut rester une journée sans répandre une larme sur les joues, Alors même que lui viendraient à mourir père et mère, Ou qu'il verrait devant lui périr, par le fer, un frère ou un fils chéri. "0<; To xaTajipô^eisv, Ittyiv xp-zit-^pi [i.iyciri, Oux àv £(fy)[/.sptdi; y= P^'Aoi scaxà Saxpu Trapsiwv, 1. Nous en avons parlé pour la première fois dans notre volume de VU Hivers pittoresque, contenant les États Tripolitains, page 83 (Paris, 1850). 2. Le caroubier ou l'arbre des Lotophages, par Philippe Bonne, membre fondateur du Comice agricole d'Alger, etc. Alger, 18G9, iû-18. 2A HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. OùS' et 01 jcaTaxeÔvaiy) \i.'f\vt\o xe ■KOLvf^Q ts, OiiS' £1 01 irpoTcàpoiôev ào-Xcpôv, ^ tpîXov uiov, XaXxw OYi'tocoev, 6 S' 6:p6aX[jLoTffiv ôpwto^ On a beaucoup discuté pour savoir ce qu'était le népen- thès d'Homère. Suivant les uns, c'était la cynoglosse [cyno- glossum officinale^ h.). Mais cette plante, de la famille des borraginées, n'a aucune des vertus que le poëte attribuait au népenthès. Suivant les autres, c'était la stramoine [datura stramonium^h.), de la famille des solanées. Ceux- là a])prochaient davantage de la vérité. Selon d'autres, le népenthès aurait été tout simplement du vin capiteux, procurant une prompte et longue ivresse ^. Enfin, il y en a qui prennent le cpoépjxaxov d'Hélène pour une espèce d'inule, Vinuia Helenium de Linné, qui n'est aucunement narcoti- que. Cette opinion ne mérite pas même d'être réfutée. Nous croyons que le fameux népenthès dont parlent, après Homère, Pline [Hist. nat.^ xxi, 3S7 et 91, xxv, 5), Macrobe et Eustathe, était l'opium. Ce suc concrète du pavot [papaver ^om^ii/erum, L.) réunit, en effet, toutes les propriétés qu'on attribuait à la drogue employée par Hé- lène, initiée à la connaissance des poisons. Diodore nous apprend qu'on invoquait les vers cités plus haut comme un témoignage du séjour d'Homère en Egypte. « En effet, ajoute-t-il, les femmes de Thèbes (en Egypte) connaissent encore aujourd'hui la puissance du népenthès, et les Diospolitaines (Thébaines) sont les seules qui s'en servent depuis un temps immémorial pour dissiper la colère et la tristesse*. » — On voit que l'opium a joué, de toute antiquité, un grand rôle en Orient, Une autre femme, que le poëte nous représente comme bien plus habile encore que la belle Hélène à préparer 1. Odyssée, iv, 220-226. 2. Voy. VExcursus de Desfontaines, dans le t. II, p. 151 et suiv., de l'édition de Pline (GoUect. des Classiques de Lemaire, Paris, 1830). 3. DioJore, i, 97. ANTIQUITÉ. 25 des poisons, c'était la fameuse Gircé, qui hébergeait chez elle des loups et des lions apprivoisés après leur avoir donné des poisons [ircù xaxà cDapf«.ax' ISwxev). Ces bêtes féroces la suivaient comme des chiens , caressant leur maîtresse. C'est Gircé qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux, après les avoir enivrés et touchés de sa baguette, Ulysse aurait subi le même sort, si Mer- cure ne lui eût pas montré le moyen de neutraliser l'ac tion du 9otpp.ajiov de Gircé, par une plante Qui avait la racine noire et la fleur d'un blanc de lait ; Les dieux la nomment moly ; elle est difficile à creuser Aux mortels. 'Pt![ï) [/.£v jjLsXav effxe, -{aka.x.-:i ok ttxïXov àvOoç* MwÀu oÉ [XIV xaXéouai Osor ^aXsTtov oi x' opuaaetv 'AvÔpac-', ys Ûv7)T0Îat'. Quelle était la plante, appelée moly? Les anciens, tels qu'Ovide, Lycophron et les scoliastes qui en parlent, ne nous donnent là-dessus aucun renseignement précis. Théophraste [Hist. plant. ^ ix, 15) dit que la racine du moly est bulbeuse, que ses feuilles sont semblables à celles de la scille, et il indique les bords du Phénée en Arcadie comme lieu de provenance du moly le plus estimé. G'était donc une plante qui aimait les localités humides. Pline répète à peu près les mêmes détails; et il ajoute que des auteurs grecs ont dépeint la fleur comme jaune, tandis qu'Homère la décrit comme blanche^ Partant de ces données, Glusius (de l'Ecluse) et J. Bau- hin ont cru voir dans le moly d'Homère une espèce à'allium, genre qui contient , entre autres , l'oignon et l'ail, réputés propres à combattre les effets de l'ébriété. Adoptant cette opinion, Linné a donné le nom homérique 1. Odyssée, x, 212 et siiiv. 2. Pline, Hist. nat., xxv,8. â6 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. de moly à l'ail doré [alliuni moly)^ que l'on cultive dans les parterres, à cause de ses fleurs nombreuses d'un beau jaune, à odeur alliacée, très-pénétrante. Le moly était , suivant nous, une espèce à'arum^ pro- bablement la serpentaire [arum dracunculus^ L.), dont la réputation contre les maléfices est fort ancienne. Sa racine bulbeuse, qui trace profondément, est noire, im- prégnée d'un suc laiteux, corrosif; l'enveloppe de la fleur (spathe) est marquée, comme la hampe, de taches blan- ches. Tout cela s'accorde très -bien avec les caractères donnés par Homère à une plante recommandée par le dieu qui avait son caducée enroulé de serpents. Ajoutons enfin que la serpentaire est une plante propre aux lo- calités humides et ombragées de la région méditerra- néenne. Les autres plantes mentionnées par Homère sont : Vasphodèle^ qui formait, près des Portes du Soleil (Gibral- tar), la prairie (aacioSiXôv )i£tu.cova) habitée par les âmes, fantômes des trépassés [^uy^oi\, etâwXa xkjjlovtwv) *; c'était VaspJiodelus ramosus^ belle plante méditerranéenne, dont les racines bulbeuses sont comestibles, et que les anciens plantaient près des tombeaux, dans la croyance que lés mânes s'en nourrissaient. — he pavot ([Jirixcov), qui penche la tête, chargée de graines [Iliade^ viii, 306. — Le xpo>coç et le 6axiv9o(; [Iliade, viii, 347), plantes prin tanières , comme le sont le safran et la. jacinthe. — Le jonc (ayoîvoç), qui croît aux bords des fleuves [Odyssée, v, 463). — Le cornouiller (xpavetY]), avec le fruit duquel Gircé nourrissait les compagnons d'Ulysse, changés en pourceaux [Odys- sée, X, 242). — Le peuplier noir (aiysipoç) [Odyssée, vu, 106; XVII, 208), et le peuplier blanc (à/spon?), qu'Hercule, après sa descente aux enfers, avait rapporté des bords de l'Aché- ron [Iliade, xiii, 389; xvi, 482). — Le sapin (iXaT-/)), qui habite le mont Ida [Iliade, xiv, 287). — On trouve aussi 1. Odyssée, xxiv, 13-14. ANTIQUITÉ. 27 dans les poèmes d'Homère une mention fréquente du blù (Cîiâ), d'une terre fertile en blé^ Çeiotopo; à'poupa, et de la vigne, cultivée à Ithaque et à l'île de Schéria dans les jardins d'Alcinoùs. Flore du paganisme. Les plantes jouaient un grand rôle dans le symbolisme hiéroglyphique des Egyptiens. Osiris et Harpocrate sont ligures naviguant assis sur des feuilles de lotos. A Isis était consacré le ftnea. Qu'était-ce que le Tcepaia ou Tiepaîa? Les opinions sont divisées là-dessus. Suivant les uns, c'était le pêche7\ en s'appuyant sur ce passage de Diodore : « Il croît aussi en Egypte plusieurs espèces d'arbres, parmi lesquels on distingue le persea^ dont les fruits sont remarquables par leur douceur; cet arbre a été importé de l'Ethiopie par les Perses à l'époque oùGarabyse était maître du pays^.s) Suivant d'autres, au nombre desquels se trouve Sprejigel, c'était le sebeslier {corclia myxa)^ arbre à feuilles arrondies, amincies à leur base, riches en nervures,, dont le pétiole sort d'un nodule cupu- liforme. Ses fruits drupacés, connus sous le nom de sebestes^ ont une saveur sucrée ; ils étaient autrefois em- ployés en médecine. Cet arbre, anciennement commun dans la haute Egypte, y est aujourd'hui extrêmement rare. Au rapport de Delisle, le perséa est le balaniles xgyptiaca^ le heglyg ou lebakh des Arabes, arbre de six à sept mè- tres de haut, dont le fruit a quelque ressemblance avec celui du dattier. Il ne se rencontre aujourd'hui que sur les frontières de l'Ethiopie-. Sur les monuments assyriens ou perses, rapportés des 1, Diodore, i, 34 (t. I, p. 39 de la 2' édit. de notre traduction) 2. Delisle, Flore de VEgijpte (dans le t. XIX, p. 263, de la Descrip- tion de l'Egypte). 28 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. fouilles de Khorsabad, on voit la figure d'une divinité tenant dans la main droite un produit végétal , qu'on a pris pour une pomme de pin, et qui est, selon nous, tout simplement un bourgeon, reconnaissable à sa forme et à la disposition de ses écailles, symbole du réveil de la na- ture au printemps. Le même bourgeon se montre épanoui au sommet de la tête de la figure, garnie de cornes, sym- bole du principe fécondant '. Les arbres les plus beaux, ou caractérisés par queLjue propriété saillante, étaient consacrés chacun à une divinité particulière. A Jupiter était consacré le châtaignier : .... Jovi quae maxima frondet iEsculus'. A Hercule le peuplier, à Bacchus la vigne, à Vénus le myrte, à Apollon le laurier : Populus Alcidae gratissioaa, vitis laccho, Formosse myrlus Venerij sua laurea Phœbo '. Les arbres de la forêt, notamment les chênes, étaient animés par des nymphes, les Dryades. Quelques-unes de ces divinités faisaient pour ainsi dire corps avec ces ar- bres, d'où leur nom de Ilamachyades ^ Les Héliades, filles du Soleil, furent métamorphosées en peupliers noirs, qui passaient pour sécréter le suc- cin\ A l'origine de la jacinthe se rattache tout un mythe. Apollon avait tué involontairement d'un coup de disque le jeune et beau Spartiate Hyacinthus. Pour perpétuer les traces de sa douleur, ce dieu fit naître une fleur, belle 1. Voyez notie Babylonie, Assyrie, etc., p. 320, composant le t. IX de l'Asie de l'Univers pittoresque. 2. Virgile, Georg., ii, 15. 3. Virgile, Eclog., vu, 6I-G2. 4. Virgile, Eclog., v, 50 ; x, 62. 5. Virgile, En., x, 190; Diod., v, 23. ANTIQUITÉ. 29 comme le lis; seulement sa couleur, au lieu d'être blan- che, était pourprée. Non content de cela, Apollon inscrivit ses pleurs sur les feuilles, et les lettres ai ai^ que porte la fleur, marquent les gémissements du dieu : FIos oritur, formamque capit qiiam lilia; si non Purpureus color hic, argenteus esset in illis. Non salis hoc Pliœbo est, is enim fuit auctor honoris: Ipse sucs gemitus foliis inscribit, et ai ai Flos liabet inscriptum, funestaque littera ducta est •. La seule fleur, connue des anciens, à laquelle puissent convenir ces caractères, c'est, non pas une jacinthe propre- ment dite, mais une espèce de lis, le lis martagon [LiUum marlagon, L.). Les segments de la corolle, fortement rou- lés en dehors, sont marqués de taches noires, auxquelles il est facile, avec un peu d'imagination, de trouver quelque ressemblance avec certaines lettres grecques. Du sang de Vénus naquit la rose, et de ses larmes l'anémone : XÎ^t ôoSov TixTEi, Tot Se Saxpua xotv àv£[ji.ojvav^. Une plante, remarquable par ses fleurs d'un beau rouge foncé, Vadonis xstivalis^ doit sa naissance au sang d'A- donis que Vénus fit périra Cette plante s'appelle encore aujourd'hui la goalte de sang. La fleur en laquelle fut changée la nymphe Glytie\ passe pour celle d'une espèce dé crucifère, voisine de la giroflée, pour Viiesperis matronalis. Phérénicus, poète épique d'Héraclée, se rendit célèbre en imaginant des métamorphoses de ce genre. Il chaula, entre autres, le figuier, le cornouiller, le peuplier, le hêtre, 1. Ovide, Metamorph. , x, 212 et suiv. 2. Bion, I. 166. 3. Ovide, Metam., x, 725 4. Ibid., X, 267. 30 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. comme étant des Hamadryades, engendrées par le com- merce d'Oxyle avec une nymphe. La mythologie, cette religion d'artistes, qui animait tout le règne végétal, prêtait singulièrement à la poésie. Les croyances austères qui lui ont succédé ont arrêté ces élans de l'imagination. Le jardin des Hespérides, dont les pommes d'or étaien: gardées par un dragon à cent têtes, renfermait, sou; une forme poétique, quelques faits réels. Les Hespéridc;; étaient les nymphes de l'Occident, filles de Jupiter et d'Hespérus. Mais l'Occident change de signification sui- vant la région oti l'observateur se trouve placé relative- ment au soleil. Ainsi, pour les Hellènes, l'Asie Mineure était l'Orient, tandis que pour les habitants de l'Asie Mineure la Grèce était l'Occident. Maintenant, quel est le peuple auquel les Grecs ont emprunté la plupart de leurs légendes mythologiques ? Ce sont, selon leur propre aveu, les Egyptiens. Or à l'occident de l'Egypte et au midi du Péloponnèse est située la Gyrénaïque, portion orientale du littoral de l'Afrique septentrionale. C'est dans la Gyrénaïque que les plus anciens géographes placent le jardin des Hespérides. Voici ce qu'on lit dans le Périple de Scylax : « Le golfe formé par le promontoire de Phycus est inabordable. Près de là se trouve le jardin des Hespérides. G'est un lieu de dix-huit orgyes, ceint de toute part de précipices si escarpés qu'il n'est accessible d'aucun côté. Il a deux stades d'étendue en tout sens, sa longueur étant égale à sa largeur. Ce jardin est rempli d'arbres serrés les uns contre les autres, et dont les bran- ches s'entrelacent. Ce sont des lotus, des pommiers de toute espèce, des grenadiers, poiriers, arbousiers, mûriers, myrtes, lauriers, lierres, oliviers cultivés et sauvages, amandiers et noyers ^ » En résumé, suivant le témoignage de Scylax, c'est près 1. Scylax, Peripl, 110 (édit. Gronov.). ANTIQUITÉ. 31 du golfe formé par le promontoire de Phycus (aujourd'hui Ras-Sem) qu'il faut placer le jardin des Hespérides. Ce témoignage semble confirmé par les voyageurs modernes. Ainsi, au rapport de Pacho, on retrouve encore, dans le lieu indiqué, tous les arbres nommés par Scylax, à l'exception des noyers et des pommiers. Dans l'emplace- ment inabordable, ceint de précipices rocailleux, le voya- geur voit l'allégorie du dragon préposé à la garde du jardin des Hespérides *. A quelque distance du cap Phycus sont les ruines de Beneglidem, l'ancienne Balacris, située sur la route qui conduisait à Ptolémaïs, à quinze milles de Gyrène, suivant Ptolémée. Non loin de là était le port où abordèrent probablement les Argonautes, lorsque du cap Malé ils furent rejetés sur les côtes de l'Afrique par un vent du nord. Hercule, qui était au nombre des Argo- nautes, parvint, d'après la légende, à s'emparer des pom- mes d'or du jardin des Hespérides. Poètes, historiens et voyageurs, tous ont vanté la beauté et la fertilité de cette plage. Pindare l'appelle «la />■wg'^7ère, le Jardin de Jupiter, le Jardin de Vénus. » Selon Théo- phraste, les terres de la Gyrénaïque étaient légères, vivi- fiées par un air pur et sec ; l'olivier et le cyprès y acqué- raient une rare beauté*. « Le territoire limitrophe de la Gyrénaïque, dit Diodore, est excellent et produit quantité de fruits, car il est non-seulement fertile en blé, mais il produit aussi des vignes, des oliviers et toutes sortes de fruits sauvages. » Strabon plaçait le jardin des Hespérides aux environs de la grande Syrte. « Ceux qui habitent, dit-il, le fond de la Syrte, ne mettent que quatre jours pour se rendre au jardin des Hespérides, en suivant la direction du le- vant d'hiver. » Délia Gella, qni de nos jours l'a parcouru, s'accorde 1. Pacho, Voyage dans la Marmarîque et la Cyv.énaïque, p. 172. 2. Théophraste, Hist. plant., vi, 27 ; iv 3. 32 HISTOIRE DE LA BOTANIOCIE. avec ces témoignages. Ainsi, au rapport de ce voyageur, les deux arbres dont parle Théophraste comme acquérant une rare beauté dans la Gyrénaïque, l'olivier et le cyprès, présentent encore aujourd'hui, dans cette contrée, une vé- gétation singulièrement luxuriante*. C'est dans la plaine située entre la partie élevée de la Gyrénaïque et le bord de la mer qu'il place le jardin des Hespérides. Toute cette étendue de côte, à partir de l'ouest du cap Ras-Sera (Phycus), est rendue à peu près inaccessible par les in- nombrables rochers qui la bordent. Derrière ces rochers se trouvent les belles prairies d'Ericab. On a beaucoup discuté pour savoir si les pommes dorées du jardin des Hespérides étaient des citrons ou des oranges. Cette question a peu d'importance. Il suffit de savoir qu'aujourd'hui, comme autrefois, on ren- contre des citronniers et des orangers sur tout le littoral de l'Afrique , depuis la Gyrénaïque jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Dans le même territoire de la Gyrénaïque, qu'habi- taient les Lotophages , se trouvait aussi le sUphium, plante à laquelle les anciens attribuaient les propriétés les plus merveilleuses. Pline lui reconnaissait, entre autres, celles d'endormir les moutons et de faire éternuer les chèvres ^ Le suc de cette plante se vendait au poids de l'or. Le silphium fut un des principaux objets du commerce des Gyiénéens; il passa en proverbe comme un symbole de richesses. Une tige de silphium était regardée comme un présent digne des princes et des dieux. César retira d'une de ces tiges, conservée dans le trésor public de Rome, la somme de quinze cents marcs d'argent. Les Cyrénéens avaient consacré cette plante à leurs souverains 1. Délia Cella, Viaggio da Tripoli di Barb aria aile frontière occt- dentali deW Egitto, p. 77 et 119. 2. Pline, Hist. nat., xii, 23. 1 ANTIQUITÉ. 33 les p'us vertueux. Ainsi, sur plusieurs médailles de Cy- rène, on voit, d'un côté, la tête du roi Battus ou de Jupiter Ammon, et, de l'autre, la figure du silphium. Le suc de cette plante, qui passait pour une sorte de panacée, s'obtenait par l'incision de la tige et de la racine. Le suc de la tige s'appelait thysias^ et celui de la racine, caulias. L'un et l'autre portaient le nom de larmes de la Cyrénaïque. Le suc de la racine était préféré à celui de la tige, parce qu'il se conservait plus long- temps. Pour empêcher qu'il ne se corrompît, on y mêlait de la farine. Une loi fixait le temps et la manière de faire l'incision, ainsi que la quantité de suc que l'on devait en tirer pour ne pas faire périr la plante. Enfin, de quelle espèce végétale était le silphium^ et dans quelle partie de la côte africaine le rencontrait-on plus particulièrement ? Scylax et Hérodote plaçaient le silphium dans la région littorale de la Pentapole libyque, depuis l'ile de Platée jusqu'à l'entrée de la Grande Syrte. Catulle le plaçait près de Gyrène. Arrien et Pline le reléguaient sur la lisière intérieure des terres fertiles, tandis que, suivant Ptolémée et Strabon, il ne se voyait que dans la partie centrale du désert du sud de la Cyrénaïque. On a essayé de concilier ces opinions, en donnant le nom de Cyrénaïque à toute l'étendue orientale de la côte libyqvie, y compris la région ammonienne. Partant de là on a supposé que le silphium croissait dans toute cette vaste contrée, au nord, aussi ^ bien qu'au sud, ce qui semblerait justifier les noms de Cyrénaïque silphifère, de Lrbya silphifera, etc. Mais cette explication est contredite par la nature du sol, qui n'est pas la même dans la partie septentrionale que dans la partie méridionale de la Libye. Depuis les sommets, qui dominent l'ancienne Cherso- nèse cyrénaïque, jusqu'à la côte orientale de la Grande Syrte, on trouve fréquemment, dans un espace qui s'étend au sud, tout au plus à huit ou dix lieues du rivage, une 3 34 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE, grande espèce d'ombellifère, que les Arabes nomment derias, et dont voici les principaux caractères : racine fusiforme, charnue, très-longue, d'un brun foncé à la surface ; tige striée, atteignant deux ou trois pieds de hauteur, et s'élevant sur un collet épais d'où jaillit, si on l'incise, un suc laiteux, abondant; feuilles luisantes, surdécomposées, caduques ; fleurs en ombelles jaunes ; graines ovales, comprimées, bordées d'une membrane transparente. Ces caractères s'accordent parfaitement avec ceux que donne Pline. En effet, suivant ce naturaliste, la racine du silphium était d'un brun foncé et avait plus d'une coudée de longueur. A l'endroit où elle sortait hors de terre était une grosse tubérosité (collet) qui, par incision, laissait suinter un suc laiteux. Ses graines étaient aplaties (comprimées) ; ses feuilles tombaient tous les ans, dès que soufflait le vent du midi^ Mais le silphium des anciens croît-il encore aujourd'hui dans la Gyrénaïque? Si, du temps de Plante^, on en faisait encore d'abondantes récoltes, le silphium commençait à devenir rare dès l'époque de Strabon. Au siècle de Pline (i" siècle de notre ère), il avait été détruit par les bestiaux, et on ne connaissait plus qu'un laser, provenant de la Perse et de l'Arménie, très-inférieur à celui de la Gyré- naïque. Sous Néron, on n'en trouva plus qu'un seul pied, qui fut envoyé à ce prince comme une curiosité rare. Strabon attribue la cause de la rareté du silphium^ de son temps, à une invasion des Barbares qui avaient cherché à le détruire par l'extirpation de ses racines. En répétant ce fait, Solin ajoute que les Gyrénéens avaient eux-mêmes contribué à détruire le silphium, pour se délivrer des impôts énormes dont il était l'objet. Mais il n'est guère probable qu'on puisse ainsi anéantir toute une espèce végétale. Un fragment de racine, une graine 1. Pline, }list.nat.,xix, 15. 2, Piaule, liudens, acl. m, se. 2, vers 15 tt 16, ' ■ ANTIQUITE. 35 échappée par hasard, peuvent en assurer la propagation. On peut donc admettre, comme une chose très-probable, que le laserpitium dévias de Pacho, ou le thapsia silphium de Viviani, qui se rencontre encore aujourd'hui dans les États Tripolitains, est le sUphiùm des anciens. Seule- ment, dans ce cas, il faut beaucoup rabattre des propriétés merveilleuses de cette plante. La plupart des voyageurs ont reconnu, comme Pline, sa propriété d'être nuisible aux bestiaux. Mais c'est à ]3eu près le seul caractère que le laserpitium derias partage avec le silphium des an- ciens. Suivant Desfontaines ^, le silphium ou le laser des anciens était l'assa fœtida, suc concrète de la longue racine noire du ferula assa fœtida. Son odeur alliacée, repoussante (d'où son nom officinal de stercus diaboli), était anciennement fort recherchée, au point qu'on s'en servait pour aromatiser les mets, ce qui justifie le proverbe que « des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer. » Le narthex des Grecs était aussi une espèce de ferula [f. nartheca de Poiret) . Tournefort dit l'avoir retrouvé dans les îles de l'Archipel. « La tige, épaisse d'environ trois pouces, a, dit-il, cinq pieds de haut ; elle est remplie d'une moelle blanche qui, étant bien sèche, prend feu comme la mèche. Le feu s'y conserve parfaitement bien, ce qui peut servir à expliquer un passage d'Hésiode qui, parlant du feu que Prométhée vola dans le ciel, dit qu'il l'emporta dans une férule. Ces tiges sont assez fortes pour servir d'appui, et trop légères pour blesser ceux que l'on frappe; c'est pour- quoi Bacchus, législateur, ordonna sagement aux premiers hommes qui buvaient du vin de se servir de cannes de férule, parce que souvent, dans la fureur du vin, ils se cassaient la tête avec les bâtons ordinaires. Les prêtres du même dieu s'appuyaient sur des tiges de férule.... Plu- l. Pline, Ilist. nat., t. VJ, p. 465 {Excunus, m, de l'éditioa de Lemaire). 36 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. tarque et Strabon remarquent qu'Alexandre tenait les œuvres d'Homère dans une cassette de férule*. » La flore médicale d'Hippocrate et de Galien se compose à peine de deux cents plantes, dont les noms sont loin de se rapporter à des espèces exactement déterminées. Ainsi, ïellcbore noii\ IXXÉêopoç fjiéXaç, dont la racine passait pour guérir la folie, était, selon toute apparence, non pas notre rose de Noël [helkborus niger^ L.), mais Vhelleborus orien- ta lis, 'Encyd. Anticyre était le lieu qui fournissait le meil- leur ellébore; d'où vint le proverbe d'envoyer à Anticyre les personnes malades du cerveau. En visitant l'île d'An- ticyre, l'Eubée, la Béotie, le mont Hélicon, Tournefort n'y trouva que l'ellébore oriental. Il en essaya l'usage; mais le succès ne répondit pas à son attente. Le panais opopanax [pastinaca opopanax, L.) fournit, par l'incision des racines, une gomme-résine, qui paraît avoir figuré dans la pharmacopée des anciens. Mais il n'est pas certain que le panakés (uavaxE;) d'Hippocrate (d'où le nom de panacée) soit cette gomme-résine. Le panais opopanax se rencontre dans la Syrie. Ni Sibthorp, ni Fraas ne l'ont rencontré en Grèce. L'auteur de la Fbra grxca (Sibthorp) dit que le panais commun [pastinaca sa- liva) croît aux bords des champs cultivés, dans les îles de l'Archipel. C'est de celui-là que parlent Dioscoride (iir, bO) et Pline (xxii, 22). Parmi les autres ombellifères de la flore hippocrato- galénique, nous citerons le buprcslis (pouTrpvioriç), qui paraît être le buplevnom fnUicosum, L., commun dans la région méditerranéenne; ses feuilles ovales, lisses, devaient, à cause de leur persistance pendant l'hiver, attirer de tout temps l'attention sur cette espèce arbores- cente. — Le sèscli (Ghùi), qui n'appartient àaucune espèce de séséli des botanistes modernes, est, suivant Sprengel, !c lordylium officinale, L., dont les graines ont la saveur de 1. Tournefort, Voyage au Levant, t. I, p. 290. ANTIQUITÉ. 37 celles du camin et passent pour diurétiques. Dîoscoride (m, 56) en parle sous le nomde -ropoûXtovou ffSCTeXt xf/ittxdv. Son l'éséli étldopique^ aÉdeXt atOitoTnxôv, était le bupkvrum fruticosum. On le rencontre assez abondamment sur les collines arides du Péloponnèse. Le conium^ xtôvsiov d'Hippocrate et de Théophraste, que Pline nommait ciciita^ paraît être notre grande ciguë, conium maculatum^ facile à reconnaître à son odeur vireuse et à ses tiges, parsemées de taches li- vides comme la peau d'un serpent. Celte ombellifère abonde dans les localités humides de la Grèce, à l'excep- tion de l'Attique où elle est rare^ Est-ce là la ciguë que l'Aréopage d'Athènes employait pour faire périr les con- damnés à la peine capitale, et que la mort de Socrate a suffi pour immortaliser ? C'est très-probable, bien qu'il y en ait qui prétendent que la ciguë, qui remplaçait chez les Athéniens notre guillotine, était la cicutaire, cicwïa virosa, L. Mais cette espèce, dont le suc est aussi vénéneux que celui de la grande ciguë, préfère les contrées du nord à celles du midi. Lemarathnmi, [i.apa6pov d'Hippocrate et de Théophraste, est notre fenouil (anetlnmi fœnicuhim.L.), dont toutes les parties exhalent une odeur caractéristique. On le rencontre IVéquemmentsur le littoral de l'Attique, à quelque distance de la mer, souvent en compagnie avec une espèce voisine, Vanelhum graveolens^ L., que Théophraste avait déjà indiquée sous le nom d'aneth^ avr,6ov. Parmi les autres plantes de la flore médicale, on re- marque : Viris (?pi<; Hipp.), que Théophraste qualifie d'odorante, de céleste, d'admirable; c'était Yiris floren- iiria^ L., dont la racine a une odeur de violette, et qu'on Irouve, suivant Sibthorp, sur le Taygète ; — la garance, IpuOpdSavoç, cultivée dans les plaines maritimes de l'Atti- que, de Salamine,de l'Eubée;— lascammonée(<7xajx{iL(ov(ov 1. Fnsis, Synopsis plantarum florx dassicse, p. 141. 38 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Hipp., i7xau[jLt.)vict Diosc.) était le convolvidus scammoma^ dont la racine donne par incision une gomme-résine, bien connue des anciens comme purgative; — la. jusquiame^ (Joaxûafxoç (fève de porc) , dont les anciens distinguaient l'espèce noire (6. [xÉXaç) et l'espèce blanche (u. àeuxoç); — la violette odorante qu'Hippocrate appelle )^£uxol'ov, et Théo- phraste, ïo-^, l'un et l'autre avec l'épithète de noire, ■vh (jisXav ; elle est aujourd'hui rare en Grèce ; — le cyclamen, xuxXâunvo; d'Hippocrate, était, non pas comme le prétend Sprengel, le cyclamen europœum^L. , qui appartient à l'Europe centrale, mais une espèce particulière, le cyclamen grsecum, Sib., également remarquable par sa grosse racine, amylacée, renfermant un suc drastique ; — le stnjchnos, cxpu/vo;, était, soit la douce-amère, remarquable par ses baies d'un rouge écarlate, soit la morelle, caractérisée par ses baies noires- — Vacté, axTvi d'Hippocrate, étaitl'hièble, sambucus ebulus, L., tandis que Vactea, àxxîa (axTÎ^) de Théophraste était notre sureau, sambucus nigra, qui affecte, en effet, comme le dit Théophraste, la forme d'un arbre et croît dans les lieux plutôt secs qu'humides. — he poly carpe, TroXuxapTrov d'Hippocrate, qui croissait péirmi les mauvaises herbes des champs cultivés, a exercé la sagacité des commenta- teurs. Suivant les uns, c'était la persicaire {polygonum persicaria, L."^; suivant d'autres, c'était une espèce de mé- larapyre ou la nielle. Nous croyons que c'était tout simple- ment une renoncule, peut-être le ranunculus arvensis: le nom de polycarpe lui conviendrait parfaitement. Flore extra-inéditcrranéennc. Les rapports des Grecs avec le vaste empire des Perses, qui par l'expédition de Gambyse avaient conquis l'Egypte ANTIQUITE. 39 (en 525 avant J. G.), contribuèrent beaucoup à dévelop- per leurs connaissances en histoire naturelle. Hérodote explora la Mésopotamie, étudia sur le terrain les marches de Xerxès, ripandit tant de lumières sur la mystérieuse Egypte, sur les parties voisines de la Libye et de l'Arabie, et visita, en observateur attentif, la Phénicie, la Pales- tine et la Syrie. Ces voyages comprennent un intervalle d'environ dix ans (de 454 à 444 avant J. G.). Un autre Grec célèbre, dont nous ne connaissons les ouvrages que par les fragments conservés dans Diodore, Gtésias, résida longtemps à la cour de Perse, et devint médecin d'Ar- taxerxès Mnémon. Il faisait partie de la suite de ce roi à la bataille de Gunaxa (en l'an 400 avant J. G.), que per- dirent les Grecs engagés par Gyrus à la révolte contre son frère. Xénophon, conduisant à travers des régions jus- qu'alors inexplorées les 'débris de l'armée grecque, profita de l'occasion pour faire plus d'une remarque utile pour l'histoire naturelle. En parlant de la Babylonie, Hérodote apprenait à ses compatriotes que toute la région située entre l'Euphrate et le Tigre était, comme l'Egypte, sillonnée de canaux qui portent la fertilité dans les champs couverts de cé- réales. « On n'essaye pas, dit-il, d'y cultiver des arbres fruitiers, ni le figuier, ni la vigne, ni l'olivier; car le ter- rain est si propice aux céréales que le blé rapporte, en moyenne, deux cents et, dans les années les plus favora- bles, trois cents pour un. Les feuilles du froment et de l'orge y acquièrent facilement jusqu'à quatre doigts de largeur. » — Il s'agit probablement ici d'un froment et d'une orge différents de nos espèces. Hérodote admirait surtout les dimensions du millet et du sésame de la Babylonie. « Je n'en parlerai pas, dit-il, bien que j'en aie une parfait icon:aissance, très-convaincu que ceux qui n'ont pas visité la Babylonie ne croiraient pas ce que je leur dirais de ses productions.... Les habi- tants ont des palmiers plantés dans toute la plaine ; la 40 HISTOIRE DE L.\ BOTANIQUE. plupart portent des fruits, d'où ils tirent des aliments, du vin et du miel. Ils les soignent à la manière des fi- guierb : ils attachent aux palmiers à dattes ce que les Grecs nomment les mdles des palmiers (cpoivixwv toùç apffêvaç); l'insecte (4'ïiv) qui s'y trouve mûrit la datte en y pénétrant, et l'empêche de tomber ^ 5> On voit par ce passage que les Babyloniens avaient, comme les Grecs, connaissance du sexe des plantes. Le palmier {phœnix dactylifera) devait, en effet, le mieux se prêter à cette découverte : les deux sexes s'y trouvent disposés chacun sur une tige différente, comme dans toutes les plantes dioïques ; le palmier qui portait des fruits était réputé du sexe féminin, et le palmier stérile, du sexe masculin. Seulement, au lieu d'attribuer la fécondation du palmier femelle à la poussière des fleurs du mâle, on l'attribuait à un insecte. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on reconnut que les insectes qui butinent sur les fleurs mâles, ne font que transporter la poussière fécondante sur les fleurs femelles. Hérodote fit le premier connaître le vin de palmier. Il rapporte que Gambyse envoya aux Éthiopiens, par l'in- termédiaire des Ichthyophages, quelques mesures de ce vin. « Dans les contrées voisines de la Haute-Egypte, on en fait, dit-il', encore aujourd'hui usage. On l'obtient par la fermentation du suc qui s'écoule des jeunes pousses du sommet des palmiers à l'époque de leur taille. » Ses voyages dans les principales régions de l'Ancien Continent lui permettaient de faire des observations qui ne devaient qu'après de longs siècles fournir des éléments à la géographie botanique et agricole. Telles sont, entre autres, les zones végétales, dans lesquelles Hérodote divise la Gyrénaïque. Voici cette division. « La Gyrénaïque, pays le plus élevé de la Libye qu'occupent les nomades, a trois 1. Hérodote, i, 193. 2. Ibid., m, 20. ANTIQUITÉ. 41 zones dignes de remarque, déterminées par les saisons. Dans la première, qui comprend le littoral, la moisson et la vendange se font de bonne heure. Quand elles y sont terminées, les fruits commencent à mûrir dans la zone intermédiaire, qui s'élève à partir de la zone que l'on appelle les colHnes (pouvoi) ; lorsque la récolte y est faite, les productions de la partie supérieure de la colline, la plus haute de tout le pays, touchent à la maturité ; de telle sorte que quand les fruits donnés par les deux premières récoltes ont été consommés, les fruits de la dernière région succèdent aux premiers. Les Gyrénéens ont ainsi huit mois d'automne*. » — A cette description il ne manquait, pour être complète, que l'indication des distances. Strabon et Pline y ont suppléé en rapportant que dans l'espace de cent stades du rivage, le pays est couvert d'arbres, et que dans une étendue de cent stades plus au sud, il ne produit que des céréales. Gfésias avait donné les plus curieux détails sur les mer- veilles de Babylone, notamment sur le fameux Jardin suspendu^ ouvrage, non pas de Sémiramis, mais de Na- buchodonosor. Ce roi l'avait fait construire pour plaire à une de ses femmes, qui, originaire de la Perse, regret- tait les prés de ses montagnes. Le Jardin suspendu, de forme carrée, avait environ cent vingt mètres de côté; on y montait par des degrés, sur des terrasses posées les unes au-dessus des autres. Ces terrasses étaient soutenues par des colonnes qui supportaient tout le poids des plan- tations; la colonne la plus élevée supportait le sommet du jardin. Les plates-formes des terrasses étaient com- posées de blocs de pierres, recouverts d'une couche de roseaux mêlés de bitume; sur cette couche reposait une double rangée de briques cuites, cimentées avec du plâtre; ces briques étaient, à leur tour, recouvertes de lames de plomb, afin d'empêcher l'eau de filtrer à travers les atter- 1. Hérodote, iv, 198 et 199. 42 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. risscments artificiels et de pénétrer dans les fondations. Sur cette couverture enfin se trouvait répandue une masse de terreau suffisante pour recevoir les racines des plus grands arbres. « Ce sol artificiel était, ajoute l'historien, rempli d'arbres de toute espèce, capables de charmer la vue par leurs dimensions et leur beauté. Les colonnes s'élevaient graduellement, laissaient par leurs interstices pénétrer la lumière, et donnaient accès aux appartements royaux, nombreux et diversement ornés. Une seule de ces colonnes était creuse depuis le sommet jusqu'à la base ; elle contenait les machines hydrauliques qui fai- saient monter de l'Euphrate une grande quantité d'eau, sans que personne ne pût rien voir à l'extérieur*. 53 — Il est à regretter que l'historien n'ait pas fait connaître au moins les principales espèces végétales cultivées sur les terrasses du Jardin supendu. Xénophon, qui commandait l'arrière-garde dans la fameuse retraite des Dix mille, a soin de signaler les principaux traits de la physiologie végétale des pays qu'il traversait. Ainsi, « en passant par la Gilicie, il vit, non loin de Tarse, une grande et belle plaine, bien arrosée, couverte de vignes et d'arbres de toute espèce. « Cette plaine produisait aussi « du sésame, du sorgho (fxsXiv/)), du millet (sKyypov), du froment et de l'orge en abondance^.5> — Le sésame (cvica[4:ov), l'un des végétaux caractéristiques de l'Orient [sesamum orientale^ L.), était alors cultivé, comme l'est aujourd'hui le pavot, à cause de l'huile qu'on retirait de ses graines. Il est, suivant Pline, originaire de l'Inde, et l'huile de sésame, remarquable par sa blancheur, était, selon Dioscoride, fort recherchée des Egyptiens^ Dans la partie méridionale de la Mésopotainie, Xéno- phon vit la rive plate de l'Euphrate entièrement couverte d'absinthe. Ammien Marcellin s'accorde ici avec le gé- 1. Diodore, n, 10. 2. Xénophon, Anabasis, i, 2,22. 3. Pline, Hist. nat., xviii, 22; Dioscoride, i, 121. ANTIQUITÉ. 43 neral grec. « Dans cette plaine étendue, aiide, on ne trouve, dit-il, que de l'eau saumâtre, que de trislesherhes, telles que Vabrotamim, Vabsinthium et le dracontkmi* . » Le nom de à']/tvGiov, a&smî/nam, s'appliquait à toutes les hautes herbes amères, de la famille des corymhifères. Ce qui le prouve, c'est la qualili cation d'orforanï^SiEÙcoor), comme des aromates (airavia vjaav £ÙwS-/], wçTTEp «pco[x«Ta), que leur donne l'historien grec. — Un peu plus loin, dans le voisi- nage de Babylone, le pays « était tout à fait dénudé de végétation; on n'y voyait ni arbre, ni herbe^ » En Arménie, dans la contrée des Garduques, où les Grrecs eurent à lutter contre tant d'obstacles, Xénophon rencontra des villages dont les habitations étaient, comme des cavernes, creusées dans le sol. Ces habitations souter- raines, cil étaient logés des bœufs, des moutons, des chèvres et des poules, étaient en même temps des maga- sins de blé, d'orge et de légumes. « Il y avait aussi, ajoute Xénophon, des cratères remplis àevin d'orge; des grains d'orge nageaient à la surface du liquide, qui portait aussi des chaumes sans nœuds (>tâ).a[xot yovaTa ou/. I/ovteç), les uns plus petits, les autres plus grands ^ jj Les habitants des montagnes inhospitalières de l'Arménie, où le froid empêche la vigne de croître, remplaçaient le vin par la bière ; car c'est là ce que signifie oîvo; xpiôtvo;, vin d'orge. Nous devons rappeler ici le breuvage des anciens Germains, « cette liqueur d'orge ou de froment changée, par la fer- mentation (corruption), en une espèce; de vin, 3> humor ex hordeo aut frumento in quamdam sîmilitudinem vini corruptus., dont parle Tacite''. Quant aux chaumes sans nœuds., qui ont tant occupé les commentateurs de Xéno- phon, ils servaient sans doute à aspirer le liquide, pour le boire, et pour cela il fallait que les chaumes ou tiges 1. Am. Marcel., xxvi, 8. 2. Xénophon, Anabas., i, 5, 1 et 4. 3. Ibid. , IV, 5, 28. 4. Tacite, De morib. Germ., 123. 44 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. creuses fussent dépourvus de diaphragmes à l'intérieur, c'est-à-dire sans nœuds. En traversant la Golchide , non loin de Trébizonde , Xénophon rencontra de nombreuses ruches de miel. « Tous les soldats qui, dit-il, mangèrent de ce miel, eurent le délire; les uns eurent en même temps des vomisse- ments , les autres la diarrhée , aucun ne put se tenir debout ; ils ressemblaient à des gens ivres , à des fous et à des mourants; mais personne ne mourut, et le len- demain ils étaient tous rétablis'. » — Ce miel devait ses propriétés vénéneuses aux plantes sur lesquelles avaient butiné les abeilles. Ces plantes étaient probablement, non pas des azalées, comme on le prétend, mais des solanées, telles que la belladone, la stramoine et la jusquiame. Dans les pays des Mosynèques, où était située la ville de Gérasonte (d'où l'on croit originaire le cerisier) , les G-recs trouvèrent en abondance du blé, principalement de Vépeavtre^ Ceia, et « des châtaignes que les indigènes mangeaient bouillies ou cuites en guise de pain^ » — Les anciens distinguaient, comme nous, deux espèces d'épeautre, sous les noms dezeia et d'o/yra, La première espèce était probablement l'épeautre proprement dit, le tri- ticum spelta, L.,qui se distingue, à la simple vue, du fro- ment cultivé, par ses épis bien moins larges et ventrus ; la seconde espèce était, selon toute apparence, letriticum monococcum, le froment locular , dont la farine fournis- sait une bouillie excellente, désignée par les Romains sous le nom à'alica. Aucune expédition militaire ne fut aussi utile au pro- grès des sciences que celle d'Alexandre le Grand. Si le fds de Philippe de Macédoine n'eût été que l'instrument aveugle de la haine séculaire des Grrecs contre le succes- 1. Xénoph. Anab., iv, 8, 20-21, 2. Ibid., V, 4, 28-39. ANTIQUITÉ. 45 seur de Darius et de Xerxès, sa gloire ne serait que celle d'un audacieux et heureux conquérant; mais le disciple d'Aristote s'était fait accompagner d'hommes capables d'observer les merveilles de la nature, et les résultats de ses conquêtes, mettant indissolublement l'Asie et l'Afrique en rapport avec l'Europe, ne devaient jamais s'anéantir. Au nombre des espèces végétales dont la connaissance se répandit rapidement depuis l'expédition d'Alexandre le Grand (de 334 à 322 avant J. G.), il nous suffira de citer le citronnier, le cannellier, le poivrier, etc. Le citronnier [malus medica^ L.), que Pline appelle pom- mier de l'Assyrie ou de la Médie, malus Assyria, malus Medica^ ne fut acclimaté en Italie que par Palladius, au cinquième siècle de notre ère. Du temps de Pline, on ne le cultivait que dans des vases de poterie, percés d'ouver- tures pour faire respirer les racines (fictilibus in vasis, dato per cavernas radicibus spiramento). « Mais, ajoute le naturaliste romain, cet arbre n'a voulu jusqu'à présent prospérer que chez les Mèdes et en Perse (nisi apud Medos et in Perside nasci voluil). » En même temps il en donne comme caractère, « de porter des fruits dans toutes les saisons : les uns tombent pendant que les autres mûrissent, et que d'autres encore commencent à paraître. Son feuillage ressemble à celui de l'arbousier, avec des épines intercurrentes. La pomme (citron) ne se mange point ; mais son odeur sert, comme celle de la feuille, à chasser les teignes des vêtements. Les Parthes nobles en emploient les graines pour aromatiser leurs aliments et leur haleine. » — Théophraste (iv, 4) s'accorde ici avec Pline (xii, 7). Athénée, écrivain du troisième siècle de notre ère, apprit d'un de ses amis, qui avait été gouverneur d'Egypte, que le citron est l'antidote de tous les poi- sons. « Cet ami, raconte-t-il, avait un jour condamné quelques criminels à être mordus par des serpents veni- meux : ils allaient subir leur sentence, lorsque la mai- 46 HISTOIRE DÉ LA BOTANIQUE. tresse aune taverne leur donna, par pitié, du citron qu'elle avait à la' main; ils le prirent, le mangèrent, et ne reçurent aucun mal des aspics, aux piqûres desquels ils furent exposés K » Il ne faut pas confondre les pommes médiques ou assyriennes, qui sont, comme nous venons devoir, les citrons, avec les pommes persiques, mala persica. Celles- ci sont les pêches, fruits de Vamygdalus persica, L. Sui- vant Diphile de Sipliné, cité par Athénée, les pommes ou prunes, coccymela, de Perse, sont d'un suc de moyenne qualité, mais plus nourrissantes que les pommes ordi- naires. Pline avait entendu dire que le pêcher, Persica arbor, possède en Perse, sa patrie, des propriétés véné- neuses, et qu'il fut, par les rois, transplanté en Egypte comme un moyen de supplice.- Ce que Pline rapporte ici, comme un simple bruit, auquel il refusait toute créance,' montre que les anciens connaissaient le violent poison (acide prussique) qu'on peut retirer des noyaux de pêche piles. C'est ce qui explique pourquoi le pêcher était consacré à Harpocrate, au dieu du silence, comme nous l'apprend Plutarque,dans son traité à'Isis tt Osiris. La cannelle, écorce du laurus ciiinamomum^L., avait été pour la première fois apportée en Europe par les Phéni- ciens, qui faisaient le commerce de l'Inde par la mer Rouge; c'est pourquoi la pointe méridionale de cette mer reçut le nom de cap des Aromates. Du reste, le nom même de cinnamomum, en hébreu kinnamôn, est d'origine sémitique ou phénicienne. Mais l'expédition d'Alexandre compléta les renseignements très-vagues qu'on avait eus jusqu'alors sur le cannellier. Hérodote propagea les fables par lesquelles les rusés marchands de Tyr ou de Sidon avaient essayé de cacher l'origine du cinnamomum et de la casia (écorce du laurus cassia, L.) ; et on crut pendant 1. Athénée, Deipnosopk., iv, 26. ANTIQUITÉ. 4t longtemps que ces aromates provenaient des Imnclilles de bois avec lesquelles le phénix construit son nid. Parmi les épices qui, depuis Alexandre, s'introduisi- rent en Grrèce et de là en Italie, nous citerons le poivre, le gingembre et le cardamome. « Bien des choses, dit Plutarque, que nos ancêtres trouvaient détestables, sont aujourd'hui fort goûtées, w Tel était, entre autres, lepom-e (uÉTOpt), que Pline appelle piper longum^ en distinguant, selon le degré de maturité, le poivre noir du poivre blanc^ Déjà à l'époque de Martial, les cuisiniers de Rome fai- saient un grand usage de poivre : quam saepe petet vina, piperque coquus ^ Tandis qu'on prenait avec raison le poivre pour le fruit d'un arbre, on n'ignorait pas que le gingembre (zingiber de Pline, yiyyî^tpi de Galien) était la racine d'une plante herbacée. C'est, en effet, la racine de Yamomum zingi- ber^ à tige herbacée et à feuilles planes, engainantes. Mais, au lieu d'être originaire de l'Arabie et de la Tro- glodytique, comme le prétendaient Dioscoride, Pline, Galien et Oribase, cette plante a pour patrie la zone australe, insulaire, de l'Inde. Les marchands l'employaient, suivant Pline, à falsifier les autres épices, particulière- ment le poivre. On connaissait aussi, depuis l'expédition d'Alexandre, le cardamome, xapoa[ji.w[;i.ov, nom donné aux graines de Vamomum c'ardamomum , plante de la même famille que le gingembre. L'un des arbres que les compagnons d'Alexandre admi- raient le plus, c'était le figuier de l'Inde, le figuier des pagodes (^cw5re%io5a,L). Cet arbre, d'un aspectsingulier, pousse de ses branches de longs rejets pendants qui res- semblent à des cordes; ces rejets gagnent la terre^ s'y 1. Pline, XII, 14. 2. Martial, xiii, 13, 1; 48 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. enracinent et forment de nouveaux troues, qui à leur tour en produisent d'autres semblables , de telle sorte qu'un seul arbre, s'étendant et se multipliant ainsi de tous côtés, présente une seule cime d'une étendue prodigieuse , et qu'on dirait posée sur un grand nombre de troncs, comme le serait la voûte d'un vaste édifice, soutenue par de nom- breuses colonnes*. Les étoffes de coton étaient depuis longtemps usitées chez les Égyptiens et les Hébreux. Mais le cotonnier [gossympinus arbor^ de Pline) ne commença d'être connu en Grèce que depuis l'expédition d'Alexandre. Il est vrai qu'Hérodote (m, 106) avait déjà parlé des « arbres de l'Inde qui ont pour fruit une laine, plus belle que la laino des brebis, et dont les Indiens se servaient pour faire des vêtements. » Mais le disciple du maître d'Alexandre le Grand, Théopbraste, fournit à ce sujet des détails^, qui manquaient au père de l'histoire, et que les écrivains n'ont fait que copier. Signalons, en passant, une erreur qui fut longtemps accréditée : on croyait que la soie, la matière lanugineuse des 5ere6; (Indo-Chinois) était fournie, comme le coton, par un arbre particulier, dont les feuilles devaient ressembler à celles du mûrier. Pollux, dans son Onomasticon, annonça le premier que les bombyx, pro- duisant la soie, étaient des vers, des chenilles (axojXrixe;), filant une toile comme les araignées. En somme, le quart environ des plantes décrites par Théophraste, Dioscoride, Pline et Galien, était inconnu en Europe avant l'expédition d'Alexandre le Grand 1. Théophraste, iv, b; Pline, xii, 11 ; Quinte-Curce, ix, 1. 2. Théophraste, iv, 9 ANTIQUITÉ. 49 PbytoIogîCg iSous le nom de phylologie nous comprendrons , non plus la description des espèces végétales dont la réunion forme une flore, mais les idées qu'on a successivement émises sur l'origine, ]a constitution et la vie des plantes'. Ces idées étaient, comme pour les autres sciences, d'abord purement spéculatives, c'est-à-dire dépourvues de toute sanction expérimentale. Empédocle d'Agngenie écrivit, vers 440 avant J. G., un livre Sur la nature (flspl o-utsck) , en hexamètres. Dans ce livre, qui est, à l'exception d'un petit nombre de frag- ments, entièrement perdu, le célèbre philosophe ensei- gnait que « les plantes apparurent avant la formation complète de la terre, qu'elles ont, comme les aniroaux, des instincts, des sentiments et même de l'intelligence, enfin qu'elles ont les deux sexes réunis. » Ces idées n'é- taient que l'exagération d'un fait vulgaire, à savoir que les plantes naissent et meurent comme tous les êtres vivants. Elles ont même été renouvelées de nos jours par ceux qui voient autre chose que de simples mouvements mécaniques dans les phénomènes de la sensitive et d'autres espèces végétales. Quant au sexe des plantes, la fécondation du dattier à fruits par les fleurs du dattier sans fruits pou- vait facilement y conduire. Aristote saisit toute l'im- portance de cette assimilation du règne végétal au règne animal quand il dit : « Chez tous les êtres (animaux) 1. Plutarque, De placitis philos., v, 26; Sextus Empiricus, adrers. Math., vni, 286; Nicolas de Damas, De plantis (édit. F. Meyer; Leipz. Î841). 50 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. cfui ont ïa faculté de se transporter d'un lieu dans un autre, le sexe masculin est séparé du sexe féminin: tel individu est mâle, tel autre est femelle, comme dans l'espèce humaine. Chez les végétaux, au contraire, les deux sexes sont réunis, et la graine est le résultat immédiat de cette réunion ^ » Sans doute cette proposition est trop ab- solue, puisqu'il y a des animaux qui se reproduisent comme les plantes; mais elle n'en est pas moins remarquable. En commentant ce vers d'Empédocle : <>. Les arbres mêmes pondent des œufs, à commencer par l'olive, 3> Aristote compare la graine à l'œuf, et il ajoute qu'une partie seu- lement de la graine constitue le végétal futur, et que le reste ne sert qu'à nourrir la gemmule et la radicelle. Rien n'estplus exact que cette remarque. Suivant Anaxagore de Glazomène, l'air est rempli de semences qui, entraînées par les eaux de pluie, produisent des végétaux. Tout ce qui vit respire, la plante aussi bien que l'animal. Hippon de Rhegium, qui faisait venir toute substance de l'eau, enseignait le premier que toute plante cultivée, abandonnée à elle-même, retourne au type sauvage. Cette opinion était partagée par Platon, lorsqu'il regardait les espèces sauvages comme plus anciennes que les espèces cultivées, Aristote^ ce génie vraiment encyclopédique, avait écrit un ouvrage sur la Théorie des plantes, qui malheureuse- ment n'est pas parvenu jusqu'à nous. On lui attribuait encore d'autres ouvrages du même genre, qui sont égale- ment perdus. Les fragments phytologiques d'Aristote ont été recueillis par Wimmer ( Phytologise aristotelicx frag- menta ;^ves\diM, 1838, in-8°). En voici les points les plus saillants. Il y a des plantes qui ne vivent qu'un an, tandis qu'il y en a d'autres qui peuvent vivre un grand nombre d'années. C'est la première distinction aui ait été faite des 1. Aristote, De générât, animaîium, i, 23. ANTIQUITÉ. 51 plantes en annuelles et vivaces. — Ce que les mol- lusques sont pour l'élément humide, les végétaux le sont pour l'élément terrestre: les premiers sont les plantes de la mer, et les derniers les huîtres de la terre. Les racines sont l'organe, par lequel le végétal absorbe ses ali- ments. — Aristote ne soupçonnait pas encore la fonction respiratoire des feuilles. Ces organes ne devaient, selon lui, servir qu'à couvrir ou protéger le fruit. C'était là le but qui leur était assigné par la nature, dont l'objet principal consiste dans la matière et dans la forme. Tout être qui sort d'un œuf vit d'abord comme un végé- tal : la gemmule s'accroît comme l'embryon. Les racines sont les analogues des intestins ; elles puisent les aliments dans le sol qui est pour la plante ce que la cavité ab- dominale est pour l'animal. Avant d'arriver à se mouvoir librement, à changer déplace, l'embryon d'où sortira l'ani- mal est fixé d'abord à l'utérus, où il a une vie purement végétative. — Aristote touchait ici à une analogie qui ne fut découverte que plus tard_, à savoir que l'embryon, d'où sortira le végétal, a dans la graine à peu près les mêmes organes (cordon ombilical, placenta, etc.) que l'embryon dans l'œuf. La chute des feuilles, Aristote la comparait àlamuedes oiseaux et au changement du pelage de certains quadru- pèdes, et il en attribuait la cause à un défaut de chaleur hu- mide. Le phénomène périodique de la chute des feuilles, coïncidant avec celui de l'hivernation de quelques espèces animales, l'avait particulièrement frappé. « Pourquoi, se demandait-il, les cheveux ne repoussent-ils pas aux têtes chauves, tandis que le feuillage de la plante et le pelage de l'animal hivernant se renouvellent régulièrement? C'est que l'homme porte en lui-même l'hiver et l'été ; les âges de sa vie sont ses saisons. La vie des plantes et des animaux hivernants est, au contraire, intimement liée aux périodes de l'année, aux saisons proprement dites.... Pourquoi, demandait-il encore, un grain de blé produit-il 52 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. toujours le même blé, pourquoi l'olive ne produit-elle qu'un olivier de même espèce, etc. ? Ce n'est point là, évidemment, l'effet du hasard ou d'une coïncidence for- tuite ; ce n'est pas davantage le résultat de l'action des éléments, ni de l'attraction et de la répulsion. Il y a donc là quelque chose de prémédité, de rationnel, de divin, d'éternel. » D'après la doctrine d'Aristote, la femelle représente la matière, et le mâle le mouvement; les deux sexes, dis- tincts dans les animaux supérieurs, se trouvent confondus dans les plantes. — Ceci n'est pas vrai d'une manière absolue ; car il y a des espèces végétales où les fleurs mâles et les fleurs femelles sont parfaitement distinctes, qu'elles viennent, soit sur la même tige (fleurs monoïques), soit sur des tiges différentes (fleurs dioïques). Sauf ces deux cas, le fait énoncé par Aristote est certain : dans l'immense majorité des plantes, les fleurs renferment les deux sexes ; elles sont hermaphrodites. « Tout cela, ajoute le chef de l'école péripatéticienne, a été arrangé con- formément à la raison. L'unique affaire, le seul but de la plante, est dans la production de la graine, et comme cette produetion a lieu par l'accouplement du mâle et de la femelle, les deux sexes se trouvent réunis dans les plantes. » Aristote enfin adopte la doctrine de quelques-uns de ses prédécesseurs, d'après laquelle tout ce qui vit a une âme, conséquemment les végétaux n'en sont pas plus dépourvus que les animaux. Puis, partant de là, il admet au moins trois espèces d'âmes : l'âme nutritive, qui préside aux fonctions nutritives ; l'âme sensible, comprenant les sens et les mouvements de relation, et l'âme rationnelle. La première est le partage exclusif des végétaux; elle s'a- joute à l'âme sensible dans les animaux; l'homme seul contient toutes les âmes réunies. Cette division remarqua- ble a reçu depuis lors de nombreuses applications. ANTIQUITÉ. 53 La botanique traitée par les disciples d'ArIstote. Au nombre des disciples d'Aristote qui avaient pris le règne végétal pour objet de leurs études, on compte par- culièrement Phanias, Dicéarque et Théophraste. Phanias le botaniste, qu'il ne faut pas confondre avec Phanias le stoïcien, ami de Posidonius d'Alexandrie, était natif d'Érésus dans l'île de Lesbos, et vivait vers 350 avant notre ère. De son ouvrage Sur les plantes (TIspl çuTwv) il ne nous reste plus qu'un très-petit nombre de fragments, conservés dans Athénée. A juger par ces frag- ments, il s'était surtout occupé des fruits. C'est ainsi qu'Athénée rapporte, entre autres, d'après Phanias, que les Mendéens avaient la coutume d'arroser les grappes de raisin avec le jus amer des fruits d'élatérium [yno- mordica elaterium^ L.? ), pour enlever au vin son âpreté, pour lui donner du velouté ; car c'est là ce que les Grecs entendaient par oTvoç (xaXaxoç, vin mou. — Phanias appela le premier l'attention des observateurs sur ce qu'on nomme aujourd'hui les végétaux agames ou cryptoga- mes^ quand il dit : « Il y a des plantes qui n'ont ni fleurs, ni 'organes de fructification apparents; tels sont les champignons , les mousses , les Fougères . » — Il compara le fruit de la mauve à un gâteau rond, à bord denté. Les fruits des légumineuses (haricot, pois, fève, len- tille, etc.) et des ombellifères (anis, fenouil, coriandre, ciguë, etc.) paraissent avoir été l'objet de ses études spé- ciales. Dicéarque^ de Messine, avait été chargé par les succes- seurs d Alexandre le Grand de mesurer la hauteur des montagnes de la Grèce. Ayant trouvé 1250 pieds de hau- 54 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. teur verticale au mont Pélion, qui passait pour la plus haute montagne de la contrée, il déclara que cette hauteur n'était qu'une saillie insignifiante sur la circon- ' férence de la terre, comparativement à la longueur du trayon terrestre. Il décrivit en même temps les arbres et 'les plantes herbacées qui forment la végétation du mont ' Pélion ^ Théophraste mérite ici uùe mention particulière, à raison de l'importance de ses ouvrages, qui nous sont parvenus. Compatriote de Phanias, il naquit vers 370 avant Jésus-Christ, à Erésus dans l'île de Lesbos. Il vint fort jeune à Athènes, où il assista d'abord aux leçons de Platon, et suivit, après la mort de ce maître, l'enseigne- ment d'Aristote, auquel il resta toujours fidèle. Après la mort d'Aristote (en 322 avant Jésus-Christ), qui lui avait légué sa bibliothèque, Théophraste devint le chef de l'école lîéripatéticienne. Il eut pour amis les principaux lieutena.its d'Alexandre, notamment Gassandre et Pto- lémée. Ce dernier essaya vainement de l'attirer en Egypte. Théophraste fut, comme son maître, accusé d'impiété par quelques Athéniens ultra-religieux, protnoteurs d'une loi qui interdisait, sous peine de mort, l'ouverture dune école philosophique, sans y avoir été autorisé par l'aréo- page et le peuple. Cette loi liberticide fut rapportée Tannée suivante. Théophraste atteignit un âge très-avancé : il mourut presque centenaire. Suivant saint Jérôme, il mourut à l'âge de 107 ans. Les deux ouvrages de botanique qui nous sont parvenus de lui, ont pour titre, l'un l'Histoire des plantes (Uspi çpuTwv tffTopi'a), en dix livres, l'autre les Causes (Aïna cpu- cixa) des plantes. Le premier de ces ouvrages a été publié, avec des commentaires prolixes, par Boddœus'à Stapel, Amsterd. 1644, in-fol. avec fig. Le second se trouve 1. Voy. Gail, Geographi gnrci minores, t. II, p. 140 et suiv. (Paris, 1828, in-8"J. ANTIQUITÉ. 55 dans l'édition estimée des œuvres de Théophraste, par J. G. Schneider (5 vol. in-8°, Leipz. 1818-1825). Les Caractères de Théophraste, étrangers à la bota- nique, ont eu de nombreuses éditions. Wimmer avait commencé une édition complète des écrits de Théophraste ; mais, faute d'encouragements, il ne put en donner que le tome I, contenant l'Histoire des plantes; Breslau, 1842, in- 8°. L'auteur de l'Histoire des plantes traite, dans le premier chapitre, des parties ou organes des végétaux. Il distingue très-bien les parties qui, telles que les racines et la tige, sont permanentes, des parties qui, telles que les feuilles, les fleurs, les fruits, n'ont qu'une durée limitée. Poursui- vant les analogies de la plante avec l'animal, il regarde les nervures de la feuille comme des veines, et il assimile les fibres du bois aux fibres de la chair, la sève au sang. Sa classification est celle des végétaux divisés en arbres, arbrisseaux, arbustes et plantes herbacées. Cependant il les divise aussi en plantes terrestres et plantes aquatiques^ en plantes à feuillage persistant^ et en plantes à feuillage caduc^ etc. Les chapitres (xi et xiii) du premier livre, qui traitent des fleurs, des fruits, des graines et de leurs en- veloppes, offrent beaucoup d'intérêt. Nous en dirons autant des chapitres qui, dans le deuxième livre, traitent de la durée et de la maladie des arbres, des diff'érentes espèces de bois, de leur propagation et de leur multipli- cation. Dans le huitième chapitre du second livre se trouve la description d'une espèce de palmier, remarquable par la division de son tronc en deux branches principales qui se subdivisent à leur tour, et dont les rameaux ont aussi leurs bifurcations : c'est le cucifera thebaïca de Delisle (le dourn des Arabes), particulier à la Haute-Egypte. A la fin du même livre (neuvième chapitre), l'auteur s'étend sur la caprification^ procédé qui consistait à hâter la maturation des fruits du figuier cultivé au moyen des 56 HISTOIRE DE LA BOTAjNlQUE. piqûres d'insectes nés sur une espèce de figuier sauvage, nommé Ipivdç. Malgré les détails qu'en donnent Théo- pliraste et Pline [Hist. nat., xv, 22 ; xvii, 44), il est diffi cije d'en apprécier exactement la valeur. Cependant ce procédé est encore aujourd'hui en usage dans les îles de l'Archipel; et voici les renseignements que nous donne à cet égard Tournefort, dans son Voyage au Levant. « On cultive, rapporte-t-il, dans la plupart des îles de l'Archi- pel, deux espèces de figuiers : la première, qui est le figuier sauvage, s'appelle ornos [perinos des anciens Grecs, le caprificus des Latins) ; la seconde espèce est le figuier domestique. Le sauvage porte trois sortes de fruits abso- lument nécessaires pour faire mûrir ceux du figuier domestique. Les fruits qu'on nomme fornites, paraissent dans le mois d'août et durent jusqu'en novembre sans mûrir; il s'y engendre de petits vers, d'où sortent certains moucherons que l'on ne voit voltiger qu'autour de ces arbres. Dans les mois d'octobre et novembre, ces mou- cherons pic[uent d'eux-mêmes les seconds fruits des mêmes pieds de figuier ; ces fruits, que l'on appelle cratitires, ne se montrent qu'à la fin de septembre. Les fornites tombent peu à peu après la sortie de leurs mou- cherons; les cratitires restent, au contraire, sur l'arbre jusqu'au mois de mai, et renferment les œufs que les moucherons des fornites y ont déposés en les piquant. Dans le mois de mai la troisième sorte de fruits commence à pousser sur les mêmes pieds de figues sauvages, qui ont produit les deux autres. Ce dernier fruit, qui se nommo orn.i, est beaucoup -plus gros; lorsqu'il a une certaine gros- seur, et que son œil commence à s'entr'ouvrir,il est piqué dans cette partie par les moucherons des cratitires, qui se trouvent en état de passer d'un fruit à l'autre pour y décharger leurs œufs.... Ces trois sortes de fruits ne sont pas bons à manger ; ils sont destinés à faire mûrir les fruits des figuiers domestiques. Voici l'usage qu'on en fait. Pendant les mois de juin et de juillet, les paysans ANTIQUITE. 57 prennent les orni au moment où leurs moucherons sont prêts à sortir, et les portent tous, enfilés dans des fétus, sur les figuiers domestiques. Si l'on manque ce temps favorable, les orni tombent et les fruits du figuier domes- tique ne mûrissant pas, tombent aussi dans peu de temps. Les paysans connaissent si bien ce précieux mo- ment que tous les matins, eiî faisant leur revue, ils ne transportent sur les figuiers que les orni bien condition- nés, autrement ils perdraient leur récolte.... Enfin, les paysans ménagent si bien les orni^ que leurs moucherons font mûrir les fruits du figuier domestique dans l'espace de quarante jours,... Je ne pouvais assez admirer la pa- tience des Grecs occupés pendant plus de deux mois à porter ces piqueurs d'un figuier à l'autre; j'en appris bien- tôt la raison : un seul de leurs arbres rapporte ordinai- rement jusqu'à deux cent quatre-vingts livres de figues, au lieu que les nôtres n'en rendent pas vingt-cinq livres. Les piqueurs contribuent peut-être à la maturité des fruits du figuier domestique, en faisant extravaser le suc nourricier dont ils déchirent les tuyaux en déchargeant leurs œufs ; peut-être aussi qu'outre leurs œufs ils laissent échapper quelque liqueur propre à fermenter doucement avec le lait de la figue et en attendrir la chair. Nos figues, en Provence et à Paris même, mûrissent bien plus tôt si on pique leurs yeux avec une paille graissée d'huile i'olive'. » Au nombre des espaces végétales décrites par Théo- phraste dans son Histoire des plantes^ nous signalerons encore la sensitive [mimosa puclica)^ le citronnier, la mâ- cre (trapa natans), le silphium, l'oseille, etc. A propos d'une plante nommée anthemon^ il fait remarquer quo ses fleurs se développent non pas de bas en haut, comme chez les autres plantes, mais de haut en bas. 1. Tournefort, Relation d'un Voijage du Levant, t. I, p. 130 (Ams- terdam, 1718, in-4''). 58 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Des causes des plantes. — C'est dans cet ouvrage que Théophraste a consigné ses principales théories. Gomme Aristote, il admet la génération spontanée, surtout pour les végétaux inférieurs. Mais il croit, chose digne de remar- que, que dans beaucoup de cas la reproduction de ces vé- gétaux s'explique plus naturellement par le transport des semences par la pluie, par des inondations, et même par l'air. Il chercha l'un des premiers à débarrasser la science de cette téiéologie erronée qui rapporte tout dans la nature aux usages de l'homme. « La nature a, dit-il, ses principes en elle-même, c'est par là qu'elle agit conformément à ses propres plans (rà aÙToy-ata). La partie charnue de la pomme (le péricarpe) n'existe pas pour être mangée par l'homme, mais pour protéger le fruit. » Tous les phénomènes de la végétation sont ramenés par Théophraste à l'action de la chaleur et du froid, et à celle de l'humidité et de la sécheresse. Il consacra pres- que tout le second livre des Causes des plantes aux in- fluences que la pluie, la neige, les vents, l'exposition au nord ou au sud, à l'est ou à l'ouest, les eaux douces et les eaux salées, les différentes sortes de terrain, peuvent exercer sur les productions végétales. « Les arbres trop rapprochés^ sur lesquels, dit-il^ n'agit ni le soleil, ni le vent, deviennent élancés, grêles, et perdent facilement les fruits avant leur maturité.... Les arbres stériles ou por- tant peu de fruits vivent plus longtemps que les arbies fertiles. » Les mouvements qu'éprouvent les feuilles et les fleurs de certaines plantes, avaient été observés déjà par Théo- phraste, conséquemment bien longtemps avant Linné. Ou trouve encore dans les Causes des plantes la description de différentes maladies des végétaux, particulièrement des céréales, la manière de conserver les graines, la transfor- mation des espèces sauvages par la culture, le développe- ment d'excroissances ou de monstruosités, la comparaison ANTIQUITE. 59 des s^raminées avec les légumineuses, enfin une série de chapitres sur la saveur et l'odeur des plantes. La botanique depuis Théophraste jusqu â. PIîne>. Bien des événements se sont passés dans l'intervalle compris entre le quatième siècle antérieur à notre ère et le milieu du premier siècle après Jésus-Ghrist. Les lieu- tenants d'Alexandre se sont formé des royaumes avec les débris de vastes conquêtes, royaumes éphémères, àl'excep- tion de celui de l'Egypte fondé parPtolémée, surnommé le Sauveur (Soter). Cet habile prince et ses successeurs firent d'Alexandrie le siège de la culture intellectuelle, ils y fixèrent un moment la civilisation, qui des côtes ionien- nes de l'Asie Mineure s'était transportée dans l'Attique. La division des Grecs appela l'intervention des Piomains qui finirent par faire du pays, où les dieux du paganisme avaient fixé leur séjour, une province de leur vaste em- pire. Tous ces changements ne devaient être guère favo- rables aux progrès de la science. Nous ne connaissons que par des citations de Pline, d'Athénée, et de quelques scoliastes, les noms de Diphile, de Philotime, d'Erasistrate de Géos, d'Hérophile de Ghal- cédoine, d'Apollonius, d'Andréas, d'Héraclide de Tarente, etc., qui avaient écrit sur différentes parties d'histoire naturelle et de matière médicale *. Le seul écrivain de cette période alexandrins dont il nous reste encore des ouvrages relatifs à la connaissance des plantes, c'est Ni- candre de Golophon. Nicandre, sur lequel nous n'avons que des renseigne- 1. Voy. H. F. Meyer, Geschichte der Botanik, 1. 1, p. 227-244. 60 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. ments épars et contradictoires, vivait dans le second siècle avant notre ère. Il dédia un de ses poëmes à Attale, roi de Pergame, dernier de ce nom, lequel monta sur le trône en 138 avant Jésus-Christ. Il nous reste de lui deux poëmes didactiques, dont l'un a pour titre 0-/ipiaxot,com- liosé de 958 hexamètres, l'autre est intitulé \kz\iw<^£ioSacpvyi, » L'asperge cultivée [asparagus officinalis^ L.), dont Sethus n'ignorait pas l'action sur la sécrétion uri- naire, était connue depuis longtemps, puisque Gaton en parle déjà, comme nous l'avons montré. Galien cepen- dant n'en faisait pas usage *. h'élioda'Dhné paraissait être 1. Voy. Galien, liv. n, des Aliments (t. VI, p. 641 et suiv. de l'édit. de Kûlin). MOYEN AGE. 87 une espèce de ruscus^ de la même famille que l'as- perge. Laôfiro/ZejîcapuôcpuîiÀov, mentionnée par Sethus, était con- nue seulement depuis le septième siècle de notre ère. Paul d'Égine en parle. Sethus a le premier mdiqué la noix de muscade^ sous le nom de xàpuov àpojfiiaTtxov. A cette même épice paraît s'appliquer le nom de noix indienne, qu'on trouve dans Aétius, qui vivait au commencement du sixième siècle. Sethus emploie le nom de marouUia (fxapouXXia) pour désigner la laitue cultivée, qui se nommait aussi ihrida- kiné {(ipiBoLx.i'vri)^^ d'où le nom de tliridace, par lequel on désigne aujourd'hui le suc concrète de la laitue. — Le nom de tarchon (Top/dv), également employé par Sethus, est le tarcoun, par lequel les Arabes désignent notre estra- gon, artemisia dracunculus^ . Nicolas Myrepsus , souvent confondu avec Nicolas Prx- podiiis, écrivit, au treizième siècle, un traité en grec Sur la composition des médicaments, qui fut traduit en latin par Léonard ,Fuchs, sous le titre de : Medicamentorum opus, etc., Bâle, 1549, in-fol. On y trouve pour la première fois mentionnés : l'herbe au musc [erodium moschatum ^Willd.), sous le nom de moscho-botanon^ ^QG-/o-p6-:tx^o\i ; le chardon béni [centaiirea benedicta^ L.), sous le nom de cardio-bola- non, xapoto-poTavov ; la nielle, sous celui de cocalis du blé (xoxaXiçToîj ciTou); le fraisier, sous celui de fragouli^ cppotyouXt. Myrepsus et son contemporain, le médecin Actuarius, ont aussi les premiers parlé de l'action purgative des ieuilkij et des fruits du séné (cassia senna). 1. Voy. Fabricius, Biblioth. Grgpca, t. XII, p. 608. 2. Rauwolf, Reiseins llorymland, p. 73. 88 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Botanistes de l'Oceident. Nous placerons ici un auteur qui, sous le nom de Macer Floridus^ a écrit un médiocre poëme, en hexamètres, sur les vertus des plantes, De viribus herbaruvi, dont J. Sillig a donné une édition estimée (Leipz., 1832, in-8). Bien des conjectures ont été émises sur l'époque à laquelle vivait cet auteur ; une chose certaine, c'est qu'il n'est point postérieur au treizième siècle, puisqu'il est souvent cité par Vincent de Beauvais. Quelques-uns l'ont faussement identifié avec l'ancien poëte romain Ji^milius Maor; d'autres, sur la foi de certains manuscrits, l'ont présenté comme identique avec Othon de Morimont [Odo Mure- mundensis) ou Othon de Meung {Odo Magdiuiensis)^Yiva.nt l'un et l'autre au douzième siècle. Il aurait donc été Fran- çais. C'était là l'opinion de Haller et de Ghoulant, se fondant sur ce que beaucoup de mots, employés par Macer, se retrouvent encore aujourd'hui en français, tels que maurella^ morelle, gaisdo^ gaude, jusquiamus^ jus- quiame. Suivant Renzi*, Macer appartient à l'école de tSalerne, et F. Meyer le croit antérieur à cette école. L'École de Salerne exerça une grande influence sur la culture des sciences naturelles au moyen âge. La création de celte école était due aux moines du mont Gassin, près do Naples, parmi lesquels on cite, comme particulière- ment versés en médecine, Desiderius, Alfan et surtout Constantin l'Africain. Ce dernier, natif de Garthage, vivait vers 1050. Son contemporain, Gariopontas, passe pour l'auteur du traité De simplicibus medicaminibus ad Pater- nianum., qui se trouve parmi les écrits faussement attri- bués à Galien. On y trouve, entre autres, le mot salvicula 1. Collectio Salernitana, i, p. 213 et suiv. MOYEN ÂGE. 89 [saliunca de Pline), qui s'applique, croyons-nous, à une petite omhellifère partout assez commune dans les bois au printemps, à la sanicle [sanicula Europxa)^ ancienne- ment fort usitée en médecine, témoin ce dicton : Avec la bugle et la sanicle (prononcez sanique) On fait au cliirurgien la nique. Le Regimen sanitatis Salernitanum, sorte de Codex en vers léonins, souvent édité, de l'école de Salerne, et que Michel Lelong a traduit en français sous le titre de Le régime de santé de Veschole de Salerne (Paris, 1633, in-8), fait le plus grand cas de la sauge, comme mé- dicament. Il s'étonne même « qu'en cultivant la sauge dans son jardin un homme puisse mourir : » Cur moriatur homo, cui salvia crescit in horto? Salvia salvatrix, naturae conciliatrix. Les conquêtes de Gharlemagne, et plus tard les croisa- des introduisirent le goût de l'histoire naturelle, particu- lièrement de la botanique médicale, dans des contrées de plus en plus éloignées de la région méditerranéenne. L'Allemagne, à peine sortie de l'état de barbarie où l'avait trouvée saint Boniface, produisit, dès le neuvième siècle, WalaiVid, surnommé Stratus ou Strabon. Disciple de Rab^n Maur, célèbre abbé de Fulda, Wa- lafrld^ abbé de Reichenau, mort en 849, chanta, en 444 hexamètres, les plantes qu'il cultivait dans son jardin. Son poëme, intitulé 7/orîu/M5, jardinet, a été souvent édité. L'édition la plus récente est de F. A. Reuss (Wûrzb., 1834, in-8). Parmi les plantes du jardinet de Walafrid, on remarque : la sauge, la rue, l'aurone [abrotanum]^ le con- combre, le melon, l'absinthe, la marrube (marrubium), le fenouil, le glayeul, la livèche [Ubysticum)^ le cerfeuil, le lis, le pavot, la sclarée (sauge), la menthe, l'ache, la bétoine , l'aigremoine , la cataire ou herbe aux chats incpeta cataria), le radis, la rose, etc. 90 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. L'abbesse Hildegarde compte aussi au nombre des per- sonnes qui s'intéressaient à l'étude des plantes, à une époque où les sciences étaient encore à peu près incon- nues en Allemagne. Née en 1099 à Bechelheim, elle fonda, en 1148, un monastère sur le mont Saint-Rupert, près de Bingen, aux bords du Rhin, d'où son sui^nom de Pinguia; elle y termina sa vie. On lui attribue des miracles, et ell-' fut canonisée après sa mort. R^enommée pour sa piété et son savoir, sainte Hilde- garde a laissé un ouviage d'histoire naturelle médicale, intitulé De physica^ en quatre livres, dont le premier traite des éléments, de quelques fleuves de la Germanie, de la nature et des propriétés des métaux ; le deuxième, de la nature et des propriétés des légumes, des fruits et des herbes; le troisième, de la nature et des propriétés des arbres, des arbrisseaux, des arbustes et de leurs fruits ; le quatrième, de la nature et des propriétés des poissons, des oiseaux et des animaux terrestres. Cet ouvrage a été imprimé dans la collection des médecins de J. Schott; Strasbourg, 1544, in-fol. C'est plus qu'un simple composé d'emprunts faits, selon la coutume d'alors, aux écrivains grecs, romains et arabes; car il contient beaucoup d'ob- servations originales. Il est en même temps précieux pour la détermination exacte des synonymes. L'abbesse Hildegarde eut le mérite d'employer la pre- mière sa langue maternelle là où l'on n'était habitué qu'à se servir du grec et du latin. C'est ce c[u'attestent les ex- pressions de Fic/i6ona, haricot ; Bachminza^ menthe aqua- tique; Lungwurz^ pulmonaire; Haselwiirtz^ cabaret; Ringella^ souci des champs; Siorchenschnabel ^ bec de grue ou herbe-à-Robert ; Erdpfefer, piment terrestre ; Hu- nesdarm^ boyau de géline ou mouron {stellaria média) ; Weich^ liouque; Himmelsschuzela , primevère; Walberc^ airelle; Yfja^ if; Hartbaum, cornouiller; Bluoth-ivurtz (racine de sang), la tormentille, dont la décoction de ra- cines est rouge ; Gelisia, ortie blanche ou jaune ; Rifelbire, MOYEN ÂGE. 91 gioseillier à maquereau [ribes grossularia, L.) ; Weggrasz^ traînasse [polygoiium aviculare)^ etc. L'étude de la botanique s'étendit de plus en plus du midi au nord. Dès le treizième siècle, elle avait gagné jusqu'aux îles Scandinaves, témoin le danois Harpestreng (mort en 1244), qui traduisit dans sa langue Macer Fio- ridus, en y ajoutant des commentaires. Cette traduction a été publiée par Christian Molbech; Copenhague, 1826, in-8. Les hommes d'étude du treizième siècle avaient tous le génie plus ou moins encyclopédique, en tant qu'ils aimaient à s'occuper de presque toutes les sciences trans- mises par l'antiquité. Albert le Grand, Vincent de Bau- vais, Barthélémy l'Anglais, Roger Bacon, etc., en offrent les exemples les plus remarquables. Cependant la partie de leur temps qu'ils ont consacrée à l'étude des plantes, est relativement fort minime; et encore cette étude n'in- téresse-t-elle guère que la matière médicale, si variée au moyen âge. Albert de BoHstedt, surnommé le Grande évêque de Ra- tisbonne (né en 1193, mort en 1280), a composé sur les plantes divers écrits {De vegeîabilibvs et plantis libri vu) qui se trouvent imprimés dans le sixième volume de l'édi- tion Lyonnaise (de Pierre Jammy), composée de vingt et un volumes in-fol., 1651. F. Meyer en a donné une analyse détaillée*. Il en résulte que ces écrits renferment très- peu de doctrines et d'observations nouvelles; l'autorité d'Aristote l'y emporte encore sur celle de la nature. Dans le chapitre qui traite des arbres, nous trouvons, entre autres, une description assez exacte et très-bien faite de l'aune [alnus glutinosa), arbre plus commun dans le nord que dans le midi. Albert le Grand était à même de l'observer en Allemagne, où l'aune abonde aux bords des rivières. 1. Geschichte der Botanik, t. IV, p. ^lO et suiv. 92 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. a C'est, dit-il, un arbre qui aime les lieux humides; son bois rougeâtre, recouvert d'une écorce brune et assez lisse, donne des cendres d'une parfaite blancheur. Il se développe par couches ou anneaux [tunicis ligneis) ; à l'état sec il se fend plus facilement que le bois de sapin, et il peut se conserver sous l'eau pendant des siècles. Les feuilles de l'aune sont arrondies comme celles du poirier, mais pas si dures et d'un vert plus foncé ; dans leur jeunesse, elles sont enduites d'une humeur visqueuse, à laquelle manque l'arôme des feuilles du peuplier. En hiver, l'aune pousse, comme le noisetier, des pendelo- ques (chatons). En été, il leur succède des fruits noirs, de la grosseur de l'olive, semblables aux cônes de pin, et renfermant les semences.... » Le traité Deviribus herbarum, livre de recettes cabalis- tiques, sur lequel Haller et Sprengel ont jugé trop sévère- ment Albert le Grand, n'est pas de lui. Vincent deBeauvais, surnommé le Pline du moyen âge (né vers 1190, mort vers 1264), est l'auteur d'une vaste compilation, qui porte, dans les manuscrits, indifférem- ment les titres de Bibliotlieca mundi^ de Spéculum majus^ et de Spéculum triplex [naturak, historiale et doolrinale) et qui a été imprimé par Jean Mentelin, a Strasbourg, 1473, dix vol. in-fol.'. Les livres dix et quinze du Spccu- lum naturale ont seuls quelque intérêt pour la botanique. On y trouve, d'après les récits des voyageurs, la première mention du vernis du Japon [ailanthus glandulosa, Dcsf.), bel arbre qui est depuis longtemps naturalisé en Eu- rope. Roger Bacon ne s'était occupé de botanique que très- incidemment. Le De proprietalibus rerum^ et le De natura rerum^ le premier attribué à Barthélémy V Anglais^ le second à 1. Voy. Uist. lia. de La France, t. XVllI. MOYEN Age. 93 Thomas de Cantiprato^ étaient des livres très-populaires dès le quatorzième siècle. Pierre de Crescence, sénateur de Bologne, écrivit vers 1306, sur l'ordre do Charles II, roi de Sicile et de Jéru- salem, un livre sur l'agriculture et les plantes en général. Ce livre a été souvent imprimé à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième siècle. Nous possédons l'édition de Bâle, de 1538, qui a pour titre : De ac/rlculiura ^ omnibusque plantnrvm et animalium, libri XII, etc., autore optimo agricoln et. philosapho Petro Crescentiensi. L'auteur montre qu'il était plutôt agro- nome que botaniste proprement dit. Il a parlé, l'un des premiers, du ranunculus flammula^ qu'il appelle simple- ment flammula^ et dont il signale la parenté avec la clé- matite [iiidolba, se. clematis vitalbn). « Celle-ci, dit-il, a les fleurs blanches, tandis que la flammula]e% a jaunes. » Ce qu'il nommeyarw.?, c'est Varum arisarum. Il parle aussi du panicaut sous le nom de trincmm {eryngium campes- ire)-^ de la garance, qu'il appelle rw&èa, etc. Beaucoup de ses descriptions ont été empruntées au livre de Platearius, de l'école de Salerne [Circa instans^ Lyon, 1525, in-4o). La Clavis sanationis de Simon de Janua, le Liber Pan- d'clarum medicinse^ et le Bvch der Natur (livre de la nature), de Conrad de Meyenberg, étaient des ouvrages souvent consultés aux quatorzième et quinzième siècles. Voyages scientifiques. Pour étendre les connaissances en histoire naturelle, il faut que l'observateur se déplace, qu'il change de lieu à la surface du globe. Tant que les peuples, dépositaires de la civilisation, restaient groupés autour du grand bassin méditerranéen , le savoir des naturalistes se bornait aux espèces végétales ou animales, exclusivement propres 94 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. àla région méditerranéenne. Alexandre le Grand, par pes conquêtes, Pythéas de Marseille, par ses voyages, élar- girent les premiers, au midi et au nord, l'horizon de la science. Pythéas poussa ses explorations, vers 350 avant Jésus-Christ, jusqu'au nord des îles Britanniques [uUima Thulé) et jusqu'aux côtes de la mer Baltique, d'où les mar- chands Phéniciens apportaient la résine fossile, connue sous le nom d'ambre jaune ou de succin. Malheureusement les renseignements qu'il avait communiqués à ses contem- porains sur la végétation septentrionale, ne nous sont point parvenus, sauf un petit nombre de fragments, conservés par Strabon et d'autres. On sait trop peu de chose des expéditions maritimes , phéniciennes et carthaginoises (Périples), pour apprécier leur influence sur le progrès de l'histoire naturelle. Avec l'extension de l'Empire romain, la science aurait dû également agrandir son domaine, si l'esprit militaire pouvait se concilier avec l'esprit d'obser- vation. Plus tard, les Arabes et les Croisés ne s'éloignè- rent guère de la région méditerranéenne. A l'époque où les Normands envahirent la France, des pêcheurs Scandinaves découvrirent, aux confins du septen- trion, après avoir navigué sans doute à travers des mon- tagnes de glaces, une vaste contrée qui, à cause de son aspect verdoyant, reçut le nom de Groenland^ c'est-à-dire Contrée verte. La tradition désigne Éric, surnommé den Rœde (le Rouge), chef normand, et son fils Leif comme ayant, en 990, les premiers colonisé la côte orientale, au- jourd'hui presque inabordable, de cet immense pont de glace et de neige jeté par la nature entre l'Ancien et le Nouveau Continent. Vers la même époque, un Islandais, nommé Bjarne, ayant voulu rejoindre son père, ami d'Eric, en Groenland, fut entraîné par une tempête au loin dans l'ouest, d'où il aperçut une région très-boisée; c'était, dit-on, l'entrée du fleuve Saint-Laurent (Amérique sep- tentrionale). Mais, détourné par le courant de ce fleuve, il ne put aborder les côtes, et revint en Groenland, où il MOYEN ÂGE. 95 raconta à Éric son aventure. Sur ce récit, Éric équipa un navire monté par trente-cinq hommes, et en confia le commandement à son fils Leif. Celui-ci mit à la voile, et découvrit d'abord VHelluland (Terre-Neuve); de là, se dirigeant vers le sud, il signala une contrée couverte de forêts (Nouvelle-Ecosse). Poussé plus loin par le vent, il trouva un pays d'un climat plus doux et couvert d'une riche végétation (lehttoral du Canada), où il s'établit pour passer l'hiver. Un Allemand, nommé Tûrker, qui faisait partie de cette expédition, s'aventura dans l'intérieur du pays; il y trouva du blé et la vigne sauvage, ce qui, fit donner à ce pays le nom de Wynland (pays de vigne). Tel est le récit des légendes Scandinaves'. Quoi qu'il en soit, il n'est pas impossible que des navigateurs norwé- giens ou islandais aient abordé le nord de l'Amérique, plusieurs siècles avant la découverte du Nouveau-Monde par Christophe Colomb. Au treizième siècle, il y eut plusieurs voyageurs qui se livrèrent, en passant, à des observations d'histoire na- turelle. Jacques de Vilry^ près de Paris, célèbre prédicateur, ayant résidé dix ans en Palestine (de 1217 à 1227), écrivit une Histoire de Jérusalem en trois livres, imprimée dans Bongars, Gesta Dei per Francos (Hanau, 1611, in-fol.). Le chapitre quatre-vingt-cinq du tome I, p. 1, est consacré à la description de diverses productions naturelles pro- pres à la Palestine. Toute une famille de marchands vénitiens, celle des PoU^ s'illustra par des voyages faits dans l'Asie centrale et orientale, où aucun Européen n'avait encore pénétré^. Le plus célèbre est connu sous le nom de Marco Polo 1, Voy. Torfaeus, Groenlandia antiqua; Copenhague , 17CG. Schroeder, Om scandinavernes fordoa, etc., ibid. , 1818. 2. Voy. l'article Polo (Marco"^ de M. Pauthier, dans la Biographie générale. 96 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. (né à Venise vers 125G, mort en 1323 dans la même ville). Les voyages des Poli ont été publiés en italien, en français et en latin ; ils se trouvent dans plusieurs recueils, notamment dans celui de Ramusio (Venise, 1583, in-foL). Le second voyage des deux frères Poli en Mongolie et en Chine, après avoir passé par la Syrie et l'Arménie, a été le plus riche en résultats pour la science dont l'histoire nous occupe ici. A Mossoul, les frères Poli admirèrent la cul- ture du cotonnier; à Bassora, sur le Tigre, ils mangèrent les meilleures dattes du monde ; en Perse, ils trouvèrent du froment, de l'orge, du millet, du vin et des arbres fruitiers en abondance. A Timochaïm (Damagban dans le Tabaristan), ils virent « un arbre remarquable, l'arbre du suleil^que les chrétiens nomment arbre sec: «il est élevé, épais ; ses feuilles sont, d'un côté vertes, de l'autre blan- ches; ses fruits, gros comme les châtaignes, sont hérissés d'aspérités et ligneux; son bois est dur et de la couleur de celui du buis. » Il s'agit ici évidemment du platane {platanus orienîalis). — Plus loin, les mêmes voyageurs nous apprennent que sur les montagnes des environs de Succuir(So-Tschéu), en Chine, croît en abondance la rhu- barbe la plus estimée, et que les marchands l'exportent de là dans toutes les parties du monde. Les environs de Gouza (Tscho-Tschéu) sont décrits comme étant cou- verts de mûriers^ propres à l'éducation des vers à soie. Le bambou est signalé comme très-commun aux bords du fleuve Jaune et de ses affluents. Les deux frères voyageurs mentionnent aussi les arbres à épices, tels que le poivrier, le muscadier, comme croissant dans les îles de Java et de Sumatra. Ils ont les premiers décrit les noix de coco [cocos nuclfera, L.), « noix grosses comme la tête d'un homme, bonnes à manger, d'une saveur sucrée, d'une blancheur de lait, remplies à l'intérieur d'un suc frais et limpide, préférable au meilleur vin. » Ils parlent aussi des bananes [musa MOYEN ÂGE. 97 pnradisiaca, L.) qu'ils aipellent pommes de paradis^ dos noix de bétel, du camphre, du gingembre, de divers bois tinctoriaux, etc.*. Le franciscain Odorlc de Pordenonc [De Porto Naonis] en Frioul (né en l'286, mort en 1331), suivit les traces de INIarco Polo. Envoyé en 1318 comme missionnaire en Chine, il passa par Gonstantinople et Trebizonde, traversa l'Arménie et la Perse ; de Ormuz il longea la côte de Malabar, et se dirigea, par l'île de Ceylan et l'Archipel indien, vers le Thibetet la Chine. Il fut de retour en 1330, après avoir suivi une route qu'il n'a pas indiquée. La Relation de son voyage a été imprimée dans le tome II du recueil deRamusio {Raccolta délie naviyazioni eviaggi). Ses descriptions s'accordent, en général, avec celles de Marco Polo. On y trouve mentionnés la canne à sucre, Je ])alraier « doù-l'on tire une farine » {sagus farini] fcni)^ le palmier à sucre [arenga saccharifera), le bambou [bambusa aruiidinacea), etc. Un gentilhomme anglais, John Mandeville ou Maundc- ville (né à Saint-Albans vers 1300, mort à Liège en 1372), remplit le quatorzième siècle du récit de ses merveilleux voyages en Egypte et en Asie, où il erra pendant trente- quatre ans (de 1322 à 1356). Sa Relation, dont il existe de nombreux marascrits en français et en anglais, fut pour la première fois imprimée en français à Lyon, en 1480 (édition très-rare). A côté de beaucoup de sujets fabu- leux, on y trouve des observations exactes. Ainsi, l'auteur décrit très-bien les fours à poulets de l'Egypte, la poste aux pigeons, la récolte du baume, le gisement des dia- mants, la végétation et la récolte du poivre, etc. 1. Voy. H. F. Meyer, Geacliichte der Botan., t. IV, p. 127 et suiv. LIVRE TROISIEME. U BOTANIQUE DANS LES TEMPS MODERNES. La Botanique ilepuîs la découverte de rAmériquc. La découverte du Nouveau-Monde, à la fin du quinzième siècle, ouvrit tout à coup aux sciences nalurclles un champ illimité. La comparaison des plantes des deux hémisphères, si longtemps restés inconnus l'un à l'autre, imprima à l'étude de la botanique une impulsion extraor- dinaire. Et, par un heureux concours de circonstances, cette impulsion coïncida avec le réveil soudain des études classiques. Théophraste, Dioscoride, Pline, pour ne citer que les principaux botanistes de l'antiquité, trouvèrent de dignes commentateurs ou interprètes dans Théodore Gaza , Hermolao Barbare Nicolas Leonicenus , Ma- thiole, etc. D'un autre côté, les nombreux recueils ou lexiques qui parurent dès le milieu du quinzième siècle, sous les titres à'Herbolaria^ Herbiers, Herbals^ en Allema- gne, en France, en Angleterre, ne contribuèrent pas jaeu à populariser la botanique. TEMPS MODERNES. 99 Colomb avait rapporté de son premier voyage, où il aborda à l'île de Haïti {Hispaniola), divers objets naturels, tels que des fruits et des peaux de bêtes. La reine Isabelle, la principale promotrice de ce grand voyage de décou- vertes, engagea l'amiral à continuer ses collections; dans une lettre écrite de Ségovie au mois d'août 1494, elle lui demande surtout « les oiseaux qui peuplent les forêts et les rivages, dans ces pays où régnent un autre climat et d'autres saisons. » Parmi les productions naturelles que Colomb rapporta de son second voyage, on remarque surtout le fruit de l'ananas [bromelia ananas). La chair exquise et la forme singulière de ce fruit, qui ressemble à une pomme de pin, avaient surtout fixé son attention : Cierla fruta^ que parecia pinas verdes^ y venas de una carne^ que parecia melon, muy olorosay suave. Le roi Ferdinand d'Espagne préféra ce fruit, s'il faut en croire Pierre le Martyr [De rébus oceanicis, Dec. II, lib.xxxix),à tous les autres. Malgré son manque absolu de connaissances en histoire naturelle, Colomb avait ce sens observateur dont étaient complètement dépourvus les conquistadores qui, comme Cortez, les Pizzare, etc., n'apportèrent dans le Nouveau-Monde que l'esprit de conquête et d'extermina- tion. « Ce n'est pas à eux, dit avec raison Alexandre delîum- boldt, que l'on doit faire honneur das progrès scientifiques qui ont incontestablement leur principe dans la découverte du Nouveau Continent, et sont venus, agrandir les con- naissances des Européens.... Ces progrès sont l'œuvre de voyageurs plus pacifiques ; ils sont dus à un petit nombre d'hommes distingués, fonctionnaires municipaux,' ecclésiastiques et médecins. Habitant d'anciennes villes indiennes, dont quelques-unes étaient situées à 12 000 pieds au-dessus de la mer, ces hommes pouvaient obser- .ver de leurs propres yeux la nature qui les entourait, vérifier et combiner, pendant un long séjour, ce que d'autres avaient vu, recueillir des productions de la nature, les décrire et les envoyer à leurs amis d'Eu- 100 IIlbTOIRE DE LA BOTANIQUE. rope. Il suffit de nommer Gomara, Ovicdo et Henian- dez'. » Un mot sur ces pionniers des connaissances naturelles du Nouveau-Monde. ï'rançois Lopez de Gomara (né aux îles Canaries vers 1500, mort en 1560) passa quatre ans, comme mission- naire, en Amérique, et publia, après son retour en Europe, son Hisloria gênerai de las Indias^ con la conquista; Mé- dine, 15 i3, in-fol. L'auteur fait connaître les productions du Mexique les plus remarquables : le cactus qui nourrit la cochenille , si précieuab comme matière tinctoriale rouge [cactus coccinellifcr) ; le baumier de Tolu [to- luifera Lalsamuni); l'arbre dont le fruit sert à faire le chocolat [theobroma cacao); l'agave [agave americana), qui présente l'aspect de l'aloës, et qui abondait autour des théocallis ou anciens temples des Mexicains. Ap- portée en Europe vers le milieu du seizième siècle, cette plante, dont la longue hampe fleurie attire les regards, croît aujourd'hui naturellement en Portugal, en Espagne, sur les côtes septentrionales de l'Afrique, en Italie et dans le midi de la France. Fernandez de Ooiedo (né à Madrid en 1478, mort à Valladohd en 1557) passa dix ans comme alcaïde dans l'Ile d'Hispaniola (Saii.:-Domingue) , et fit, en 1535, pa- . raître à Séville la première partie de son importante Historia gênerai et natural de las Indias occidentales. Dans cet ouvrage, dont une partie reste encore en manuscrit, il est parlé du manioc [jatro'pha manioc), racine féculente qui à l'état frais renferme un suc vénéneux, susceptible d'être enlevé par le lavage et la dessiccation. Voici d'autres plantes qu'Oviedo avait qj)servées dans les Antilles : le goyavier {psidium pyriferum, L.), dont le fruit ressemble à une poire de moyenne grosseur; le bois de gayac [guayacimi o(ficinale) , préconisé pendant 1. A. de Humboldt, Cosmos, t. II, p. 332 {de notre tiaducUon). TEMPS MODERNES. 101 longtemps comme un spécifique contre la syplnns; le chou palmiste {areca oleracea, L.); l'avocatier [laurus per- sea, L.), qu'il nomme perales ; le calebassier [crescentia cujete), dont le péricarpe (enveloppe du fruit) sert à faire des vases; la hatate, racine tuberculeuse d'un liseron [convolvuhis halatas)^ qui a beaucoup d'analogie avec la pomme de terre. Celle-ci [solanum tuberosimi, L.), qui portait d'abord le nom de papas, fut trouvée dans les hautes régions du Pérou, et pour la première fois décrite par Zarate dans son Hisloria del descubrimienio y con- guista del Perù; Anvers, 1555, in-8°. On la cultiva d'a- bord comme plante d'ornement. François Hernandez, natif de Tolède, était médecin de Philippe II, roi d'Espagne. Celui-ci l'envoya en Amérique pour lui faire étudier les productions naturelles du Nouveau Continent. Chargé de reproduire par de bons dessins toutes les curiosités végétales et animales du Mexique, il put enrichir ses collections en prenant copie de plusieurs peintures d'histoire naturelle_, qui avaient été exécutées avec beaucoup de soin par les ordres de Nezahoualcoyotl, roi de Tezcouco, un demi-siècle avant l'arri^^ée des Espagnols. D'après les témoignages de Fernand Cortez dans ses rapports à Charles-Quint, il n'y avait, à l'époque où fut conquis l'empire de Montézuma, dans aucune partie de l'Europe, des jardins botaniques et des ménageries comparables à ceux de Houantepec, de Chapoltepec, de Iztapalapan et de Tezcouco ^ Hernan- dez trouva encore vivantes beaucoup de plantes médici- nales dans les anciens jardins des souverains aztèques, particulièrement dans celui de Houantepec. Les terribles guerriers espagnols n'avaient pas ravagé ces jardins, par respect pour un hôpital qu'ils avaient établi dans le voi- sinage. Une partie du recueil des travaux de Hernandez ne fut publiée que longtemps après sa mort par Fr. Xime- 1. Piescolt, Conquest o[ Mexico, 1. 1, p. 178; t. II, p. 66 et 117-121. 102 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. nés, sous le titre: De la naturaleça y mrtudes de las arbolcs, plantas y animales de la Nueva Espana, en espe- cial de la provincia de Mexico, de que se aprovecha la medecina; Mexico, 1615, iii-4». Les plantes du Paraguay eurent pour premier descrip- teur européen le poëté-missionnaire Martin del Barco. Natif de 1 Estrémadure , il passa, en 1573, au Paraguay, et écrivit, sous le titre de Argentina, l'histoire en vers de la rivière de la Plata, imprimée à Lisbonne, en 1602, et réimprimée dans le t. III du recueil de Barca, Madrid, 1749. On y trouve la description de trois plantes bien caractéristiques: 1° la plante dont la racine passait pour un spécifique contre la piqûre des serpents venimeux, plante qui reçut depuis le nom de dorstenia contrayerva, L., et devint le type d'un genre remarquable par son inflores- cence, formée d'un réceptacle étalé, légèrement concave, portant des fleurs mâles et des fleurs femelles : en rappro- chant les bords de ce réceptacle, on voit naître vme figue, et si on pouvait l'élever de manière à lui faire prendre en longueur ce qu'il a perdu en largeur, on aurait la mûre. — 2° La sensitive [mimosa pudira), qui se trouve aussi dans l'Ancien Monde, et dont Théophraste connaissait déjà les phénomènes d'irritabilité. — 3"Lagrenadilleou fleur delà Veission (passifîora cserulea, L.), plante essentiellement américaine, et qui a été, depuis le milieu du seizième siècle, introduite en Europe, où elle s'est acclimatée. Elle est chère aux poètes religieux, qui la supposent figurer les instruments de la Passion: le beau cercle de filaments pourpres et violets représente la couronne d'é- pines, les trois styles sont les clous, la feuille, terminée en pointe, figure la lance, et la vrille le fouet. Aux Espagnols qui exploraient, dans la première moitié du seizième siècle , le Nouveau-Monde , il faut ajouter l'italien Jérôme Benzoni. Ce voyageur s'embarqua en 1541 pour l'Amérique, où il séjourna jusqu'en 1556. Il publia les résultats de ses observations sous le titre de TEMPS MODERNES. 103 Histoire du Nouveau-Monde^ contenant la description des îles ^ des mers nouvellement découvertes^ et des nouvelles cités par- courues et visitées pendant V espace de dix-huit am; Venise, 1556 iii-4°, souvent réimprimé. Parmi les plantes que l'au- teur décrit, on remarque le peïwn, qui est le tabac (mco^iana tabacum^li.). Peu de temps après le retour de Benzoni en Europe, cette solanée était cultivée dans les jardins de Lis- bonne comme un spécifique contre les ulcérations mali- gnes. L'ambassadeur français Jean Nicot, ayant entendu parler des propriétés merveilleuses de cette plante, en rap- porta des échantillons à la cour de France. Benzoni men- tionne aussi le coca^ feuilles de Verythroxyliim coca, que les Péruviens mâchent comme les Indiens le bétel. Cette habitude, qui dégénère facilement en passion, entraîne des dangers aussi grands que l'abus de l'opium. Le Brésil fut pour la première fois exploré, sous le rapport de l'histoire naturelle, par un voyageur français, André Thevet{né à Angoulême en 1502, mort à Paris en 1590). Dans ses Singvlaritez de la France antarctique, autrement nommée Amérique (Paris, 1558, petit in-4''), A. Thevet décrit : le copahou ou baumier de copahu [copai- fera officinalis) ; le marobi ou pistachier de terre [arachis hypogœa)^ qui appartient à la zone tropicale du Nouveau et de l'Ancien Continent; l'ayri [zamia furfurncea^ Ait.), palmier qui retiferme, comme presque toutes les espèces de zamias propres à l'Afrique australe plutôt qu'au Brésil, une moelle amylacée, ayant toutes les propriétés du sagou. La connaissance plus exacte de la flore du Brésil date seulement de la première moitié du dix-septième siècle. En 1637, le comte Maurice de Nassau, nommé gouver- neur de la partie alors hollandaise du Brésil, emmena avec lui son médecin, Guillaume Pi^on, qui s'adjoignit comme aide un naturaliste allemand, Marggraff de Liebstaedt, Avec les moyens que leur avait fournis le gouverneur, Pison et Marggraff visitèrent les contrées voisines de la 104 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. mer, depuis le Rio-Grrande jusqu'au sud de Fernambouc. Leurs papiers et leurs notes furent remis au célèbre géographe Jean de Laet, qui les publia à Amsterdam (L. Elzevir), en 1648, un vol. in-fol., divisé en deux par- ties. La première partie contient les travaux de Pison, sous le titre de De medicina Brasiliensi^ en quatre livres, dont le quatrième seul traite des plantes {De facvltatibvs simpUcium) ; la deuxième partie, comprenant les recher- ches de Marggraff (mort en 1644, sur la côte de Guinée), est intitulée : Historia rerum naturalium Brasiltœ , en huit livres, dont les trois premiers ti^aitent exclusivement des plantes du Brésil. L'intelligence du texte, très-bien imprimé, est facilitée par de belles gravures sur bois. Les principales plantes ou productions végétales qu'on trouve décrites et figurées dans cet ouvrage, sont: le bali- sier [canna indica) , qui fait aujourd'hui l'ornement de nos jardins; la noix d'acajou, fruit de Vanacardium occidentale^ qu'il faut distinguer de la pomme d'acajou , qui n'est qu'un pédoncule extraordinairement déve- loppé et gorgé d'un suc fortement astringent ; l'anil ou indigotier ; l'igname de l'Amérique équinoxiale [dioscorea alata,Ij.), souvent confondu avec la batate; la racine d'ipécacuanha ; le sassafras [laurus sassafras^ L.), que Monardes avait déjà fait connaître vers 1549, et qui fut introduit en Europe par Munting, en Ib'bb; le manguier {mangifera indica), dont le fruit, gros comme une poire, est savoureux et d'une odeur agréable; le manglier (rhizophora mangle), remarquable par ses longues racinco, découvertes; le cururu ou curare, avec lequel les indigènes empoisonnent leurs ilèches. Ce poison qui, appliqué sur le tissu vivant, détermine la paralysie du mouvement musculaire volontaire, est tiré d'une plante grimpante, qui se rapproche, moins des paitllinia que des strychnos\ 1. Foy. Al. de Humboldt, Tableaux de la nature^ t. , p. 2 3 de notre traduction (Paris, 1850,10-8"). TEMPS MODERNES. 105 Nous devons ici dire un mot des cinchonn^ de ces pré- cieux arbres de quinquina, qui par leurs tiges élancées et la teinte rougâtre de leurs grandes feuilles, caractérisent la végétation intertropicale (environs de Loxa et hauts pla- teaux de Bogota et de Popayan) de l'Amérique du Sud. Ce ne fut que vers 1639 que l'écorce de quinquina fixa l'attention des Européens qui habitaient le Pérou. Ses propriétés fébrifuges paraissent avoir été depuis long- temps connues des indigènes, « Les chasseurs de quin- quina, cazadores de cascarilla, c'est ainsi qu'on appelle à Loxa les Indiens qui ramassent tous les ans la plus efficace de toutes les écorces de cfuinquina, celle du cinchona condaminea, dans les montagnes solitaires de Caxanuma, d'Uritusinga et de Rumisitana, — les chas- seurs de quinquina, dit Alex, de Humboldt, grimpent, non sans danger, jusqu'au sommet des plus hauts ar- bres, pour avoir de là une vue étendue, et distinguer au loin, par la teinte rougeâtre des grandes feuilles, les tiges élancées du cinchona *.» — La comtesse de Cinchone (d'où le nom de cinchona)^ épouse du vice-roi espagnol du Pérou, en 1638, ayant été guérie, par ce remède, d'une opiniâtre fièvre tierce, le fit connaître en Europe. Mais les médecins européens étaient près de quarante ans sans l'adopter. Ce fut, dit-on, un Anglais, nommé Talbot, qui ie mit en vogue en 1676-, et Louis XIV acheta de lui la manière de l'employer à doses convenables. A dater de cette époque jusqu'à nos jours , le quinquina a soutenu sa réputation comme spécifique des fièvres intermit- tentes. Le quinquina et la pomme de terre sont au nombre des plus précieux bienfaits dont nous soyons redevables au Nouveau-Monde. Jardins botaniques. — Après la découverte de l'Améri- 1 . Tableaux de la nature, t. II, p. 109. 106 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. que, les jardins botaniques^ créés dans différents pays de l'Europe, contribuèrent très-puissamment à la popu- larisation et au développement de la science. Ils n'étaient primitivement destinés qu'à la culture des plantes médi- cinales. Le plus ancien de ce genre fut établi, en 1533, par le Vénitien Gualterus, dans un emplacement accordé par la république de Venise^ Cette même république adjoignit, en 1545, àl'université de Padoue, un jardin spécialement consacré à l'instruction des élèves en médecine, et en confia la direction au professeur Fr. Buonafede. Il fut suivi de près par l'établissement du jardin de plantes médicina- les de l'Université médicéenne de Pise, rivale de celle de Padoue. Ce jardin eut, en 1549, Anguillara pour premier directeur et démonstrateur {ostensor simplicium). L'uni- versité de Bologne eut le sien depuis 1568. Ulysse Aldro- vandi en fut le premier directeur; il eut pour successeur André Gésalpin. L'exemple de l'Italie fut suivi par la Hollande. La créa- tion du jardin de la faculté de médecine de Leyde date de 1577. La France ne resta pas en arrière. Henri IV fit, en 1598, construire à Montpellier un jardin auquel la faculté de médecine de cette ville doit depuis lors en grande par- tie sa réputation ; il en donna la direction à Richier, qui eut, en 1632, pour successeur son neveu de Belleval. Ce même roi avait déjà chargé, en 1-597, Jean Robin de cul- tiver à Paris, dans un jardin particulier, les plantes que quelques voyageurs avaient apportées de l'Amérique '^ Jean Robin avait pour aide son fils Vespasien (né à Paris en 1579, mort en 1662), à qui on doit l'introduction du robinier ou faux-acacia [robiiiia pseudo-acacia). Le père de tous les robiniers, aujourd'hui répandus dans 1. Rob. de Visiani, Velle bene merenze de' Veneti nella bofanica,^ Venise, 1854, in-4'>, p. 38. 2. Antoine de Jussieu, Discours sur le progrès de la botanique au Jardin Royal de Paris, p. 7 (Paris, 1718, in-4°). TEMPS MODERNES. 107 toute l'Europe, fut planté, en 1635, par Vespasien Ro- bin, et se voit encore aujourd'hui, singulièrement en- dommagé par l'injure du temps, au Jardin des Plantes à Paris. Exposons maintenant sommairement, par ordre chro- nologique, les travaux des principaux botanistes mo- dernes. Botanistes da seizième rîôcIc. UoTANiSTES ITALIENS. — La rivalité qu'entretenaient, en Italie, les universités de Padoue, de Pise, de Bologne, etc., fut très-favorable au mouvement de la science. Nous signalerons ici les hommes qu'elle produisit en bota- nique. Jean Manardi (né en 1462 à Ferrare, mort en 1530), médecin de Ladislas, roi de Hongrie, s'efforça de montrer dans ses Epistolse médicinales (Bâlo, 1540, in-fol.) que les Arabes n'étaient que d'ignorants compilateurs, ayant emprunté presque tout leur savoir aux Grecs. Il parle, l'un des premiers, des anthères, de ces petits globules ou sachets, généralement jaunes, qui couronnent les fila- ments de la fleur. Un de ses élèves, Antoine Brassavola (né à Ferrare en 1500, mort en i570), reçut du roi de France François I" le surnom de Musa, à l'occasion d'une thèse qu'il avait soutenue à Paris De omni re scibili. Son Examen omnium simplicium medicamentorum (Rome, 1536, in-fol.) est un savant commentaire des anciens. Il écrivit, l'un des pre- miers, sur la racine de quinquina et le bois de gayac : De radicis chinonx usu^ cum qusestionibus de ligno sancto; Ve- nise, 1566, in-fol lOb HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Andn' Mathiole ou Mattioli (né à Sienne en 1501, moi! à Trente, en i577) s'est fait une grande renommée |iar son commentaire surDioscoride, souvent réimprimé et tra- duit dans les principales langues de l'Europe. Les nom- breuses gravures qui accompagnent le texte sont, en géné- ral, assez médiocres, et représentent des plantes quelque- fois imaginaires. Lapartie la plus intéressante et vraiment originale de l'ouvrage de Mathiole comprend les rensei- gnements qui lui avaient été transmis sur les plantes de l'Asie Mineure par le médecin Guillaume Quakelbeen, at- taché àBusbecq, ambassadeur de l'empereur d'Allemagne à Gonstantinople. Tournefort a très-sévèrement jugé Mathiole d' « esprit léger, vaniteux et aimant la contro- verse. « Lucas Ghi7ii (né près d'Imola en 1500, mort en 1556) occupa, en 1534, la chaire de botanique à l'université de Padoue et fut plus tard appelé à diriger le jai^din des plantes, nouvellement fondé à Pise. Il eut pour disciples Ulysse Aldrovande, Constantin de Rhodes, Anguillara, et fournit à Mathiole un grand nombre d'observations. Bien qu'il n'ait laissé aucun ouvrage sur la botanique, il pas- sait auprès de ses contemporains pour avoir beaucoup contribué au progrès de cette science. Pour perpétuer son souvenir, Schreber et Willdenow ont donné le nom de ghinia à un genre de plantes de la famille dos pyvé- nacées. Aloysio Anguillara (natif d'Anguillara dans les États Romains, mort à Ferrare en 1570) visita, en naturaliste, l'Italie, l'Illyrie, la Turquie, les îles de Crète, de Chypre, de Corse, de Saixlaigne, une partie de la Suisse et les environs de Marseille. Principalement occupé de la concor- dance des noms anciens avec les noms modernes, il exposa ses idées dans des lettres adressées à Marinello,un de ses correspondants. Marinello réunit quatorze de ces lettres, et les publia du consentement de leur auteur, sous le titre de Semptici deW eccellente M. Anguillara, etc.; Venise, TEMPS MODERNES. 109 Î5C1 , in-4» et in-12. L'édition in-l2 est préférée, parce qu'il y a des gravures de plantes (le chamseleon et le s-;dum arborescens] qui manquent dans l'édition in-4°. Anguillara montra que les noms vulgaires des plantes sont souvent ceux des anciens, légèrement modifiés. Ses descriptions, très-courtes, sont si exacles, qu'elles suffi- sent pour reconnaître toutes les espèces indiquées. Il y en a au moins une vingtaine qu'il a le premier fait connaître. Tournefort et Séguier (Bibliothèque botanique) ontinàkiué une traduction latine, extrêmement rare, d'Anguillara, de Simplicibus liber primus^ avec des notes de Gaspard Bauhin (Bâle, 1593 in-S"). Anguillara et Mathiole furent des adversaires irréconciliables. Castor Durante (natif de Viterbe, mort en 1590), méde- cin du pape Sixte-Quint, publia en 1584, à Venise, un volume in-fol., intitulé Herbario nuovo, où se trouvent figurées les principales plantes, jusqu'alors connues de l'Europe, des Indes orientales et occidentales. Nous de- vons ajouter que les gravures sur bois, au nombre de 874, sont très-inexactes, mal exécutées et quelquefois imagi- naires. Plumier a donné, en l'honneur de Castor Durante, le nom de castorea à un genre de plantes voisin des ga- tiliers, dont Linné a depuis changé le nom en celui de duranta. Jean Costeo ou Costœus (natif de Lodi, mort en 1603) se fit connaître par son ouvrage De universali stirpium natura libriduo; Turin, 1578, in-4". C'est une paraphrase de Théophraste et de Dioscoride. On y trouve très-peu d'observations originales. André Césalpin (né à Arezzo, en 1519, mort en 1603) est le seul naturaliste de cette époque qui mérite qu'on s'y arrête un peu plus longuement. Il montra, dès son jeune âge, une grande indépendance d'esprit dans ses rapports avec ses maîtres et ses condisciples. Il étudia d'aboi^d la médecine et fut bientôt reçu docteur. Rompant avec les doctrines traditionnelles de la scolastique , il ouvrit, l'un 110 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. des premiers, largement, la voie expérimentale. C'est ainsi qu'il parvint à des découvertes inattendues, parmi les- quelles nous citerons celle de la circulation du sang, gé- néralement attribuée à Harvey *. Voyant la botanique livrée à un fatras d'érudition et à une exagération de vertus médicinales souvent fictives, Gésalpin introduisit dans la science les principes de la méthode et les lumières de l'observation. Son immortel ouvrage De plantis libri XVI (Florence, 1583, in-4'') est le premier essai d'une véritable systématisation de la bota- nique. L'auteur commence par examiner les différentes parties de la plante. Il en montre les vaisseaux remplis d'un suc nutritif ou lactescent, et les signale comme les analogues des vaisseaux sanguins de l'animal. Il attribue la circulation de la sève à la chaleur ambiante. «Les plantes, dit-il, manquent de sens pour attirer de la terre et de l'air les aliments nécessaires ; ceux-ci ne s'y introduisent pas non plus par un moyen mécanique, ni par l'horreur du vide, ni par la force magnétique : c'est la chaleur qui dé- termine cette action, j) D'après la théorie de Gésalpin les feuilles naissent de l'écorce ; leurs nervures ont pour origine le liber. La moelle n'a pas la même importance que l'écorce; on peut enlever la moelle sans que la plante périsse, tandis qu'en enlevant l'écorce tout autour de la tige, on la fait mourir. Passant ensuite à l'examen du bourgeon et de la graine, il affirme que celui-là diffère de celle-ci comme le fétus de l'œuf : la graine ne con- tient, comme l'œuf, que le principe du mouvement vital, tandis que le germe ou le fétus vit comme un parasite sur la mère qui le porte. Dans l'anatomie de la fleur, Gésalpin distingua parfaite- ment la partie accessoire de la partie principale. «La partie accessoire, se compose, dit-il, des folioles, les unes vertes, les autres colorées, qui ne sont que les enveloppes des 1. Voy. Gésalpiû, Quasstiones peripatetica;, V, 4. TEMPS MODERNES. 111 ts (involucra frucluum) ; la partie principale est située dedans de ces enveloppes; elle se compose des ^tarnma des flocci. » Par stamina, il entendait, non pas comme us aujourd'hui, les étamines^ mais les styles qui sur- ontent les ovaires (processus seminum), tandis que ses ocons ou flocci étaient nos éto,mines, les stimulants de iropagation des ovules [seminum propagines). Les deux iexes, mâle et femelle, peuvent ainsi être renfermés dans la même fleur, dont l'enveloppe externe [exterius floris involucrum) est appelée calice [calyx) par l'auteur. « Le calice, ajoute-t-il, est nourri par l'écorce ; cest pourquoi il ne tombe pas avec la fleur et entoure généralement le fruit. » Il reconnaît aussi que les deux sexes existent quelquefois sur des tiges différentes , comme dans le chanvre, la mercuriale, le genévrier, etc. Mais l'idée ne lui vint pas de fonder là-dessus toute une classifica- tion. A l'exemple des anciens, Gésalpin divisa les plantes en arbres et en herbes. Il fonde cette première division sur la durée vitale : «Les plantes à tige ligneuse vivent, dit-il, beaucoup plus longtemps que les plantes à lige herbacée, jj Il classe ensuite les arbres suivant la direction de l'embryon contenu dans la graine, et ce fait a depuis lors attiré l'at- tention de tous les botanistes. Quant à la classification des herbes, bien plus nombreuses, il met d'abord à part celles qui ont des graines apparentes, puis celles qui n'en ont pas, comme les lichens, les mousses, etc. Il subdivise ensuite les plantes à graines apparentes, en celles qui n'ont qu'une graine, et en celles qui en ont un plus grand nombre. Les plantes à une graine sont à leur tour subdivisées, suivant que cette graine est nue dans le calice, ou qu'elle est contenue dans une capsule ou dans une baie. Puis, le fait de la graine nue ou enveloppée d'un péricarpe quelconque, il l'applique aux plantes qui ont ou deux, ou trois, ou quatre graines. Il fait en même temps intervenir la forme de la racine, fibreuse ou bulbeuse. 112 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. l'nlin les plantes qui ont un grand nombre de graines, il les subdivise suivant la disposition et la l'orme de leurs fleurs. Il parvint ainsi à former quinze groupes, si bien caractérisés qu'en étudiant une plante il est facile de re- connaître auquel de ces groupes elle appartient. C'est là, remarque ici Thiébaud deBarnéaud, que Tour- nefort nousditavoir puisé les éléments des genres établis par Gésalpin ; c'est là que Robert Morison et Jean Rai sont allés prendre l'idée des rapports naturels des espèces dont ils s'attribuent tout l'bonneur. C'est encore là que se trouvent les matériaux de la carpologie, que Gœrtner, Correa de Serra, Richard et Mirbel ont poussée si loin. De l'observation régulière des parties de la fructification doit sortir le meilleur système de classification des plan- tes ; cette classification est exacte en plusieurs points, mais elle demande à être complétée. Elle ne le sera ja- mais qu'en présence de la nature vivante, lorsque l'on suivra le fruit dans tous ses développements et dans les modifications que lui fait subir la loi des avortements. Rien n'a encore été ajouté aux principes posés par Gésal- pin relativement aux principes à suivre pour l'établisse- ment des familles et d'une méthode essentiellement na- turelle'. » Gésalpin a laissé un herbier, qui se conserve reli- gieusement au Cabinet d'histoire naturelle de Florence; il est composé de 768 espèces bien séchées, collées sur pa- pier, et accompagnées des noms que l'auteur leur a don- nés, ainsi que des noms vulgaires qu'elles portent dans plusieurs contrées de l'Ralie. — Plumier a donné le nom de cxsalpinia à un genre de légumineuses d'Amérique, poui perpétuer la mémoire de l'illustre savant qui avait con- sacré toute sa vie au progrès de la science. Botanistes français. — LaFrance ne devait pas rester 1. Voy. Encyclopédie des gens du monde, à l'article Césalintt,. TEMPS MODERNES. 113 étrangère au souffle de rénovation qui, dès la fin du quin- zième siècle, pénétra toute l'Europe. Jean Ruel (néà Soissons en 1479, mort à Paris en 1537) ouvre la série des botanistes d'alors. Doyen de la Faculté de médecine de Paris en 1508 et 1509, il devint médecin du roi François I". Mais pour mieux suivre son goût l'our l'étude il se démit de sa charge, entra dans les ordres et fut pourvu d'un canonicat à Notre-Dame. Son traité P.e nntura sUrpium libri très, magnifiquement imprimé, en 1536, à Paris (vol. in-fol.) par Simon Goliné, est une sorte de répertoire des connaissances botaniques acquises jusqu'à la fin du quinzième siècle. Au commencement du premier livre l'auteur traite des plantes en général, de leurs organes, de leur nutrition, des parties qui les com- posent, de la difterence des feuilles, des fleurs, etc.; mais on n'y trouve aucune méthode de classification. Les autres pages du premier livre sont consacrées à l'histoire des arbres, rangés par ordre alphabétique; et les deux livres restants traitent des plantes herbacées. Les an- ciens, particulièrement Théophraste, Dioscoride et Pline, y sont très-habilement commentés. — Plumier a dédié à la mémoire de Ruel le genre ruellia, de la famille des acan- thacées. Jacques Dalechamp ou Dalechamps (né à Gaen en 1513, mort en 1588 à Lyon) étudia la médecine à Montpellier, où il eut pour maître Rondelet, et vint, en 1552, s'établir à Lyon comme praticien. Versé dans la connaissance des anciens, il traduisit en latin Athénée, l'accompagna de savants commentaires, et donna une édition estimée de Pline. Mais son œuvre principale a pour titre : Historia (jeneralis plantariim, in libros XV 111 per certas classes nrii- ficiose digesla, etc.; Lyon (Guillaume Rouillé), 2 vol. in- fol., 1587; quelques exemplaires portent la date de 1586'. 1. Desmoulins dt.iia aussi de cet ouvrage une traduction françai-e, fort estimée; elle a pour titre: Histoire getw'rale des pla7ites, soitio 114 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Cet ouvrage, qui fut achevé par Desmoulins (Molinœus) avec les matériaux fournis par Dalechamps, montre com- hien le besoin d'une classification méthodique des plantes se faisait dès lors généralement sentir. Ainsi, le premier livre traite des arbres qui naissent spontanément dans les bois ; le deuxième livre, des arbrisseaux qui forment les buissons et des arbustes qui naissent spontanément ; le troi- sième livre, des arbres cultivés dans les parcs et les ver- gers ; le quatrième livre, des céréales et plantes agricoles ; le cinquième livre, des plantes potagères et herbes des jar- dins ; le sixième livre, des ombelliféres; le septième livre, des plantes d'ornement; le huitième livre, des plantes odo- riférantes ; le neuvième livre, des plantes palustres; le dixième livre, des plantes qui croissent dans les terrains pierreux ^ sablonneux, secs; le onzième livre, àes plantes qui naissent dans un sol ombragé, humide et gras; le douzième livre, des plantes littorales et marines ; le trei- zième livre, des plantes grimpantes ; le quatorzième livre, des chardons et d'autres plantes épineuses; le quinzième livre, des plantes bulbeuses, à racines charnues et génicu- lées ; le seizième livre, des plantes purgatives; le dix-sep- tième livre, des plantes vénéneuses ; le dix-huitième livre, des plantes exotiques. Il y a là, comme on voit, un essai de classification, fondé tout à la fois sur l'usage, sur les pro- priétés, sur la forme extérieure et l'habitat des espèces végétales. Cet essai laissait sans doute beaucoup à désirer: les ombelliféres se trouvent, par exemple, confondues avec des corymbifères, telle que l'achiliée mille-feuilles. Mais cela montre combien il faut de temps pour que l'œil per- fectionné arrive à rectifier les erreurs commises par l'œil commun. C'est une remarque que nous aurons souvent l'occasion de faire. Dalechamps était secondé dans son œuvre par des cor- latine de la bibliothèque de M. Jacques Dalechamps, puis faite fran- çoiseparM Jçan Dcsmoulins; Lyon, 1615, 2 vol. in-fo). TEMPS MODERNES. 115 respondants nombreux, établis dans différents pays do l'Europe. Il avait composé lui-même une collection, con- sidérable pour le temps, des plantes qui croissent dans lo Lyonnais, province heureusement située entre les Alpes et la zone méridionale de la France. Son Histoire générale des plantes renferme 2751 gravures intercalées dans le texte, dont beaucoup de doubles et de triples, en général assez médiocres. Elle a été peut- être un peu trop sévèrement ap- préciée par M. Fée. « On ne doit pas, dit-il, chercher dans ce livre des idées nouvelles, même pour le temps, et nous ne croyons pas qu'il ait fait faire un seul pas à la science. C'est une simple paraphrase des ouvrages de Théophraste, de Dioscoride et de Pline, presque sans critique ; mais l'érudition y est vaste, et ce n'est pas sans intérêt qu'on le parcourt', jj Charles de l'Écluse, plus connu sous le nom latinisé de Clusius (né à Arras en 1525, mort à Leyde en i609), eut une vie aussi laborieuse qu'accidentée, dont voici les principaux traits *. D'une famille protestante, il fit ses premières études à Gand et suivit, àLouvain, des cours de droit. De là il se rendit en 1548 à Marbourg, et passa l'année suivante à l'université de Wittemberg, attiré par la réputation de Mélanchthon. En 1550, on le trouve à Mont- pellier, suivant les leçons de Rondelet, dans la maison duquel il demeura trois ans. Ce fut là qu'il abandonna lo droit pour se livrer entièrement à l'étude de la méde- cine et des sciences naturelles, particulièrement de la bo- tanique. Après avoir visité le midi de la France, le Piémont et la Savoie, il passa par Genève, Bâle et Cologne pour se rendre à Anvers, où son père s'était réfugié pour échap- per à la persécution des protestants. Il y séjourna pen- 1. M. Fée, article Dalechamps, dans la Biographie générale. 2. La vie de TEcluse n'a été bien connue que depuis la publication de sa correspondance par L. Ch. Treviranus [Caroli Clusii Atrebatis et Conr. Gesneri Tigurini Epistolae ineditœ; Leipzig, 1830, in-8»). 116 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. dant environ hinl ans (de 1555 à 1563). Dans cet inter- valle il lit un voyage à Paris, et traduisit du hollandais en français le Cruydeboeck (Herbier) de Dodoens. En 1564, on le trouve à Augsbourg, où il se lia d'amitié avec les frères Fugger, les Rothschild du seizième siècle, et les accompagna dans un voyage qu'ils firent en France, en Espagne et en Portugal. De l'Écluse profita de ce voyage pour explorer la presqu'île Ibérique, depuis les Pyrénées jusqu'cà Gibraltar, et depuis Valence jusqu'à Lisbonne. Il rapporta de cette longue herborisation des dessins très-bien faits, d'après nature, de près de deux cents espèces de plantes, jusqu'alors inconnues. Aux environs de Gi- braltar il s'était cassé le bras en tombant de cheval. Re- tourné à Anvers, il y résida quelque temps, visita en 1571 Paris et Londres, et fut appelé, en 1573, à Vienne par Maxi milieu II pour diriger les jardins impériaux, nou- vellement établis. Il y introduisit beaucoup de plantes exotiques, et profita de sa position pour étudier la flore de l'Autriche et de la Hongrie, et pour visiter une s:conde fois l'Angleterre. Là il fit connaissance avec le célèbre circumnavigateur, François Drake, qui lui communiqua une foule de renseignements utiles. En 1581, il eut le malheur de se luxer le coude-pied et de se fracturer la malléole. Sa famille ayant eu beaucoup à souffrir de l'in- tolérance des catholiques, de l'Écluse quitta Vienne après un séjour de quatorze ans, pour se retirer, en 1587, à Francfort, où il vécut dans la retraite. Son amour de la science le mit en rapport avec le savant landgrave de Hesse, Guillaume IV ; il le visita souvent à Gassel et re- çut de lui une pension. A Francfort il eut encore le mal- heur de se casser la cuisse droite; mal guéri il ne put pendant longtemps marcher qu'avec des béquilles Se? souffrances se compliquèrent d'une hernie qui l'empêchait de faire de longues excursions. Cependant ses sens ei son intelligence se conservèrent intacts jusqu'à l'extrême vieillesse. En 1593, il fut appelé comme professeur de TEMPS MODERNES. 117 botanique à l'université de Leyde, et c'est là qu'il termina sa vie, en 1609, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans Ses travaux, oîi une vaste érudition se trouve unie à un rare esprit d'observation, le mettent au premier rang des botanistes du seizième siècle. Ils ont pour titres : Rario- ram aliquot slirpium per Hispanias obsei'vatarum hislo- rix^ etc.; Anvers, 1576, in -8° ^233 gravures sur bois) ; — Rariorum plantarum historia; ibid., 160', in-fol.-; — Exoticorum libri decem , quitus animalium , plantarum , aromatum^ aliorumque peregrinorum fructuum hùtorix ckscribuntur; ibid, 1605, in-fol; et comme appendice aux ouvrages précédents : Curx posteriores^ seu piurimarum non ante cognitarum aut descriptarum stirpium^ etc.; ibid. 1611, in-4°. De l'Écluse avait aussi traduit en latin les principaux écritsde Garciasab Orto, de Monardes, de Acosta etde Be- lon. C'est lui qui a introduit dans les Pays-Bas les papas ou camotes^ plus tard connues sous le nom de pommes de terre. Des échantillons en avaient été apportés du Pérou en 1586 par François Drake, qui en donna à Sherard, de Londres. Celui-ci les cultiva dans son jardin et en partagea les produits avec de l'Écluse. Mathias Lo>Z, plus connu sous le nom latinisé de Lobelius (né à Lille en 1538, mort à Highgate en 1616), étudia la médecine à Montpellier, où il eut, comme de l'Écluse, Rondelet pour maître. Il parcourut, en herbo- risant, le midi de la France, une partie de l'Italie, le Tyrol, la Suisse et l'Allemagne, et vint s'établir comme médecin, d'abord à Anvers, puis à Delft. Vers 1569 il se rendit en Angleterre, accompagna en 1592 lord Zouch dans son ambassade près de la cour de Danemark, obtint le titre de botanographe du roi Jacques I", et passa les dernières années de sa vie aux environs de Londres, au- près de sa fille, mariée à Jacques Coël. Plumier a donné, en l'honneur de Lobel, le nom de lobelia^ au genre type de la famille des lobéliacées, voisine des campanules. Le princi^^al ouvrage de Lobel, fait en collaboration 118 HISTOlKJi DE LA BOTANIQUE. avec Pierre Pena (pour les plantes du midi de la France) , a pour titre: Slirpium adversaria nova ; Londres, 1570 in-4*', souvent réimprimé (les éditions in-foL, de Londres 1605, de Leyde 1610, et de Francfort 1651, considéra- blement augmentées, portent le titre de DUiicidœ dm]jli- cium inedicamentorum explicationes et stirpium advei^sa- ria). La disposition des matières renferme les éléments d'une classification par familles naturelles. Ainsi, l'auteur comprend les céréales et les roseaux dans sa description des graminées [gramina); de là il passe aux iris [irides]^ aux joncs [junci)^ aux asphodèles [asphodeli)^ auxquels il réunit les jacinthes, les narcisses, les lis et même les orchis. Cet ensemble de plantes appartient précisé- ment à la grande division de ce qu*on a depuis nommé les monocotylédoiies. Parmi les autres groupes, on re- marque : les plantes à siliques [sUiquosx) ^ auxquelles il réunit à tort le réséda et le séneçon; les chicoracées {seri- des)] les plantes à fleurs labiées (/ûôiaî*) ; les plantes à feuilles rudes (asperifoligs) , etc. Un autre ouvrage de Lobel, intitulé : Observationes sive slirpium hislorix (Anvers, 1570, in-fol.), fut longtemps populaire, à cause d'un index en sept langues. Quelques matériaux d'un ouvrage projeté tombèrent entre les mains de Parkinson, qui les incorpora dans son Thealrum. Au seizième siècle la botanique était à son apogée en Porliigal et en Espagne^ à en juger par les travaux des savants que nous allons sommairement passer en revue. Juan Rodrigo de Castel-Branco^ plus connu sous le nom à'Amatus Lusitanus{né en 1511, mort vers la fin du même siècle), d'origine juive, étudia la médecine à Sala- manque, voyagea en France, en Italie, en Allemagne, en Hollande. Par suite de ses démêlés avec Mathiole, il fut dénoncé comme juif à l'Inquisition, et dut, pour sauver sa vie, se réfugier en Turquie, où il mourut. Ses commen- taires sur Dioscoride (in Dioscoridis de maleria medica • TEMPS MODERNES. 119 libros quinque enurnerationes ^ Venise, 1553, in-8") témoi- gnent de beaucoup d'érudition. André Laguna (né à Ségovie en 1499, mort en 1560) étudia la médecine à Paris et à Tolède, fut attaché au service de Charles-Quint, et se fit, comme Amalus Lusi- tanus, connaître par des commentaires sur Dioscoride (Anvers, 1555, in-fol., souvent réimprimé). Suivant Mo- rejon , il eut le premier l'idée de faire graver, non plus sur bois, mais sur cuivre, les dessins de plantes et d'a- nimaux*. Nicolas Monardès (natif de Séville, mort en 1578), étudia la médecine à l'université d'Alcala de Henarès, et la prati- qua jusqu'à sa mort dans sa ville natale. Il se fit la répu- tation d'un botaniste distingué par plusieurs ouvrages, par- ticulièrement par De rosa et parlibiisejus; Demalis^ ciliis, auraniiis et limoniis (Anvers, 1565, in-8°), et De las dro- gas de las Indias (Séville, 1565 in-8", traduit en latin par de l'Écluse, et en français par Colin). Pour perjjétuer la mémoire de Monardès, Linné a donné le nom àemonarda à un genre de la famille des labiées. Lorenzo Ptrez^ pharmacien de Tolède, décrivit beau- coup de plantes médicinales nouvelles dans son Hisioria theriacx (Tolède, 1575, in-4°), et surtout dans son De medicamenloram simplicium et compositorum délecta ho- dierno apud nostros phannacopolas extantium^ etc. (Ibid., 1590, in-4''), livres extrêmement rares. Nous parlerons plus loin , à propos des voyageurs du seizième siècle, de Garcia ab Orto et d'Acosta. Ce n'est guère qu'à dater de cette époque que l'on com- mença, en Angleterre^ à s'intéresser à l'étude des plantes. Antoine Ascham^ médecin à Burnisliton, dans le York- shire, allia dans son Petit Herbier [A Ixjllel Hcrbal of the propî'elies of herbes, etc., Lond., 1550, in-12), la botanique 1. Historia biografica de la medicina espanola, t. II, p. 227 el suiv. 120 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. avec l'astrologie, en essayant de montrer quelles plantes sont sujettes à l'influence des astres, et quels sont les jours les plus convenables pour en faire usage, suivant les constellations du zodiaque, où se trouve la lune. William Turner (natif de Morpeth, dans leNorthumber- land, mort en 1568) étudia la médecine et la théologie à Cambridge, et embrassa la cause de la réforme, ce qui le fit mettre en prison par l'évêque Grardiner. Après avoir recouvré la liberté, il se réfugia sur le continent, résida longtemps à Cologne, à Bâle, à Ferrare, oii il se fit rece- voir docteur, et ne retourna dans sa patrie qu'en 1547, après la mort d'Henri VIII. La persécution des protestants ayant recommencé sous le règne de Marie Tudor, qui eut Gardiner pour premier ministre, Tûrner quitta de nouveau l'Angleterre, pour n'y revenir qu'à l'avènement de la reine Elisabeth, en 1558. Peu de mois avant sa mort, il publia la troisième partie de son Herbier (A new Herbal wherein are contayned the names of herbes in greek, latin^ english^ dutch, french, and in the potecaries andherbaries latin, with their proprelies, etc., Lond., in-fol. 1568). La première partie avait paru en 1551 à Londres, avec une dédidace au duc de Sommerset, protecteur de Turner, et la deuxième partie, à Cologne, en 1562. Dans cet ouvrage, très-important pour l'histoire de la botanique en Angleterre, les plantes sont rangées par ordre alphabétique de noms latins. L'auteur indique souvent les localités où elles croissent, et il s'étend sur les caractères qui les distinguent les unes des autres. Uherba brilannica est, suivant lui, la bistorte [polygo- nwrn bistorla^ L.). Il ajouta quatre-vingt-dix figures de plantes à celles qu'il avait (au nombre de plus de 400) empruntées pour son Herbier à la première édition (1545) de l'ouvrage de Léonard Fuchs. Turner est le premier qui ait donné la figure de la luzerne, qu'il nomme horned clo~ ver, à cause de la forme cornue du fruit; et suivant Pult- ney, il a introduit cette plante fourragère en Angleterre ^ TEMPS MODERNES. 121 Bulleyn (mort en 1576), Maplet, auteur de A green forest (Cambridge, 1567), Penny, ami et collaborateur de l'Écluse, Lyte, auteur d'un Neiv Herbal (Lond., 1578), où se trouve pour la première fois figurée la bruyère, erica tetralix^ suivirent les traces de Turner. Jean Gérard ou Sherard (né à Nantwich, en lc45, mort en 1607) publia, en 1596, le catalogue des plantes {Cata- logus arborum, fruticum ac plantarum, tain indigenarum quani exoticarum, etc.) de son propre jardin. La deuxième édition de ce catalogue est dédiée à sir Walter Raleigh, qui, presque en même temps que Fr. Drake, rapporta du Nouveau-Monde la pomme de terre dans la Grande-Bre- tagne. Le catalogue de Sherard contient 1033 espèces, Ij'AUemagne, la Hollande et la Suisse^ où les guerres de religion et la soif de la liberté avaient mis, au seizième siècle, tous les esprits en effervescence, produisi- rent en même temps des naturalistes de premier ordre : il suffit de nommer Brunfels, Tragus, Fuchs, Tabernœ- montanus, Gordus, Gonrad Gesner, Gamerarius, Dodoens. Un mot sur tous ces hommes qui ont si puissamment contribué au progrès de la science. Othon Brunfels (né aux environs de Mayence vers 1470, mort à Berne en 1534), fils d'un tonnelier, entra dans un couvent de chartreux pour satisfaire son goût pour l'étude des sciences. A l'époque où les doctrines de Luther commençaient à se répandre en Allemagne, il quitta son couvent et se fit prédicateur protestant. Il fut ensuite, pendant neuf ans, maître d'école à Strasbourg, étudia la médecine, obtint à Bâle le grade de docteur et remplit à Berne les fonctions de médecin inspecteur. Il s'occupa l'un des premiers de la flore indigène, comme le montre son principal ouvrage intitulé : Herbaruni 1. Pultney, Esquisses historiques et biographiques des progrès de la holaiiique en Angleterre, t. I, p. 74 (de la traduction fiançaue; Paris, 1809). I2â HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. vivse îcones ad naturx imitationem summa cum diligeniia cl arti/icio effigialœ, etc.; tome I", Strasbourg, 1530, in- fol.; 1. 1, ibid., 1531, in-foL; t.IIl (posthume), ibid., 1536, in-fol., avec un appendice contenant divers documents relatifs à la botanique. Les figures (gravures sur bois) des t. I et III sont supérieures, pour le dessin, à celles des autres ouvrages publiés à cette même époque. Le t. II renferme le résumé des descriptions données par les anciens botanistes, et dans le t. III on trouve les opinions propres de l'auteur. De cet important ouvrage, véritable flore des environs de Strasbourg et de la rive gauche du Rhin, il existe plusieurs éditions allemandes dont les plus anciennes sont : Contrafayt Krœuterbuch^ Strasb. Î532, in-fol.; ibid., 1534, in-4o. Aucune méthode n'a présidé à la distribution des espèces végétales qui y sont décrites. Brunfels imprima à la science une direction féconde en donnant l'exemple des herborisations. Parmi les es- pèces qu'il a le premier décrites , on remarque : la vé- ronique à feuilles de serpolet , qu'il nomme exfragia nobilis ; l'herbe de la Trinité [anémone hepatica^ L.); l'as- clepias domjDte-venin, qu'il appelle /lyrundi'nar/a; le d7'aba verna; Veupharsia officinalis; la linaire(a?iîirr/iJnMm /i;ia- ria) ; la cardamine des prés ; le séneçon, qu'il nomm° verbena femina, etc. — Plumier lui a consacré, sous le nom de brunfelsia, un genre de solanées de l'Amérique. Jérôme Bock, plus connu sous le nom de Tragus (tra- duction grecque de Bock, bouc), né à Heiderbach près de Deux-Ponts, en 1498, mort à Hornbach en 1554, suivit les traces de son ami Brunfels. Ayant partagé ses études entre la théologie et la médecine, il devint uu partisan zélédelaré- forme de Luther, fut appelé en 1533, comme pastur, à Hornbach, et y cumula son ministère avec les fonctions de médecin et d'apothicaire. Les troubles religieux le forcè- rent plus tard à chercher un asile à Saarbruck, où il fut hospitalièremeut accueilli par le comte de Ka^ssuu. TEMPS MODERNES. 123 Son Histoire des plantes indigènes, qui parut en 1539, à Strasbourg, sous le titre de New Krxuterbuch^ eut un im- mense succès. On était, en effet, tellement habitué à ne voir, en fait de botanique, que des paraphrases ou des com- mentaires de Théophraste et de Dioscoride, que le livre de Bock fut un véritable événement. Il fut édité dix fois dans le même siècle et dans la même ville. La première édi- tion est sans figures; la seconde, parue en 1546, sous le simple titre de Kneuterhuch, en caractères gothiques, con- tient 165 gravures sur bois, moins bien exécutées que dans la traduction latine de David Kyber {Hieromjmi Tra- gi De Stirpium, maxime earum quœ in Germania nostra nascuntur, usitatis nomenclatvris, propriisque differenliis, etc.; 1552, in-fol.). En tête de cette édition latine se trouve une savante introduction de Conrad Gesner, ami de l'auteur. Elle est suivie d'une caractéristique des plantes [stirpium differentise) suivant leur port, les for- mes de leurs racines, de leurs feuilles, de leurs fleurs, de leurs fruits, etc., par Textor (Tixier), le Segusien. A l'ordre alphabétique, jusqu'alors usité. Bock préféra la distribution des plantes en sauvages et en cultivées, en herbes, arbrisseaux et arbres. Il commença ses descrip- tions par celle de l'ortie commune, parce que sa famille portait, dit-on, dans ses armoiries une feuille d'ortie. Mais il est plus probable que c'était pour se moquer des botanistes qui commencent leurs descriptions par les plantes les plus rares, que personne souvent n'al'occasion de voir. Il y avait dans cette idée toute une révolution. Toutes les plantes que Bock décrit ont été observées par lui-même , et dessinées d'après nature. Il s'étend peu sur les fleurs et les fruits ; mais l'aspect général des plantes et les localités où elles se trouvent sont très-bien indiquées. Leurs propriétés et leurs synonymies [no- menclaturœ) y sont longuement exposées. Ce qui frappe le lecteur dès le début du livre, c'est que l'ortie blanche, la marrube. la mélisse, la sauge, la menthe, le basilic, le 124 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE calament , le serpolet , le thym , la sarriette, l'hysope, le romarin, la lavande, se trouvent réunis en un groupe naturel qui, à l'époque de Tragus, n'avait pas de nom particulier, et qui s'appelle aujourd'hui la famille natu- relle des labiées. Le même phénomène de classification, pour ainsi dire inconscient, s'y présente pour les corym- hifères (camomille, matricaire, tanaisie), les borraginées (cynoglosse, buglosse, bourache, consoude), les euphor- biacées [tithymalis, esula)^ les solanées (morelle, douce- amère , alkékenge), les ombellifères (branc-ursine , per- sil, panais, carotte, fenouil, aneth, carum carvi), et pour d'autres plantes dont le groupement par familles s'impose en quelque sorte à tout esprit observateur. — Pour immor- taliser le nom de Tragus (Bock), Plumier a donné le nom de tragia à un genre de Ja famille des euphorbiacées. Léonard Fuchs (né en 1501 à Memblingen en Bavière, mort à Tubingue en 1566) fit ses études à Heilbronn et à Erfurt, les compléta à Ingolstadt, où il obtint, en 1524, le grade de docteur eu médecine, s'établit comme praticien à Munich oià il se maria, retourna, en 1526, comme professeur à l'université de Ingolstadt, se rendit deux ans après à Anspach, pour occuper le poste de pre- mier médecin du margrave Georges de Brandebourg, s'acquit une grande renommée par le traitement de l'épi- démie miliaire (suette), qui, en 1529, avait envahi l'Al- lemagne, et reprit, en 1533, sa chaire de professeur à Ingolstadt. Mais s'étant déclaré partisan des doctrines de Luther, les jésuites, qui dominaient dans cette ville, lui suscitèrent des désagréments, et il revint, dans l'automne de la même année, auprès du margrave, à Anspach, où il se distingua comme médecin pendant une nouvelle épi- démie, qualifiée de peste. Il n'y resta que deux ans ; car dès 1535 il accepta du duc Albert de Wurtemberg une chaire de professeur à l'université nouvellement fondée de Tu- bingue ; et c'est là qu'il resta jusqu'à la fin de ses jours. En 1536, il perdit sa femme qui l'avait rendu père de dix en- TEMPS MODI']RNES. 125 fi:nt,s, et il épousa dans la même année la fille d'un pas- ,teur. Il resta sourd à toutes les offres des souverains qui l'appelaient dans leurs pays. L'ouvrage qui le fit connaître comme l'un des principaux botanistes de son temps, a pour titre : Dehistoria stirpium commentarii insignes^ etc.; Bâle, 1542, in-fol., dont parut, en 1543, une édition allemande : Neio Krœuterbuch, etc. Cet ouvrage eut de nombreuses traductions, et fut souvent réimprimé tant in-fol. qu'in-8°, Haller donna la préférence aux éditions in-8°. Celle que j'ai sous les yeux a été imprimée à Lyon, en 1551, du vivant de l'auteur. En tête se trouve l'épître dédicatoire à l'électeur Joachira, margrave de Brandebourg. Les gravures sur bois, qui accompagnent le texte, approchent par l'exactitude de celles de Brunfels. Fuchs s'était, comme 'Bock, principalement attaché à l'étude de la flore allemande. Ses descriptions des espèces indigènes sont au nombre d'environ quatre cents. On y remarque la véronique beccabunga, sous le nom de sium^ la lysimachia nummulaire, sous le nom de centum- morbia^ la parisette, appelée aconitum pardalianches^ l'œillet des chartreux, betonica sylvatica; le géranium erodium, le g. molle, le g. robertianum, le g. disseclum, le g. pratense, le g. sanguineum^ sont désignés par gera- nium I, II, III , IV, v, vi. — Plumier a donné, en souve- nir du célèbre botaniste allemand, le nom de fuchsia à un genre de plantes originaires du Chili. Théodore Tabernœmontanus , ainsi nommé d'après son lieu natal, Bergzabern, dans la Bavière rhénane, suivit les traces de Jérôme Bock, visita la France, où il étudia la médecine, et devint, après son retour en Alle- magne, médecin de l'électeur palatin. La botanique fut toujours son étude favorite, dans la conviction que Dieu ' a mis dans les plantes de chaque pays les vertus ap- propriées à la guérison de toutes les maladies endémi- ques. Il mourut à Heidelberg, en 1590, à un âge fort avancé. Pendant trente-six ans il réunit un herbier déplus 126 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. de trois mille espèces , dont il publia en partie la des- cription sous le titre de K) œuterbuch. Le premier volume, in-folio, parut en 1588 à Francfort. Après la mort de l'auteur, Nie. Braun publia le reste de cet important ouvrage. D'autres éditions parurent à Francfort, en 1614, 1625, et à Bâle, en 1654, 1687, 1731. C'est cette dernière (2 vol. gr. in-fol.) considérablement augmentée et amé- liorée par Gaspard et Jérôme Bauhin, que je possède. Le titre énonce qu'on y trouve « de belles figures d'arbres, d'arbrisseaux, d'herbes, croissant en Allemagne et en pays étrangers, tels que l'Espagne, les Indes, le Nouveau- Monde, avec leurs noms dans toutes les langues, etc. » Aucun ordre ne préside à la distribution des espèces dé- crites, au nombre d'environ 5800, dont 2480 assez exacte- ment gravées sur bois à l'exception d'un petit nombre d'imaginaires. Nous y voyons, entre autres, que le nom à'alsine y est appliqué à des plantes de genres différents. Ainsi, les alsine mojor, a.minor^ a. corniciilatn^ a. pelrxa^ a. rubra, a. recta^ a. hederacea, a. foliis trissaginis, a. fo- liis veronicse^ a. palustris^ sont le mouron [stellaria mé- dia), l'arénaire [arenaria serpilli folio) , le draba verna, le cerastium dichoiomum, le saxifroga tridactylites^ le ue?'o- nica triphyllos^ la véronique à feuilles de lierre, la véro- nique agreste, la véronique des champs {v. arvôusis)^ le cerastium aquaticum. — En honneur de Tabernœmon- tanus, Linné a donné le nom de tabernsemontana à un genre d'apocynées. Euricius Cordus^ (né en 1486, à Siemershausen, près Frankenberg en Hesse, mort à Brème en 1538), fils d'un fermier, devenu professeur à l'université de Marbourg, nou- vellement fondée, montra de bonne heure un vif penchant pour la poésie latine et la botanique, ainsi que l'attes- tent d'une part son épithalame pour les noces de son ami et condisciple Eobanus Hessus, ses épigmmmes 1. Son vérilatile nom était Eherioein. TEMPS MODERNES 127 contre Je pnpismo en faveur de Luther dont il avait, l'un des premiers, embrassé les doctrines ; d'autre part, sa traduction des poèmes de Nicandre, et surtout son Bota- nologicon, seu colloquium de herbis (Cologne, 1534, in-S"), fait en imitation des colloques d'Érasme, avec lequel il était lié d'amitié. Le Botanologicon est un colloque (en 183 pages), plein de verve, entre l'auteur, trois de ses amis qui sont venus le voir à Marbourg, et un disciple. Fran- çais de nation. L'entretien roule principalement sur la synonymie des plantes (|u'on rencontre le plus communé- ment dans les jardins et dans les champs. L'auteur fait aussi quelques digressions sur les plantes décrites par les anciens, et il prétend, entre autres, que Vamomum de Dioscoride est la fameuse rose de Jéricho, Vanastatica hierochuntica. Son fils, Vakrius Cor dus (né en 1515, à Siemershau- sen, mort à Rome en 1544), fut un des meilleurs bota- nistes de son temps. Dirigé dans ses premières études par son père, il alla, pour se perfectionner en grec, suivre à Wittemberg les leçons de Mélanchthon sur \q9, Alexiphar- maca de Nicandre, et s'y lia d'amitié avec Crato de Kraff- theim, l'ami de Conrad Gresner. Il fréquenta aussi l'uni- versité de Leipzig, et conçut l'idée de réformer la phar- maceutique par une étude plus exacte des minéraux et des plantes indigènes, comparativement aux notions transmises par les anciens. On voit par cet exemple que les esprits le plus pénétrés de la nécessité d'interroger la nature n'avaient pas encore renoncé au culte des an- ciens, qui étaient toujours considérés comme les plus grandes autorités scientifiques. Pour atteindre son but, Cordus se mit à parcourir la Thuringe et la Saxe, explorant les mines de Freyberg et la flore de la Suisse saxonne. En 1540, il fit, à Wittem- berg, foyer du protestantisme, des cours publics sur la matière médicale de Dioscoride, et reprit, en 1542, ses voyages. B se dirigea cette fois vers le midi, en passant 128 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. par Nurenberg; de là il se rendit, en compagnie de son ami Jérôme Schreiber, en Suisse, et vit à Zurich Conrad Gesner. De la Suisse il passa en Italie, ayant pour com- pagnons de route Nicolas Friedewald, étudiant prussien, et Sittard de Cologne, dont Mélanchthon regretta la mort prématurée. Le tracé de son itinéraire lui fit successive- ment visiter Venise, Padoue, Pise, Lucques, Livourne, Sienne. A Venise il étudia l'ichthyologie de la mer Adria- tique, et décrivit, d'une manière exacte, soixante-six es- pèces de poissons ; le manuscrit de ces descriptions tomba, plus de vingt ans après la mort de l'auteur, entre les mains de ConradCesner. A quelque distance de Rome, Gordus fut saisi d'une fièvre violente, causée, selon les uns, par l'ingestion d'une boisson froide, le corps étant en sueur, selon d'autres, par un coup de pied de cheval qui aurait déterminé une inflammation grave. Quoi qu'il en soit, il mourut loin de sa famille, à l'âge de vingt-neuf ans et demi, victime de son zèle pour la science. Suspsct d'hérésie, il fut privé des derniers secours de la religion, et sans l'intervention d'un prêtre charitable, son corps aurait été jeté dans le Tibre. Deux bourgeois qui se trouvaient par hasard à Rome, firent ensevelir à leurs frais leur compatriote dans l'église allemande de Sainte- Marie delV Anima. La mort prématurée de Valerius Cordiis produisit une vive sensation parmi les savants de l'Europe, et excita même la verve de plusieurs poètes d'alors. Cornélius Sit- tard recueillit les manuscrits et les herbiers de son infor- tuné compagnon de voyage et les transmit à la famille de Gordus. G. Gesner réunit les papiers de son ami, en un volume in-folio, et les fit imprimer en 1561 à Strasbourg, chez Josias Richel. Ce volume contient de Gordus : Anno- taiiones in Dioscaridis de materia medica libros V; — His- ton'œ stirpiuni libri IV; — Sylva, qua rerum fossUium in Germania plurimarum^ metallorum, lapidum et stirpiuni aliquol rariorum nolitiam brevissime persequitur ; — De TEMPS MODERNES. 129 artificiosis extraclionibus liber; — Compositiones médici- nales aliquot non vulgares. Le Dispensatorium pharmaco- rum^ etc., avait paru, du vivant de l'auteur, à Nuren- berg, 1535, iii-8"; souvent réimprimé, et traduit en français sous le titre de Guidon des apothicaires; Lyon, 1572, in-12. Au nombre des plantes que Valerius Gordus a le premier fait bien connaître, nous citerons : le parnassia paluslris^ sous le nom àJhepalica alha^ le phalangium ramosum et ph. liliago, Vadoxa moschatelHna, le saxifraga alzoon^ les ranunculus arvensis, r. bidbosus, r. flammula; le vacci- nium oxycoccos; le drosera 7'otundifolia^ le lactuca saligna sous le nom à'ixopus, Yepipactis latifolia^ sous celui à'a- llsma. Il a très-bien caractérisé la famille des légumi- neuses, et indiqué le premier la reproduction des fougères par les granules (spores) que l'on voit à la surface infé- rieure des feuilles. Plumier a donné, en l'honneur de Gordus, le nom de cardia au genre type de la famille des cordiacées. Gonrad Gesner (né à Zurich en 1516, mort en 1565), fils d'un tanneur, a puissamment contribué aux progrès de la botanique et de la zoologie. Sa famille ayant été impliquée dans les querelles sanglantes qui éclatèrent entre les réfor- més de Zurich et les cantons catholiques , il fut hospita- lièrement accueilli à Strasbourg parle célèbre théologien Capiton, qui lui enseigna l'hébreu. Ayant obtenu de sa ville natale un petit secours en argent, il en profita pour voyager en France. Il séjourna quelque temps à Bourges, où il donna, pour vivre, des leçons de grec et de latin. En 1534, ou le trouve à Paris. Au lieu d'y étudier la médecine, comme il en avait l'intention, il passa son temps dans les bibliothèques, en commerce avec les sa- vants, et suivit la pente naturelle de son esprit encyclo- pédique. De retour à Zurich, il reçut un petit emploi dans l'enseignement, et se maria n'ayant pas encore ses vingt ans accomplis. En 1537, il commença ses études 9 130 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. médicales à Bâle, mais il les interrompit bientôt pour accepter les fonctions de professeur des langues anciennes à Lausanne. Au bout de trois ans il quitta cette place pour aller continuer ses études médicales à Montpellier, et vint les achever à Bâle, où il obtint en 1541 le grade de docteur. Nommé médecin inspecteur de Zurich, il devint, quelques années après, professeur de philosophie et d'histoire naturelle à l'université de sa ville natale. Ses temps de vacances étaient remplis par des excursions dans les Alpes, par des voyages en Allemagne, en Au- triche et en Italie. Il mourut dans sa quarante-neuvième année, victime de son zèle pour les malades qu'il soignait pendant l'épidémie qui ravageait Zurich en 1564 et 1565, Animé de l'amour pur de la science, désintéressé et sans ambition, Conrad Gesner était resté fidèle à cette belle devise qu'on voit inscrite au verso du titre de sa Biblio- theca universalis : Non mihi, sed studiis communibus ista paravi. Sic vos non vobismellificatis, apes. Conrad Gesner, surnommé le Pline de l'Allemagne, fait époque dans l'histoire de la botanic[ue, parce qu'il a le premier insisté sur la nécessité d'une étude exacte de la fleur et du fruit pour une classification méthodique des plantes. Ce fut là une innovation d'autant plus grande que presque tous les botanistes anciens avaient singuliè- rement négligé cette étude. A toute occasion il y revient. Ainsi, on lit dans sa correspondance qu'il pria un de ses amis de lui dessiner le fruit d'une tulipe, de manière à rendre bien apparente la position des graines. « Car j'ai l'habitude, ajoute-t-il, d'ajouter à mes figures de plantes toujours celles du fruit et des graines, afin qu'on puisse mieux saisir l'ensemble des caractères distinctifs^ 33 H fil ressortir en même temps, par ses descriptions aussi bien l. Gesner, Epist. médicinal, lib. m. (Zurich, 1577. in-4«.') TEMPS MODERNES. 131 que par ses dessins, que toutes les plantes qui ont la même forme de fleurs et de fruits sont également sem- blables dans leurs autres parties, qu'elles se ressemblent souvent par leurs propriétés, et qu'en les rapprochant, on obtient des groupes naturels. C'est ainsi qu'il fut con- duit à introduire, l'un des premiers, dans la science l'éta- blissement des genres et des espèces. « Il faut, dit-il, admettre, qu'il n'y a pas de plantes qu'on ne puisse ratta- cher à un genre et celui-ci diviser en deux ou plusieurs espèces [quœ non genus aliquod constituant in duas aut plures species dividendum). Les anciens n'ont décrit qu'une seule gentiane; moi, j'en connais plus de dix espèces. « Il établit aussi le premier, avec une rare sagacité, la différence qui existe entre la variété et Vespèce. Ayant un jour reçu une branche de houx (ilex aquifoUum) dont les feuilles ne portaient chacune qu'un seul aiguillon à l'ex- trémité, il recommanda à celui qui la lui avait envoyée de s'assurer si ce caractère est constant on passager. Il fit la même recommandation au sujet d'une chicorée dont la tige présentait quelque chose d'anormal. « Dispose bien, dit-il, tes observations pour l'été prochain; car si la graine de cette chicorée produit une tige pareille, ce sera une espèce figurée suivant les procédés de la nature [rem secundum naturam esse conjicies)] sinon, ce sera une simple variété , formée en dehors des procédés de la nature [prœter naturam). » Voilà comment cet esprit ob- servateur a pu s'élever à la conception d'un plan général de la nature et préparer la voie à une classification naturelle, G. Gesner avait projeté une Histoire générale des plantes pour faire pendant à son Histoire des animaux. Il avait déjà réuni beaucoup de matériaux, parmi lesquels se trouvaient 1500 ligures de plantes, la plupart admirable- ment bien dessinées par lui-même, lorsque la mort vint le surprendre. Il légua son trésor à sou ami Gaspard Wolf, à la condition de le publier. Celui-ci, n'ayant pu s'enten- dre avec un éditeur, le céda à Joachim Camerarius, sous 132 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. la même condition. Mais ce dernier se contenta d'en tirer ce qui pouvait lui convenir. Ce ne l'ut que près de cent cinquante ans après la mort de J. Gamerarius, que les pa]3iers de Gesner tombèrent entre les mains de Trew, qui s'adjoignit G. Schmiedel et le célèbre graveur sur cuivre Seligmann de Nuremberg, pour les mettre enfin au jour sous le titre de Conradi Gesneri opéra botanica, 2 vol. in-fol. ; Nui«emberg, 1751-1771. Gomme descripteur, G. Gesner eut le mérite de faire le premier connaître un grand nombre de plantes alpes- tres, parmi lesquelles nous citerons : cryngium alpinum., swcrtia perennis^ rhododendron ferrugineum , dryas octo- petala^ gentiana punclata, g. purpurca^ artemisia vallc- siaca, etc. Son histoire naturelle du mont Pilate [Descriptlo monlis fracti; Zurich, 1555, in-4°), à laquelle se trouve joint l'opuscule De raris et admirandis herhis^^ est le premier essai d'une monographie d'une flore spéciale des Alpes. Quanta r^is for ia plantarum C. Gesneri (Paris, 1 541 , in-18), c'est une œuvre de jeunesse, qui ne renferme rien de Qouveau. Le genre gesncria. type de la famille des gesnéria- cées, a été établi par Linné en l'honneur de G. Gesner, qui le premier avait proposé de donner les noms d'hommes célèbres à des plantes inconnues aux anciens. On en a depuis singulièrement abusé. Benoît Arelius (né à Berne vers 1505, mort en 1578), professeur à l'université de Marbourg, où. il enseignait la théologie selon les doctrines de Galvin, entretenait un commerce littéraire avec G. Gesner, et passait ses mo- ments de loisir à herboriser dans les montagnes de la Suisse. Il publia le premier, sous forme Je lettres à Pepe- rinus, la flore du Niesen et du Stockhorn, deux montagnes de rOberland bernois [Descriptio Stockhorni etNessi, mon- 1. Réimpr, dans Schîuclizer, llisl, nal, Hclvcl. TEMPS MODERNES. 133 tium in Bernartium Helveticorum dilione^ etnascentium in eis stirpium) , imprimée dans Valerius Gordus etC. Gesner, Hor- tus Germaniœ ^ et Annot.ationes in Dioscoridem (Zurich, 1561 , in-fol.).Arei.ius y fait connaître, avec leurs synonymes suis- ses, une quarantaine d'espèces qui n'avaient pas encore été décrites, et parmi lesquelles on remarque la violette jaune des Alpes (viola biflora]^ le fluchlume ou oreille d'ours (primula auricula)^ ïedeldistel ou chardon noble [eryn- gium alpinum)^ le balmemlriUen ou saule réticulé [salix reticulata)^ le brûndlin [orchis odoratissima) . Conrad Ges^ ner a donné, en mémoire de son ami, le nom à'aretia à une très-petite plante de la famille des primevères, qu'Aretius avait décrite le premier. Haller et Linné ont conservé ce nom, et l'ont donné au genre auquel appartient cette plante lilliputienne [aretia helveiica). Parmi les herborisateurs alpestres de la même époque, nous citerons encore Galceolarius, Pona, Fabricius. François Calceolari ou Galceolarius^ élève de L. Gliini , était pharmacien à Vérone. En 1554, il fit, en compa- gnie d'Ulysse Aldrovande, un voyage au mont Baldo, situé au bord oriental du lac de Guarda, et très-fertile on plantes. Il répéta plusieurs fois ce voyage avec Anguil- lara,Jean et Gaspard Bauhin, et communiqua les résultats de ses observations à Jean-Baptiste Oliva, qui les publia d'abord en italien (Venise, 1556, in-4''; édit. rarissime), puis en latin sous le titre d'Iler Baldl Montis (Venise, 1571, 1584, in-4°). Cet opuscule a été reproduit par Seguier dans ses Plantx Veronenses^ et à la suite de V Epi- tome Malhioli de Gamerarius (Francf., 1586, in-4''). On y trouve pour la première fois décrits : anémone baldensiSy arnica scorpioides, le tordylium officinale sous le nom de seseli creticum^ etc. — En mémoire de Galceolari, le P. Feuillée a donné le nom de calceolariak un genre de scrofularinées, originaires du Pérou. Le même mont Baldo fut exploré par Jean Pona, de Vérone, confrère de Galceolari. Il communiqua les résul- 134 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. tats de ses observations d'abord à de l'Écluse, puis il les publia à part sous le titre de Plantœ, sive simplicia quœ in monte Baldo reperiuntur (Baie, 1608, in-4°). Jean Fabricius, curé de Goire, explora vers 1555 la flore du mont Galand dans le pays des Grisons, et fit le Dremier connaître la renoncule des srlaciers, le doronic plantain, le veratrum album, etc. ^ Joachim Camerarius, nom latinisé de Kammer-meister. (né à Nuremberg en 1534, mort en 1598), fils de Joach. Gamerarius, ami de Luther et de Mélanchthon, eut pour maîtres les meilleurs professeurs de l'Allemagne et de l'Italie, et pour condisciples ou amis les premiers savants de son époque. Reçu docteur en médecine à Bologne en 1562, il exerça sa profession dans sa ville natale et préco- nisa beaucoup l'usage des végétaux. Vainement plusieurs princes cherchèrent-ils à se l'attacher ; il refusa les offres les plus brillantes, fidèle à cette belle devise « qu'il ne faut pas se mettre au service d'autrui, quand on peut être son propre maître : alterius non sit, qui swùs esse polest. » Il fonda une académie de médecine à Nurenberg, et créa un jardin de botanique, où il introduisit des plantes jus- qu'alors inconnues. Il en publia le catalogue sous le titre de Hortus medicus et philosophicus (Francf. , 1 588, in-4°) . Son Epitome utilissima P. A. Mathioli, etc. (Francf., 1586, in-4''), abrégé des commentaires de Mathiole sur Dioscoride, contient plus de mille gravures sur bois, tirées de la collec- tion que G. Gesner avait laissée en mourant. On en trouve aussi dans son Plantarum tam indigenarum quam exotica- rum icônes (Anvers, 1597, in-4°). Gamerarius était aidé dans ses travaux par son neveu, Joachim Jungermann , de Leipzig, (|ui mourut en 1591, à Gorinthe, pendant un voyage en Orient. Parmi les gravures les mieux réussies, Sprengel {Historia rei Het^barise, t. I, p. 431), signale : Echium italicum, agave americana^ hallota alba^cardamine 1. Voy.Valerius Cordus, Annotationes in Dioscorid. TEMPS MODERNES. 135 nîrsuta, sherardia arvensis^ hibiscus syriacus, etc. Plumiev a rlédié à la mémoire de ce savant un genre d'apocynées, sous le nom de cameraria. Rambert Dodoens, plus connu sous le nom de Dodo- nœus ou Dodonée^ qu'on pourrait surnommer le Thêophraste néerlandais^ naquit à Malines en 1518, et étudia la mé- decine à Louvain, où il obtint, en 1535, le grade de li- cencié. Esprit encyclopédique, il s'occupa en même temps de littérature ancienne, de mathématiques et d'as- tronomie. Mais la botanique demeura sa science favorite. Après avoir voyagé en Allemagne et en Italie, il devint, en 1572, médecin de l'empereur Maximilien, et conserva le même poste sous le successeur de ce prince, Rodolphe IL Une discussion violente qu'il eut avec son confrère, Graton de Kraftheim , le dégoûtèrent de la cour, et il re- tourna dans son pays natal pour veiller à l'administration de se§ biens. En 1 582, il accepta une chaire de médecine à l'université de Leyde et consacra les deux dernières an- nées de sa vie à l'enseignement. Il mourut à Leyde, à l'âge de soixante-huit ans. Dodoens était intimement lié avec de l'Écluse etLobel. Leur liaison tourna au profit de la science. Ces trois amis se communiquaient réciproquement leurs travaux. Do- doens mit dans ses ouvrages des gravures faites pour les ou- vrages de Lobel et de l'Écluse, et ceux-ci en firent autant pour les gravures de leur ami, en sorte qu'il est souvent difficile de distinguer ce qui appartient à chacun en pro- pre. Le principal ouvrage de Dodoens a pour titre : Stir- pium historix Pemptades sex, sive libri triginta; Anvers, 1583, in-fol., avec 1303 figures sur bois. Dans cet ou- vrage se trouvent fondus tous les écrits antérieurs de l'auteur, parmi lesquels on remarque : De frugum hislo- ria, etc., Anvers, 1552, in- 12; Cruydeboeck, etc., 1554, in-fol. (en caractères gothiques); Hisloria frumentoritm^ leguminum^ etc.; ibid. 1565,in-12; Florum et coronaria- rum odoratarumque normullarum herbarum^ etc., histcriai 136 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE ibid., 1558, in-S"; Purgantium aliorumque ea facientium, etc., historiœ Hbri IV; ibid., 1574, in-12; Hisloria vi- tis vt'iique et stwpium nonnullarum aliarum; Cologne, 1580. in-12. Dodoens prépara une nouvelle édition de son grand ouvrage ; mais elle ne parut qu'après la mort de l'auteur, avec les additions et les corrections qu'il avait laissées ; Anvers 1618, in-fol.; la même réimprimée à An- vers, 1618, et 1644, in-fol. Cette édition, que nous avons sous les yeux, et qui passe pour la meilleure, est enrichie de quelques planches nouvelles, et de la description de plu- sieurs plantes étrangères, empruntées à Charles de l'É- cluse. Bien que Dodoens fût vivement préoccupé de lané- cessité d'une classification méthodique, — stirpium histo- riam meditanti de ordine non exigua accessit sollicitudo^ dit-il dans la préface de la première Pemptade, — il n'eut pas de principes arrêtés, et se laissa, dans la distribution des plantes, presque exclusivement guider par leur utilité économique et médicale. C'est ainsi que les céréales se trouvent réunies aux légumineuses, et le sarrasin vient à la suite du froment. L'immense majorité des plantes conte- nues dans l'ouvrage du grand botaniste néerlandais ap- partient à la flore allemande, considérée comme type de la flore de l'Europe centrale. Parmi les espèces qui s'y voient pour la première fois décrites et dessinées, on remarque : le miroir de Vénus {campanula spéculum) , le phelandrium aquatlcum^ la couronne impériale (fri- tillaria imperialis), introduite dans le jardin de Maxi- milien II en 1576, la tulipe sauvage, la bruyère cen- drée , la fleur de Chalcédoine [lychnis chalcedonica) , le cerastium commun, sous le nom à'alsine spuria^ la ficaire sous le nom de chelidonium minus, la jacinthe des bois [hyacinlhus non scriplus) , la brunelle , l'alchemille , le vuccinium vilis Idœa^ le genêt épineux {ulex europseus)^ la jacée {centaurea nigra), le séneçon visqueux, sous le nom à'erigeron majus , etc. — Linné a donné, en mémoire de Dodoens, le nom de dodonœa à un genre de sapindacées. TEMPS MODERNES. 137 Théodoric Dorsten et Adam Lonicer, tous deux pro- fesseurs à l'universifé de Marhourg vers le milieu du seizième siècle, se firent connaître, le premier par son Botanicon(Fv3ind., 1540, in-fol.), enrichi de gravures par Egenolpli, et le second par son Hisloria naluralis, ouvrage paru en 1551, publié plus tard en allemand sous le titre de Krseuterhuch (Herbier), contenant plus de sept cents gra- vures. Plumier établit, en honneur de Dorsten, le genre dorstenia, voisin des mûriers, et Linné donna, en mé- moire de Lonicer, le nom de lonicera à un genre de ca- prifoliacées. Bofnnistcs voyageurs. Les hommes qui, dans l'intérêt de la science, ne crai- gnaient pas de s'aventurer au loin, avaient alors beau- coup de mérite ; car à la fin du quinzième siècle et au sei- zième, les voyages lointains étaient encore périlleux et se- més de beaucoup plus d'obstacles qu'aujourd'hui. Au nombre de ces intrépides pionniers de la science nous devons mentionner, en première ligne, Gadamosto, Garcia da Orta [ab Horto)^ Acosta, Belon, Guilandini, Rauwolf, Prosper Alpin et Linschoten. Encouragé par l'infant don Henri de Portugal, le Vé- nitien Cadamosto visita, près de quarante ans avant la découverte de l'Amérique, les îles de Canaries et de Ma- dère, décrivit le premier le dragonier {dracœna draco), donna des renseignements exacts sur la canne à sucre et sur le lichen qui fournit l'orseille. En explorant la côte occidentale de l'Afrique jusqu'au Sénégal, il vit le fa- meux baobab {adansonia baobab)^ ce géant du règne vé- gétal. On en trouve la description, ainsi que celle du dra- 138 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. gonier, dans Ramusio, la Prima navigazione pcrVOceano. etc. (Vicence, 1507, in-4o). Le Portugais Garciti da Orta^ plus connu sous -e nom latinisé de Garcia ab Horto^ s'embarqua en 1534, pour les Indes orientales, avec le titre .de médecin en chef du roi, et s'y lia d'amitié avec Gamoens qui lui a consa- cré quelques beaux vers. Il résida longtemps à Bombay et à Groa, décrivit le premier le choléra asiatique, et publia le résultat de ses observations , en portugais, sous le titre de Coloquios dos simples e droguas^ etc,; Goa, avril 1563, in-4°. La forme de dialogues, empruntée à Platon qui, dans les écoles, commençait à détrôner Aristote, était alors souvent employée par les savants. De l'Écluse tra- duisit en latin ce livre rarissime, dont quelques exeiji- plaires seulement étaient parvenus en Europe [Clusius^ Aromatum et simplicium apud Indos nascentiwji, etc. , autore Garcia, ab Horto ; Anvers 1567); mais il lui enleva sa forme primitive, qui en faisait le principal charme. Il fut iraduit en italien par Ziletti (Venise, 1582, in-8°) et en îrs,nçais par Ant. Colin (Garcie du Jardin, Histoire des dro- gues, etc. Lyon, 1619, pet. in-S"). On y trouve pour la première fois décrits, entre autres, le palmier areca et l'arbrisseau qui produit la noix vomique {strychnos nux vomica), que l'auteur appelle bois de couleuvre. Le médecin Christophe Acosta^ natif de la Mozambi- que, colonie portugaise, se rendit, vers 1550, aux Indes orientales pour y chercher des drogues. Après y avoir fait un assez long séjour, il vint se fixer à Burgos, en Espa- gne, où il fit paraître, deux ans avant sa mort, en espa- gnol, les résultats de ses recherches sous le titre de Tra^ tado de las drogas y medicinas de las Indias orientales, con sus plantas^ etc.; 1578, in-4''. Cet ouvrage, où l'auteui a souvefnt copié Garcia ab Horto, fut traduit en italier par Guikndini (Venise, 1585, in-4°), en latin par de l'É- cluse (dans ses Exotica; Anvers, 1585, in-8°, à la suite du livre de Garcia ab Horto) et en français par Antoine Co- TEMPS MODERNES. 139 lin, apothicaire à Lyon {Traicté de Christophle de la Coste, médecin et chirurgien, Des drogues et médicaments qui naissent aux Indes ; Lyon, 1602, pet. in-S"). On y trouve pour la première fois décrits et figurés la sensilive (figure inexacte), et le moringa [hyperantheramoringa^lu.)^ arbre de l'Asie tropicale, dont la racine et l'écorce ont l'o- deur et la saveur du raifort, et dont la graine glandiforme (connue des anciens sous les noms de paXavo; [iLupetl^oc-zi, glans unguentaria^ nux hehen^ balanus myristica) donne une huile grasse, qui rancit difficilement et que les Orientaux emploient pour leurs pommades ou onguents. Le Français Pierre Belon^ natif du hameau de la Soul- letière (Sarthe), suivit les cours de Valerius Gordus à l'u- niversité de Wittemberg, à'où Luther venait de lancei ses fameuses thèses, et fut, lors de son retour en France, arrêté et emprisonné, comme suspect d'hérésie, à Thion- ville, alors occupé par les Espagnols. Remis en liberté, il vint à Paris où il obtint le grade de docteur en médecine, et entreprit, peu de temps après, un grand voyage en Orient, pour voir de près les plantes et les médicaments dont il avait lu l'histoire dans les livres. Son protec- teur, le cardinal de Tournon, lui en fournit les moyens. Belon partit de France en 1546, et y fut de retour en 1549. Dans cet intervalle, il visita successivement la Grèce, l'île de Crète, Gonstantinople, l'île de Lemnos, l'île de Thasos, le mont Athos, la Thrace, la Macédoine, l'Asie Mineure, les îles de Ghio, de Mételin, de Samos et de Rhodes. Là il s'embarqua pour Alexandrie, vit le Caire, et parcourut la Basse-Egypte; delà il entra en Palestine, passant par l'isthme de Suez, et franchit le mont Sinaï. Il visita Jérusalem, le mont Liban, Alep, Damas, Antioche, Tarsus, et revint à Gonstantinople par l'Anatolie. A Rome il rencontra deux zoologistes célèbres. Rondelet et Sal- viani. Il y rencontra aussi soû protecteur, le cardinal de Tournon, qui siégeait alors au conclave, convoqué depuis la mort du pape Paul III. L'intrépide voyageur fit plus 140 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. qu'il n'avait promis : non-seulement il enrichit l'histoire naturelle d'un grand nombre d'observations entièrement neuves, mais il fit aussi connaître les ruines, les antiqui- tés, l'état religieux et moral des pays qu'il avait parcou- rus. Il consigna les résultats de son expédition scientifi- que dans un ouvrage remarquable, intitulé : les Observa- tions de plusieurs singularitez et choses mémorables, trou- vées en Grèce, Asie^ Judée^ Egypte, Arabie et auUres pays estranges, rédigées en trois livres; Paris (G. Caveilat), 1553, in-4°, et Anvers (Plantin) 1555, petit in-8°, avec quel- ques bonnes gravures sur bois, intercalées dans le texte. L'Ecluse l'a traduit en latin (Anvers; 1589, in- 12). On y trouve pour la première fois bien décrits et dessi- nés : le platane (platanus orientalis) , l'apios (euphorbia apios), ombilic de Vénus [cotylédon umbilicus, L.),le séné d'Alexandrie [cassia lanceolata) , l'acacia [acacia vera), etc. On doit aussi à Belon une histoire assez exacte des co- nifères (pin, sapin, mélèze, cyprès, cèdre, etc.) qui for- ment les forêts d'essences résineuses ; elle a pour titre : De arboribus coniferis , resiniferis , etc., Paris (Gr. Cavellat) , 1553, in-4°, avec figures. Cet éminent naturaliste eut une fin malheureuse. Il fut assassiné par une main inconnue en traversant, un soir du mois d'avril 1564, le bois de Bou- logne. Il avait à peine quarante-sept ans. Melchior Guilandinus, nom latinisé de l'allemand Wieland, natif de Kœnigsberg, s'était de bonne heure pas- sionné pour l'histoire naturelle. Dans le but d'achever ses études, il partit pour l'Italie, résida quelque temps à Ve- nise et trouva un protecteur dans Marie Gabello_, l'un des directeurs de l'Université à Padoue. Celui-ci lui procura les moyens de visiter, en 1559 et 1560, l'Egypte et la Syrie. Wieland en revenait chargé des productions les plus cu- rieuses, lorsqu'il tomba entre les mains des pirates près de Gagliari. Emmené comme esclave dans les États bar- baresques, il ne recouvra sa liberté que par une forte ran- çon, payée par le célèbre anatoraiste Fallope, qui s'inté- TEMPS MODERNES. 141 rossait vivement aux progrès de la botanique. A son re- tour en Italie, il obtint, en 1561, la direction du jardin médicinal de Padoue, pJace à laquelle il joignit bientôt la chaire de botanique. Depuis lors V/ieland italianisa son nom allemand en le changeant en celui de Guilandini^ fX mourut en 1589 à un âge fort avancé. Il fut un des plus violents adversaires de Mathiole , à juger par son livre intitulé Theon (Padoue, 1558, in-4°). Son ouvrage le plus intéressant est celui qui traite du papyrus, qu'il avait observé en Egypte {Papijrus^ hoc est commentanW) in tria Plinii Majoris de papyro capita; Venise, 1572, in-4"). La synonymie des anciens, comparée avec celle des modernes, était le principal objet de son De stirpium aliquot nominihus vetustis ac novis, etc.; (Bâle, 1557, in-4°), et de ses Conjectanea synonymica plantarum cum horti Patavini catalogo, etc., publiés par J. G. Schenetz, après la mort de l'auteur (Francfort, 1600, in-8°). Linné a établi le genre guilandina, pour rappeler le nom du célèbre botaniste voyageur. Léonard Rauwolf^ que ses savants contemporains nom- maient DasylycKS (traduction grecque de Rauwolf^ qui signifie rude loup)^ était fils d'un riche négociant d'Augs- bourg. Après avoir fréquenté les principales universités de l'Allemagne, il étudia la médecine à Montpellier, et ob- tint, en 1562, le grade de docteur à l'Université de Va- lence. Passionné pour la botanique, il alla herboriser en Suisse et e|i Italie, et visita toutes les localités où l'on cul- tivait des plantes rares. Voulant voir au naturel les plan- tes dont parlent Théophraste, Dioscoride, Pline, Galien et les médecins arabes, il résolut de faire un voyage en Orient. Parti d'Augsbourg le 15 mai 1573, il passa par Lin- dau, Goire, Gôme, notant les plantes qu'il rencontra en route, traversa laLombardie et le Piémont, et vint, le 2 sep- tembre suivant, s'embarquer à Marseille avec Ulrich Kraft, fils du bourgmestre d'Ulm, sur un navire italien, la Santa-Croce, appartenantà son beau-frère, riche marchand 14â HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. de drogues. Le 30 septembre, il débarque à Tripoli de Syrie, et fait connaître la flore des environs de cette ville de commerce, alors très-florissante. Il visite ensuite Da- mas et Alep, dont il décrit les productions naturelles. Aux environs d'Alep il recueillit plusieurs échantillons de plantes qu'il colla sur des feuillets de papier pour les faire, après son retour, graver sur bois. Dans cette ville il se prépara pour un long voyage qu'il devait pousser jus- qu'aux frontières de la Perse, à travers le désert qui sé- pare la Syrie de l'Euphrate. Déguisé en marchand turc et muni d'un sauf-conduit du pacha d'Alep, il se mit en route, le 13 août 1574, avec une caravane, en compagnie d'un Hollandais qui avait longtemps résidé dans le pays et en connaissait la langue. Il atteignit ainsi Bir, s'em- barqua sur l'Euphrate, s'arrêta à Raka, où il fut rançonné par la douane ; toucha, en descendant le fleuve, à Ana, à Hadid, et visita, à la hauteur d'Elugo, l'emplacement de Babylone, où il frignale les débris d'une antique tour, qu'il prend pour celle dont parle la Genèse, et que d'in- nombrables lézards et serpents l'empêchaient d'explorer. Il traversa ensuite la Mésopotamie, et vint à Bagdad sur le Tigre. Il compare la cité des khalifes à la situation de Bâle aux bords du Rhin, et en donne une description détaillée, en y joignant la flore du pays. Le 10 février il effectua son retour par l'ancienne Médie et le pays des Kourdes, s'arrêta quelque temps à Mossoul, «qui s'appe- lait, dit-il, jadis Ninive, » et revint par Orpha,^Bir, Nizib, à Alep, après avoir traversé la Palmyrène, le royaume d'Odonat. Dans cette longue traversée, la qualité de mé- decin lui avait été très-utile, ainsi qu'à tous ses compa- gnons de voyage. Il employa plusieurs mois à explorer la Phénicie et la Palestine; il vit Tyr, Sidon, Jaffa (Joppé), le mont Garmel, les cèdres du mont Liban (il en compta en- core vingt-quatre), Jérusalem et les principaux lieux il- lustrés par les récits de la Bible. Enfin le savant, et intré- pide voyageur se rembarqua à Tripoli pour Venise, et fut TEMPS MODERNES. 143 de retour à Augsbourg le 12 février 1576, après une absence de près de trois ans. Nommé médecin en phef de riiôpitai de sa ville natale, il perdit cette place pour n'a- voir pas voulu abjurer le protestantisme qu'il avait sin- cèrement embrassé. Quittant alors Augsbourg, il se retira à Linz, et servit comme médecin militaire dans les cam- pagnes de Hongrie, où il mourut de la dyssenterie, pen- dant le siège de la forteresse de Hatvan, en septembre 1596. Pour perpétuer la mémoire de Rauwolf, Plumier adonné le nom de rauwolfia à un genre de plantes, adopté par Linné. Le voyage de Rauwolf a paru sous le titre àe Aigentlicne Beschreibung der Raiss , so er vor diser zeit gegen Auffgang inn die Morgenlxndei\ fûrnemlich Syriam, ludxam. Arabiam., etc., nicht ohne geringe Mûhe und grosse Gefahr selbst vol- bracht, etc. (Relation exacte du voyage de Rauwolf dans les contrées de l'Orient, la Syrie, la Judée, l'Arabie, etc., voyage achevé non sans de grands périls, etc.). Cet inté- ressant ouvrage, que j'ai sous les yeux, 'est écrit en dialecte souabe, et divisé en trois parties, petit in-4°, qui furent imprimées en 1582, à Lauingen par Léonard Reinmichel. Il y a été joint une quatrième partie , imprimée en 1532, qui ne se trouve pas dans les différentes réimpressions et traductions qui ont été faites du livre de Rauwolf ^ Cette quatrième partie contient quarante-deux gravures d'es- pèces végétales, extraites de l'herbier c[ue l'auteur avait rapporté de son voyage. Cet herbier (composé de cinq gros volumes in-folio), sur les feuilles duquel étaient collés les échantillons, fut pris et transporté à Stockholm, pen- dant la guerre de Trente ans. La reine Christine, de Suède, en fit cadeau à Isaac Vossius, qui l'emporta avec lui d'a- bord à La Haye, puis à Londres. Enfin, après la mort de Vossius, il fut rapporté en Hollande et déposé à la Biblio- thèque deLeyde, où il doit se trouver encore. F. Gronovius 1, Voy. l'article Raimolf, dans la Biograghie générale. 144 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. l'utilisa pour sa Flora Orientalis^ où il donne (au tome IV) la liste de 338 espèces provenant de l'herbier de Rauwolf. Au nombre de ces espèces se trouvent anabasys aphylla^ scorzonera tuberosa, erigeron tuberosum, leontice chryso- gonum, hibiscus tiHonum^ astragalus coluteoïdes, gnapha- lium sanguinewn, statice sinuata, artemisiajudaica, etc. Prosper Alpin^ natif de Marostica près de Vicenze, sui- vit d'abord la carrière militaire ; mais il la quitta bientôt pour étudier la médecine à Padoue, où il devint docteur en 1578. Entraîné par un goût irrésistible pour la botani- que, surtout pour la connaissance des plantes médicinales, il résolut, à l'exemple de Gralien, de voyager à la recherche du végétal qui produit le baume, et il accepta avec empres- sement la place de médecin de Greorge Emo, qui venait d'être nommé consul de la République de Venise au Caire. Parti de Venise le 12 septembre 1580, il n'arriva en Egypte qu'au commencement du mois de juillet de l'année suivante, après une longue et périlleuse navigation. Il ha- bita pendant trois ans le Caire, visita la vallée du Nil, Alexandrie, parcourut les îles de la Grèce, surtout Candie, interrogeant la nature plus encore que les hommes pour s'instruire; car, dans plus d'un endroit de ses ouvrages, esquissés en Egypte, il se plaint de ce qu'il avait rare- ment rencontré des gens capables de le renseigner. Après un séjour d'environ six ans en Orient, il revint, en 1586, dans sa patrie et résida quelque temps à Gênes, où il fut attaché comme médecin au célèbre amiral André Doria. Le sénat de Venise lui confia, en 1593, la chaire de bo- tanique et la direction du jardin de l'Université de Pa- doue. Accablé d'infirmités, dont il avait contracté les ger- mes dans ses voyages, devenu presque sourd à la fin de sa vie, il mourut, en 1607, à Padoue, dans sa soixante- quatrième année. En honneur d'Alpinus, Linné a donné le nom d'nlpinia à un genre de zingibéracées. Le premier ouvrage, publié par Alpinus après son re- tour de rjÉgypte, a pour titre : De Balsamo Dialoyus, in TEMPS MODERNES. 145 quo verissima Balsami flantx, Opobalsami^ Carpobalsami et Xylohalsami cognitlo, pleiisque antiquorum atque junio- rum medicorum occulta, nunc elucescit; Venise , 1590, in-4"; réimprimé à Padoue, 1639, à la suite de l'édition donnée par Vesling d'un autre ouvrage d'Alpin [De plan- iis ji^gypti). Les noms de balsamum, opobalsamum, etc., s'appliquaient alors à tous les sucs végétaux gommo- résineux, dont on faisait un grand usage en médecine. Le baume dont il est ici question, provenait, selon Spren- gel,. d'une espèce à'amyris (figurée à la p. 48 de l'édit. de Padoue, 1639), que Bartholin dit avoir vue dans le jardin d'Alpinus à Padoue. Le second ouvrage, beaucoup plus important que le premier, est intitulé : De plantis ^Egypti Liber, in quo non pauci, qui circa herbarum materiam irrepserunt, errores deprehenduntur, etc.; Venise, 1592, in-4°; cum observa- tionibus et notis Joan. Veslingii: accessit Liber de Balsamo; 1640, in-4°. C'est cette édition qui sert à mon analyse. On y trouve la description d'environ cinquante plan- tes d'Egypte , avec leurs gravures intercalées dans le texte; parmi ces plantes, une vingtaine n'avaient pas en- core été décrites, ou l'avaient été incomplètement. Nous citerons, entre autres : le nabec ou zizyphus spina Christi, l'uzeg ou lycium europseum, depuis lors très-répandu en Europe, l'acacia du Sénégal, le melochia ou corchorus oli- torius, l'origan d'Egypte, la casse absus, le cotonnier bx- borescent, l'aènts ?jr«catortm, la coronille Sesban, etc. Cet ouvrage fut refondu et réuni à un travail d'Alpinus sur l'Histoire naturelle de l'Egypte, qui resta longtemps en manuscrit, et ne parut qu'en 1735, sous le titre : His- toriœ naturalis JEgypti Libri quatuor^ opusposthumum, etc.; Leyde, 2 vol. in-4°, avec de nombreuses gravures et leri commentaires de Vesling, qui avait visité le Caire, et suc- cédé à P. Alpin dans la chaire de botanique, à Padoue. On y trouve une description détaillée du laserpitium et du lotus du Nil. A cette histoire naturelle de l'Egypte, 10 146 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. dont les matériaux avaient été recueillis par l'auteur pen- dant son séjour en Orient, il faut ajouter De medicina yEgyptiorum libri IV, traité auquel se trouve joint, dans l'édition de 1645, (Paris, in-4''), l'opuscule de Bontius, De Medicina Indor^um. Le chap. m du livre IV contient la première description qui ait été faite du café sous le nom de chaoua, ainsi que du caféier qu'Alpin avait vu dans le verger d'un bey turc, au Caire. Prosper Alpin avait aussi laissé les matériaux d'un ou- vrage d'ensemble sur les plantes exotiques. Ils furent réunis par son fils Alpino Alpini (mort en 1637, profes- seur de botanique à Padoue), et publiés sous le titre : De plantis exoticis libri duo; Venise, 1627, réédités en 1656, in-4°, avec planches gravées sur cuivre. On y trouve la description d'un assez grand nombre d'espèces nouvelles {teucrium creticum, cistus creticus, pyrus cretica, sapona- ria cretica^ campanula Alpini, alyssum creticum^ calanan- chelutea, achillea cretica, etc.), que l'auteur cultivait dans le jardin de Padoue, et qui lui avaient été envoyées par Gapello, gouverneur vénitien de l'île de Crète, et par Pal- merius d'Ancône, résidant au Caire. Jean-Hugues Linschooten (né à Harlem en 1563, mort en 1611) s'embarqua, en 1579, au Texel, s'attacha, à Lis- bonne, au service deVicente Fonseca, archevêque de Goa, et suivit ce prélat aux Indes Orientales. Il y recueillit des documents curieux s«ur les îles et les côtes de l'océan In- dien, comprises entre la Chine et le cap de Bonne-Espé- rance. Après la mort de Fonseca, en 1589, Linschooten revint en Hollande, et y publia la relation de son voyage en hollandais (La Haye, 1591, in-fol.). Cette relation pa- rut en latin sous le titre de Navigatio ac Itinerarium Joli. Hug. Linscotaniin Orientalem sive Lusitanorum Indiam, etc. (La Haye, 1599, in-fol. ). On y trouve (p. 58-83) des dé- tails intéressants sur les principales productions naturel- les de l'Inde, de l'île de Ceylan et des îles de la Sonde. Nous signalerons particulièrement la description de l'eu TEMPS MODERNES. 147 genia jambos, (dont le fruit, semblable à une petite pom- me, imprègne la bouche d'une odeur de rose), du palmier arec, àumaing\ier{rhizopliorus mangle)^ et de la tubéreuse (polyanthcs tuherosa) , dont la première mention a été faite, en 1594, par Paludanus (dans l'édit, de Linschooten de 1599). Botanistes du dix-septième siècle. Deux frères , Jean et Gaspard Bauhin occupent , par leurs travaux, le premier rang parmi les botanistes de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-sep- tième„ Leur père, natif d'Amiens, persécuté en France pour avoir embrassé le protestantisme, était venu se fixer à Bâle, où il fut agrégé au collège des médecins, Jean Bauhin (né à Bâle en 1541 , mort en 1616) étu- dia la botanique, sous L. Fuchs, à Tubingue, et se lia, à Zurich, d'amitié avec Conrad Gesner, qu'il accompagna dans ses excursions scientifiques en Suisse. Après avoir ainsi visité une partie des Alpes, notamment le pays des Grisons, il se mit, pour enrichir ses herbiers, à parcourir l'Alsace, la Forêt Noire , la Haute-Bourgogne et la Lom- bardie ; il séjourna quelque temps à Padoue, et suivit à Bologne les cours d'AÎdrovande. Il passa ensuite enFrance, entendit à Montpellier le célèbre Rondelet, explora le Lan- guedoc, particulièrement les environs de Narbonne et le Dauphiné, si riches en plantes intéressantes. A Lyon il fît connaissance avec Dalechamps ; mais , pour se soustraire à des persécutions auxquelles il était en butte comme pro- testant, il se hâta de quitter la France. Après avoir ré- sidé quelque temps à Genève , il revint exercer la mé- decine dans sa ville natale. En 1570 , le duc Ulric , de 148 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Wirtomberg-Montbéliard , l'appela auprès de lui et se l'attacha comme premier médecin. Ces fonctions, que Jean Bauhin remplit pendant quarante-trois ans, lui ])er- mirent de poursuivre fructueusement son étude favorite : le duc Ulric aimait la botanique et faisait cultiver, dans son jardin de Montbéliard , un grand nombre de plantes nouvellement introduites en Europe. Ainsi favorisé par les circonstances, Jean Bauhin put réunir les matériaux de deux ouvrages considérables, qui ne parurent, avec des additions nombreuses, qu'après sa mort. L'un a pour titre : Historiœ plantarum generaUs novx et absolutœ Prodromus; Yverdun , 1619, in-4''; il fut publié par les soins de J. H. Gherler , médecin de Bâle, qui avait épousé la fille unique de Jean Bauhin. L'autre ouvrage , beaucoup plus important , est intitulé : Historia universalis plantarum nova et absolutissima cum consensu et dissensu circa eas; Yverdun, 1660-1661, 3 vol. in-foL, publiés par Fr. L. de Glrafenried, patrice de Berne, et Ghabrée , médecin d' Yverdun , qui y ont ajouté leurs propres observations. Cet ouvrage , vaste compilation des travaux de Dalechamps, Fuchs, Dodonée, Lobel, de l'É- cluse, etc., contient à peu près tout ce qui avait été écrit sur les plantes depuis l'antiquité jusqu'au dix-septième siècle. Il est divisé en quarante livres qui représentent en quelque sorte les classes , comme les chapitres repré- sentent les familles du règne végétal. On y trouve la des- cription d'environ cinq mille plantes, avec trois mille cinq cent soixante-dix-sept figures , dont la plupart sont em- pruntées à Fuchs. Les frais de publication, qui s'élevaient à quatre-vingt-dix mille francs environ de notre monnaie, furent avancés par de Grafenried. Les deux premiers vo- lumes sont dédiés aux avoyers de Berne , et le troisième l'a été à Henri, duc d'Orléans-Longueville, prince de Neuchâtel. Ghabrée en publia un abrégé sous le titre de Sciagraphia (Genève, 1666, 1676 et 1677, in-fol). Toutes les figures de VHistoria universalis plantarum s'y trou- TEMPS MODERNES. 149 vent reproduites; c'est rénumération |à peu près com- plète des plantes jusqu'alors connues. Au nombre des es- pèces pour la première fois indiquées, on remarque : la nummulaire rouge [anagallis Unella) ^ la herniaire velue [herniaria hirsuta), le jonc aigu, l'arenaiHa trinervia, le sediim saxatilc^ le ranunculus glacialis^ le trifoliiwi tomen- tosum^ la jacobée aquatique [achillea nana) , epipaclis ovata^ salix reticulata^ pteris crispa^ etc. Jean Bauhin avait publié, de son vivant, sa correspon- dance avec G. Gesner {Epistolx ad Gesnerum; Bâle, 1594, in-8°) , fort intéressante pour l'histoire de la botanique, et un petit traité sur les eaux minérales de Boll [Historia novi et admirahilis fonlis balneique BoUcnsis^ in ducatu WiiHenibergico , etc.; Montbéliard, 1598, in-4"). On y trouve une courte description des plantes qui croissent dans les environs , particulièrement de l'aune blanche [alnus incana] et du peplis poHula , nommé par l'auteur alsine minima. Son frère puîné, Gaspard Bauhin (né à Bâle en 1560, mort en 1624), se livra avec le même zèle à l'étude de la médecine et de la botanique. Après avoir visité l'Italie, la France et l'Allemagne ^ ce qui le mit en relation avec les principaux savants d'alors, il devint, en 1596, médecin du duc Frédéric de Wirtemberg, et occupa depuis 1614 jusqu'à sa mort la chaire de médecine et de bota- nique à Bâle. Le premier, il essaya de porter l'ordre dans le chaos de la synonymie et delà nomenclature, alors usitées en botanique. Il désigna les plantes par quelques phrases courtes, significatives, et créa la plupart des noms géné- riques qui furent plus tard universellement adoptés. C'est ainsi qu'en anatomie il avait désigné les muscles d'après leur forme , leurs attaches et leurs usages. Gas- pard Bauhin ne fut donc pas , comme on voit, un simple compilateur : le mode caractéristique de son laconisme descriptif, suivi par Tournefort, Linné et L. de Jussieu, l'a posé comme un esprit vraiment original et organisa- 150 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. teur. Son OuxoTrivai , seu Enumeratio plantarum ah her- boriis nostro sseculo descriptarum cum eorum differentiis (Bâle, 1596, in-4''), ouvrage remarquable, orné, sur le verso du titre , du portrait de l'auteur à l'âge de vingt- neuf ans, contient la description succincte de deux mille sept cents espèces, avec leurs variétés; il commence par les graminées et finit par les papilionacées. On y trouve, entre autres, la première mention exacte, détaillée, de la pomme de terre , que l'auteur rangea, avec une sagacité rare, dans la famille des solanées , en lui donnant le nom de solanum tuberosum , qu'elle a conservé. Il nous ap- prend en même temps que la pomme de terre était alors cultivée comme une curiosité dans les jardins d'un petit nombre d'amateurs qu'il désigne nominativement ^ Le Phytopinax ne devait être que la première partie d'un grand travail, dont la suite n'a point paru. L'ouvrage, auquel Gaspard Bauhin dut sa plus grande réputation, a pour titre : llîva^ theatri botanici^ sive Index Theophrasti, Dioscoridis, Plinii et botanorum qui a sœculo scripserunt opéra, plantarum circiter sex millium ab ipsis exhihitarum nomina, etc., Bâle, 1594, in-4° (souvent réim- primé). Cet ouvrage classique, fruit de quarante années de travaux, a été, jusqu'à Tournefort et Linné, pour ainsi dire l'évangile des botanistes : on y trouve des indices ir- récusables de la classification naturelle, inaugurée un siècle et demi plus tard. Mentionnons encore de lui une flore des environs de Bâle {Catalogus plantarum circa Basileim nascentium, etc., Bâle, 1622, in-S"), qui a servi en quelque sorte de modèle aux nombreux travaux de ce genre ; une édition estimée des ouvrages de Mathiole ; une critique, un peu acerbe, de l'ouvrage de Dalechamps 1. A la suite du *uT6uiva| (Bâle, 1596) que je possédasse trouvent: le traité de Pona et de Belle sur la flore du mont Baldo et de Vérone; le commentaire de Maronea sur ramomitm de Dioscoride; diverses thèses médicinales, théologiques et philosophiques (Demonstris, De anima, De angelis, De anima rationali, De mente humana, etc.). TEMPS MODERNES. 151 [Animadversiones in Historiam generalcm plantarum Lug- duni editom, etc.; Francfort, 1602, in-4°); DpdâpofAoç theatri botanici, in quo plantas supra sexcentx ^ ob ipso primum descriptx, cum plurimis figuris proponuntur; Francfort, 1620, in-4°; le nombre des plantes nouvelles, décrites ici pour la première fois, se réduit, selon Sprengel, à environ deux cent cinquante. Quant au Theatrum botanicum, sive Historia plantarum ex veterum et recentiorum placitis, etc. (Baie, 1658, in-fol.), ouvrage conçu sur un vaste plan, il ne parut que trente ans après la mort de l'auteur, par les soins de son fils Jean-Gaspard. Parmi les plantes pour la première fois décrites par Gaspard Bauhin, on remarque : le lilas de Perse [sy- ringa persica) , la véronique scutellée, la phléole [phleum pratense), la canche [aira caryophyllsea)^ la queue de re- nard [alopecurus agrestis)^ la houque [holcus lanatus), la cretelle {cynosurus cristatus]^ plusieurs espèces de patu- rins (poa compressa, p. bulbosa), trilicumpinnatum^ ribes alpinum, astrantia minor, monotropa hypopitys, stachys arvensis, aster alpinus, salix herbacea, etc. — Plumier a donné, en honneur de Gaspard Bauhin, le nom de bauhi- nia^ à un genre de plantes exotiques, de la famille des lé- gumineuses. Angleterre. — En Angleterre, la culture de la bota- nique, longtemps négligée, prit tout à coup un essor rapide sous la direction de Parkinson, de Morison et surtout de Ray. John Parkinson (ne à Londres en 1567, mort vers 1645), xpothicaire de Jacques I" et de Charles P"", exerça pen- dant de longues années la pharmacie à Londres. Pour satisfaire son goût pour la botanique, il entretenait un jardin rempli à la fois de fleurs rares et déplantes utiles; il en donna la description dans un livre intitulé : Paradisi in sole Paradisus terrestris, or a choicc gardeu of ail sorts of rarest (lowers (Londres, 1629, in-fol., avec cent neuf 152 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE figures sur jDois). En adoptant le singulier titre de Para- disus in sole, l'auteur a joué sur son nom de Pai'k in sun (parc dans le soleil). Ge livre a de l'intérêt en ce qu'il per- met d'apprécier l'état de l'horticulture d'alors, en montrant qu'on cultivait plus de cent vingt variétés de tulipes, soixante d'anémones, cinquante d'hyacinthes, plus de 1 quatre-vingt-dix de narcisses, soixante-dix d'œillets, plus i de soixante variétés de prunes, autant de poires et de pommes, trente de cerises et vingt de pêches. En 1640, Parkinson publia ime sorte d'herbier, sous le titre de Theatrum botanicuin (Londres, 1640, in-fol., avec de nombreuses gravures). Plus complet que l'édition de ÏHerbal de Sherard, publié en 1633 par Thomas Johnson (auteur de Vlter Cantlanum, 1632, in-8°, et du Mercurius hoianicus , 1634), le Theatrum botanicum contient une classification en dix-sept tribus, fondées sur les vertus connues ou présumées des plantes (plantes odorantes, cathartiques, purgatives, vénéneuses, vulnéraires, etc.) — Plumier a donné, en honneur de Parkinson, le nom de parkinsonia à un genre de légumineuses. 'Rohari Morison (né en 1620 à Aberdeen, mort en 1683 à Londres), ruiné et proscrit après la mort de Charles I", vint chercher un asile en France. Il étudia la médecine à Angers, où. il fut reçu docteur en 1648, et obtint, dix ans après, la direction du jardin que Gaston , duc d'Or- léans, possédait dans ses domaines de Blois. Après l'avé- nement de Charles II, il retourna en Angleterre, et fut, en 1669, chargé de faire à Oxford un cours de botanique en qualité de garde du jardin médicinal. Son principal ou- vrage a pour titre : Plantarum Historia universalis Oxo- niensis (Oxford, 1680, in-fol.); cette histoire, terminée par Dodart en 1699, est accompagnée de cent vingt-quatre planches, comprenant environ douze cents figures, dont î la plupart sont originales. La méthode suivie par l'auteur est celle de Césalpin : elle est fondée plutôt sur l'orgaui- TEMPS MODERNES. 1-3 sation de la Heur et du fruit que sur les propriétés des plantes. On doit encore à Morison la première monographie des ombellifères [Planlarum embelli fer arum dislributio nova; Oxfort, 1672, in-fol.) , et une édition du Jardin royal de Blois, ouvrage d'Abel Brunyer [Hortus regim Blesiensis, cum notulis, etc. (Lond. 1669, in-S"). Morison y a joint, entre autres, un tableau des erreurs de Bauhin, que Haller, dans sa Bibliolheca Botanica, qualifie à'invi- diosum opus. John Ray^ connu aussi sous le nom latinisé de Raius (né en 1628, à Black-Notley, dans l'Essex, mort en 1704), fit ses études au collège de la Trinité à Cambridge, où il occupa successivement, de 1651 à 1655 , les chaires de grec et de mathématiques. Mais la botanique étant de- venue bientôt son occupation favorite, il alla souvent her- boriser aux environs de Cambridge, et consigna ses pre- mières observations dans son Catalogus planlarum circa Cantabrigiam nascentium, in-12, petit manuel de la flore des environs de Cambridge, qui contient quelques détails intéressants sur la structure des fleurs. Pour bien s'ini- tier à la connaissance des plantes de sa patrie, Ray fit, du 9 août au 18 septembre 1658, une excursion dans le pays de Galles; en 1661 (du 26 juillet au 30 août) il alla, en compagnie de quelques amis , herboriser en Ecosse ; et l'année suivante il fit un troisième voyage, plus long que les deux premiers : il visita d'abord le Cheshire, traversa les comtés du centre de l'Angleterre, explora le nord du pays de Galles , le Somerset et le De- vonshire. Cette herborisation dura près de deux mois et demi (du 8 mai au 18 juillet). Les espèces qu'il avait re- cueillies devaient entrer dans le catalogue général des plantes d'Angleterre, dont il s'occupait alors et qui parut en 1670, à Londres [Catalogus plantanan Anglise et insu- larum adjacentium^ etc.). Les cryptogames y occupent pour la première fois une certaine place. Le 18 avril 1 663. 154 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Ray partit pour le continent, et y séjourna jusqu'en 1666. Dans cet intervalle il parcourut, en herborisant, la Hol- lande, la France, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, et poussa ses explorations jusqu'en Sicile et à Malte. Dans l'été de 1667, il fit, avec son ami Willugby, sa quatrième excursion dans l'intérieur de l'Angleterre, devint, peu de temps après, membre de la Société Royale de Londres, et fit, en l'automne de la même année, son cinquième voyage, dans le Yorkshire et le Westmoreland. Au prin- temps de 1669, Ray et Willugby entreprirent, sur les traces de Tonge et de Beal, une suite d'expériences sur le mouvement de la sève dans les arbres. Ils choisirent, comme les plus propres à cet effet, le bouleau et l'érable , et constatèrent deux courants, l'un ascendant, l'autre des- cendant, sans établir cependant aucune doctrine sur la circulation réelle du liquide nourricier *. En 1671, quoique souffrant d'une maladie de foie, il fît, en compagnie de Thomas Willisel, un sixième voyage d'herborisation; après avoir exploré le Derbyshire, l'Yorkshire, tous les comtés du nord jusqu'à Berwick, il revint par l'évêché de Durham. Dans la même année, il perdit son généreux ami Willugby, qui l'avait aidé dans presque tous ses travaux. Cette perte lui fut très-sensible. En 1673, il se maria, à l'âge de quarante-quatre ans, et publia, peu de temps après , le résumé de ses voyages dans une partie des Pays-Bas, de l'Allemagne, de la France et de l'Italie, sous le titre d'Observations topographlcal, etc., Londres, 1673,in-8°. L'auteur décrit non-seulement les productions naturelles de ces différents pays, mais les antiquités et curiosités historiques qu'il y rencontra. Un séjour de six mois en Suisse lui avait donné une connaissance spéciale des plantes du Mont Salève, près de Genève, et du Jura. Après son mariage, Ray vint résider à Middleton-Hall, où il remplissait les dernières volontés de Willugby, d'être 1. Voy. t. IV, année 1670, des Philosoph. Transactions. TEMPS MODERNES. 155 le tuteur de ses fils et l'éditeur des Oiseaux et Poissons dont celui-ci en mourant lui avait laissé les manuscrits. Retiré depuis 1679 à Falkborne-Hall , près de son lieu natal, Ray s'occupa d'écrire son grand ouvrage sur l'His- toire générale des plantes. Il y préluda, en 1682, par son Methodus plantarum^ augmenté des tableaux synoptiques qu'il avait publiés, en 1668, dans le Beat character de Wilkins^ Les plantes y sont classées d'après leurs fruits et leur aspect général; les arbres et arbrisseaux sont di- visés en neuf classes, les arbustes ou sous-arbrisseaux en six, et les herbes en quarante-sept. Plus tard l'auteur mo- difia, dans sa Dissertatio de variis plantarum methodis^ Lond. 1696, sa classification fondée sur le fruit et en reconnut franchement les imperfections ; mais il pense qu'on peut faire les mêmes objections contre les classifi- cations fondées sur la fleur. Les deux premiers volumes du grand ouvrage de Ray, que Haller et Linné appelaient opus immensi laboris^ parurent à Londres, le premier en 1686, et le deuxième en 1688, sous le titre de Historia plantarum generalis^ species hactemis éditas aliasque in- super militas noviter inventas et descriptas complectens ^ etc., in-fol. L'auteur le dédia à Hotton, et l'enrichit non- seulement de ses propres observations , mais de celles de Bauhin, de Morison, de Breynius, de Mentzel, pour les plantes indigènes, ainsi que de celles de Hernandez, de Pison, de Margraff, de Bontius, etc., pour les plantes exo- tiques. Le troisième volume de VHistoria plantarum, au- quel avaient directement contribué Sloane , Petiver, She- rard, parut en 1704. On y trouve l'indication de plus de onze mille sept cents plantes. L'appendice contient plusieurs catalogues de plantes, fort intéressantes au point 1. Dans la nouvelle édition de 1703 du Methodus plantarum, l'auteur rejette l'ancienne dénomination de plantes moins parfaites, appliquée aux mousses et aux champignons. Ses caractères génériques, em- pruntés à la forme de la feuille, à la couleur, à l'odorat, etc., de la fleur , laissent beaucoup à désirer. l56 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. de vue historique. Ce volume est le dernier que Ray fit paraître de son vivant. Les infirmités (ulcères variqueux aux jambes) dont il était atteint ne l'empêchèrent pas de travailler jusqu'à trois mois avant sa mort, arrivée à l'âge de soixante-seize ans. Son corps fut inhumé dans la petite église de Black-Notley, où ses amis lui élevèrent un mo- nument, décoré d'une inscription latine , finissant par ces mots : Sic bene latuit, bene vixit vir beatus Quem prsesens tetas colit, postera mirabitur. Ray eut de vives discussions avec Rivin et Touruefort, au sujet de l'importance de la fleur et du fruit dans les méthodes de classification. Il défendit contre ses adver- saires l'ancienne division du règne végétal en arbres et en herbes, parfaitement fondée, selon lui, sur ce que les arbres ont des bourgeons, tandis que les herbes en sont dépourvues. Quant aux espèces végétales que Ray a le premier caractérisées, nous citerons plusieurs graminées, telles que aira prœcox, festuca duriuscula, f. uniglumis^ avena pubescens, a. pratensis, galium anglicum^ seclum anglicum, trifolium filiforme, orcliis pyramidalis, ranun- culus parviforus, sagina erccta, equisetum palustre, spla- chnum ovatum, conferva gelatinosa, etc. Faisons maintenant connaissance avec les botanistes contemporains de Ray, que l'on pourrait surnommer à Custe titre le Pline anglais. — William How (né à Londres en 1619,mortenl656)publia le premier une flore des plantes indigènes d'Angleterre sous le titre de Phytologia Britan- nica, locos natales exhibens indigenarum stirpium sponte emcrgentium ; Loud., 1650, in-12. C'est un catalogue de 2220 plantes, y compris les mousses et les champignons. Le mot de flora, appliqué à ce genre de recueil, se trouve dans la préface. Il n'a été pour la première fois employé dans ce sens sur le titre d'un ouvrage que par Simon PaulU (né à Rostock en 1603, mort à Copenhague en 1680) pour sa Flora Danica; Copenhague, 1648, in-4'*. « TEMPS MODERNES. 15'' Cowley, clans un poème sur les plantes (publié en 1662), montre les charmes de la déesse Flore dans le narcisse, l'anémone, la violette, la tulipe, etc. Jean Tradescant, originaire de Hollande, jardinier du roi Charles I", donna, dans son Muséum Tradescantianum (Lond., 1656, in-12), la liste des plantes par lui culti- vées. Son fils (mort en 1662), qui hérita d'une précieuse collection de curiosités naturelles, plus tard réunie au musée Ashmoléen, fit un voyage en Virginie, d'où il intro- duisit en Angleterre plusieurs plantes d'Amérique; telle est, entre autres, l'éphémère, à trois pétales d'un beau bleu, aui reçut de Linné le nom de tradescantla virginiaca. La. Panbotanologie sive Enchiridion botanicum (Oxf. , 1 659) deLovel, le Compleat Herbal de Pechey, The English Herbal de Salmon, sont de simples listes nomenclaturales, qui ont été utilisées par Ray pour la composition de son grand ouvrage. Cette remarque s'applique aussi aux tra- vaux de l'apothicaire Doody (mort à Londres en 1706), d'Edouard Lhwyd (mort en 1709), de Thomas Lawson, du docteur Robinson, qui tous entretenaient une corres- pondance active avec le Pline anglais. Parmi les contemporains de F. Ray, Plukenet et Peti- ver méritent une mention plus détaillée. Léonard Plukenet (né en 1642, mort en 1710), dont l'origine et la vie sont peu connues, obtint de la reine Anne la surintendance du jardin d'Hamptoncourt et le titre de professeur royal de botanique, grâce aux ouvrages qui lui avaient fait une juste renommée, et qui sont intitulés: Phy tographia [Lonà., 1691-1696, 4 part, in-4''); Almagestum botanicum {ibid., 1696,in-4°); AlmagesH bota- nicl Mantissa (ibid., 1700, in-4°); et Amaltheum botanicum {ibid., 1705, in-4°). Après la mort de l'auteur, aussi modeste que savant, ces quatre ouvrages ont été réunis en 1720 et 1769, et augmentés, en 1779, d'un Index ^SirGiseke. Ils con- tiennent plus de 2740 petites figures de plantes, dessinées par différents artistes et rangées par ordre alphabétique. 158 HISTOIRE DE LA BOTANKJUE. Parmi les plantes nouvelles ou qu'il a le premier fait bien connaître , nous citerons : veronica tenella , utricularia minor^ cyperus arenarius, periploca esculenta^ monotropa uniflora^ silène virginiaca, nepeta virginiaca, tussilago japonica^ arnica crocea, sic. Plumier a donné, en honneur de Plukenet, le nom de plukeneiia à un genre de la famille des euphorbiacées. James Petiver (mort à Londres en 1718), pharmacien, fut un des collaborateurs les plus actifs de J. Ray. Sa collection de curiosités naturelles (Musœum Petiveria- îiwm), contenant des fossiles et des plantes rares, fait aujourd'hui partie du British Muséum. Dans son Gazophy- lacium naturse et artis (Lond., 1702-1711), il a donné la description de plusieurs plantes nouvelles, et sa Pterigra- phia americana^ continens icônes plus quam cccc filicum variarum specierum (Lond., 1712, in-fol.), est précieuse pour l'histoire des fougèi^es. Plumier lui a dédié le genre petiveria, de la famille des chénopodiacées. Petiver et Plukenet sont, suivant Pulteney', les pre- miers botanistes anglais qui aient donné des noms de personnes à des genres de plantes. Mais cette coutume est fort ancienne, comme l'avait déjà montré Jean Bauhin dans un opuscule, devenu fort rare, intitulé : De plantis a Divis Sanctisve nomen habentibus (1591). Allemagne. — L'Allemagne prit une part presque aussi active que l'Angleterre au mouvement de la bota- nique descriptive et classificative, témoin Jung, Junger- mann, Amman, Rivin, Breynius, P. Hermann, Gh. Knaut. Joachim Jung (né à Lûbeck en 1587, mort à Ham- bourg en 1657), fut pendant cinq ans professeur de ma- thématiques à Griessen, reçut, en 1618, à Padoue, le grad de docteur, et obtint en 1624 une place de professeur à 1. Esquisses historiques et biographiques des progrès de la botani- que en Angleterre, t. II, p. 43. TEMPS MODERNES. 159 l'université de Rostock. Mais il dut bientôt quitter cette place par suite des intrigues de ses ennemis qui le dénoncèrent aux autorités comme étant un des chefs de la secte des Rose-flroix. Il passa les dernières années de sa vie à Hambourg, comme directeur du gymnase. Ses opuscules, étant devenus rares, ont été réunis, quatre- vingt-dix ans après sa mort, par Seb. Albrecht, et pu- bliées sous le titre de Joach. Jungii Lubecensis opuscula botanico-physica, etc. Goburg, 1747, in-4°, J. Jung occupe une place importante dans l'histoire de la science, parce qu'il insista plus particulièrement sur la nécessité de distinguer, pour les besoins d'une classifi- cation méthodique, les caractères constants des carac- tères variables. C'est ce qu'il a très-bien exposé dans son Isagoge phytoscopica^ que j'ai sous les yeux. L'auteur divise chaque plante en deux parties essentielles, l'une inférieure, comprenant la racine (axe descendant), l'autre supérieure (axe ascendant), comprenant la tige avec ses branches et ses organes appendiculaires (feuille, fleur, fruit). Le plan de séparation, limes communis^ de ces deux parties fondamentales, douées de mouvements con- traires, se nomme le fond^ Tnjôfxriv en grec; c'est ce qu'on nomme depuis le nœud vital. Les feuilles, où l'auteur a soin de distinguer la surface supérieure de la surface inférieure, se trouvent pour la première fois divisées en simples et en composées. « Il ne faut pas, dit-il, comme le t'ont les ignorants ou les observateurs inattentifs, confon- dre la feuille composée [folium compositum) avec un ra- muscule ou scion; car elle a, comme la feuille simple^ une ace supérieure et une face inférieure, et elle tombe de même en automne. » Jung paraît avoir le premier employé le mot pétiole ou pédicule pour désigner « la partie étendue en longueur qui maintient la feuille et la fixe à la tige » : Petiolus^ sive pediculus folii, est pars in longitudinem extensa^ qux folium suslinet et cauli connectit. On voit par ce passage 160 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. ■ que Jung appliquait le mot folium^ à proprement parler, au Hfttbe de la feuille; et il n'ignorait pas que les ner- vures [nervi] de celle-ci ne sont que les ramifications du pétiole. Il fut aussi le premier à diviser les feuilles composées en digitées [digitata) et en pennées [pennatd], indiquant par ce nom que les folioles sont disposées, sur deux points opposés du pétiole ou nervure principale, comme les barbes d'une plume (penna). Il ne lui avait pas non plus échappé que les folioles ainsi disposées peuvent être en nombre pair ou en nombre impair. De là sa division, depuis universellement adoptée, des feuil- les pennées en pari-pennées, pariter pennata^ comme dans la fève, le pois, la vesce, et en impari-pennées, impariter pcnnata^ comme dans le rosier, le frêne, le sorbier, la potentille. « La feuille, ou plutôt la folia- ture [foliatura) , est, dit-il, impari-pennée quand l'extré- mité de la nervure principale se termine par une feuille unique, ce qui rend le nombre des folioles impair. » L'emploi des noms d'opposées, d'alternes et de conjuguées (bi-juguées, tri-juguées, etc.) remonte au même phyto- graphe. Pour ce qui concerne la structure de la fleur, nous voyons le mot périanthe,penanî/iiwm(qui signifie littéra^ lement ce qui est autour de la fleur ^ irepl avôoç), également pour la première fois employé par Jung. Mais il ne l'ap- plique qu'au calice, et il ne donne le nom de fleur, flos^ qu'à la corolle, ce qui explique le choix du mot perian- Ihium. « Le perianthium, dit-il, est ce qui enveloppe cette partie délicate, colorée, qu'on nomme la fleur. » Les plantes n'ayant qu'une seule enveloppe florale, comme la jacinthe, la tulipe, rentraient, pour lui, dans la division des plantes à fleurs nues [flores nudi). Jung distingua également la fleur simple de la fleur composée [flos compositus)^ qui forme le caractère de toute une famille (famille des composées). Il emploie le mot de capitule [capituluni] pour désigner la sommité fleurie de la tige, et le mot de fleurons [floscuU] pour désigner TEMPS MODERNES. 161 les parties de la ileur composée. Il appelle disf{ue radié [discus radiatus) le capitule dont les fleurons occupent le centre, et les demi-fleurons le bord. Il se sert aussi des mots de stamina et de stylus^ pour désigner les éta- mincs et le style couronné du stigmate; mais il igno- rait le rôle que ces organes jouent dans la fécondation. Le sexe féminin était, selon lui, représenté par l'in- dividu (tige) qui donne les grains, et le sexe masculin par la tige qui ne produit que des fleurs stériles. C'est assez dire qu'il n'admettait pas l'existence de fleurs réunissant les deux sexes (fleurs hermaphrodiLes), et qu'il ne coimais- sait, comme les anciens, que les fleurs dioïques (palmier, mercuriale, etc.). Jung distingua aussi le fruit delà graine, et dans celle-ci il signala l'existence de l'embryon, qu'il nomme le cœur de la semence [cor seminis). Enfin il fvit le premier à fixer l'attention sur la situation variable de l'embryon ; c'est ainsi qu'il nomme l'embryon infère ou supèrô^ suivant que cet important organe occupe la base ou le sommet de la graine. Toutes ces connaissances organographiques, Jung les présentait comme nécessaires à l'établissement des clas- ses, des genres et des espèces, à ce qu'il appelait la doxoscopie des plantes ou la phytoscoj)ie. Son De plantis doxoscopia est le premier essai qui ait été fait d'un véri- table Gênera plcmtarum. Louis Jungermann (né à Leipzig en 1572, mort à Alt- dorf en 1653), professeur de botanique à l'université d'Altdorf depuis 1625, neveu de Joachim Jungermann, qui mourut, pendant un voyage en Orient, à Gorinthe en ]591, imprima à la science une direction particulière par l'étude des flores locales, comme l'attestent ses cata- logues des plantes des environs d'Altdorf, de Griessen, etc. [Catalogus plantarum quse circa Altdorfium Noricuni^ iiascimtur; Alt., 1516, va.- k° \ Cornu copia florx Giessensis^ proventu spontanearum slirpiuin cum jlora Altdorfiensl amice et amocne conspiranlis^ etc., ibid., 1629. in-4°). Il 11 162 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. avait fondé le jardin botanique de Griessen et rédigé le texte de l'ouvrage de Besler (mort pharmacien à Nurem- berg en 1629), intitulé : Hortus Eystettensis ; Nuremberg, 1613, 4 vol. in-fol., contenant 356 planches, gravées sur cuivre. La gravure sur cuivre commençait alors à rem- placer la gravure sur bois dans les ouvrages d'histoire naturelle. Pour honorer la mémoire de Jungermann, Linné a donné le nom de Jungermannia, à un genre de mousses. Volckamer, médecin de Nuremberg (né en 1616, mort en 1693), suivit les traces de Jungermann. ^d. Flora Norim- bergensis ne parut qu'après sa mort (1700, in-4°). D'autres l'imitèrent; tels sont: Rolfmck (né en 1599, mort en 1673), qui avait fondé, en 162?, le jardin botanique do léna et publié un traité De vegetabilibiis (1672, in-4°); Oléarius, pasteur à Halle (né en 1655, mort en 1711)^ auteur du Speciimn florœ Hallensis (1668, in-12); Rud- heck (né en 1630, mort en 1702), dont on a un cata- logue des plantes du jardin botanique d'Upsal (1658, Belicix vallis Jacobx (Upsal 1l66, in-12), et Canwi elysii lib. II (Upsal, 170., m-foL). Paul Ammann (né à Breslau en Î634, mort à Leipzig en 1691), qui créa le jardin botanique de Leipzig, où il fut professeur, adopta les principes de Jung pour la ca- ractéristique des genres, particulièrement fondée sur les organes de la fructification. Son Character planlarum naturalis (Leipzig, 1685, .in-12) contient la description succincte de 1476 espèces et genres. Paul Hermann (né à Halle en 1646, mort à Leyde en 1695), qui résida huit ans à Batavia comme médecin de la compagnie hollandaise des Indes, suivit la méthode de Morison dans son Catalogue du jardin botanique de Leyde, où il occupa depuis 1679 une chaire de professeur, Sou principal ouvrage a pour titre ; Paradisus Bâtavus. continens plus centum plantas œre incisas et descriptloni- bus illustratas, Leyde, 1698, in-4°. On y trouve pour la tEMPS MODERNES. 163 premère fois décrites : le tulipier {liriodenclrontulipifera)^ le myrte de Geylan [myrtus ceyla7iica)^ zamia furfuracea, psoraleapinnata, vicia bengalensis,sophora tomentosa, etc. Auguste Rivin (né à Leipzig en 1652, mort en 1723), qui occupa depuis 1691 la chaire de botanique à l'univer- sité de sa ville natale, rejeta l'ancienne division des plan- tes en arbres, et établit le premier un système de classi- fication sur la forme de la corolle, et en développa les principes dans son Introduclio generalis inrem herbariam (Leipzig, 1690, in-fol.). Il fit, bien avant Linné, particu- lièrement ressortir l'importance de distinguer chaque plante par deux noms significatifs, le premier indic[uant le genre, le second l'espèce. Son Ordo plantarum qux sunt flore irregulari^ telrapetalo (Leipzig, 1691, in-fol.) comprend toute la famille des légumineuses, de même que son Ordo plantarum qux sunt flore irregulari, penta- petalo (Leipzig, 1699, in-fol.), comprend les ombellifères, les genres delpkinium^ viola et géranium. D'une humeur querelleuse, Rivin eut des discussions très-vives, au sujet de sa méthode, avec Ray, avec Dillenius et avec Schel- bammer, professeur de léna, qui avait écrit De nova plantarum in classes digerendi ratione (Hamb., 1695, in-4''). GbrisLian Knauth (né en 1654, mort à Halle en 1716), qu'il ne faut pas confondre avec Christophe Knaut (auteur d'une Flore des environs de Halle), modifia le système de Rivin dans son Methodus plantarum genuina (Halle, 1705, in-4°), en accordant une égale importance à la fleur et au fruit. Jacques Breyn (né en 1637, mort en 1697), riche mar- chand de Dantzig, s'était passionné pour la culture des plantes rares, dont il donna la description dans Planta- rum exoticarum aliarumque minus cognitarum cenluria prima (Gedani, 1678, in-fol.). Ce volume, que nous avons sous les yeux, est suivi d'un appendice sur le camphrier et l'arbuste à thé, et de 101 magnifiques planches sur 164 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. cuivre. Pour la beauté de l'impression et du papier, c'est un des chefs-d'œuvre typographiques du seizième siècle. L'auteur y a plus tard ajouté le Prodomus primus (Dantzig, 1680, in-4°) et le Prodomus secundus (1689 in-4°). Ces deux opuscules, augmentés de notes et de 30 planches, furent réimprimés en 1739 par son fils Philippe Breyn, au- teur d'un tra-ité De fungis offlcmalibus (Leyde, 1702, in-4°^. Pays-Bas. — Les Pays-Bas, enrichis par leur com- merce et leur industrie, que les guerres d'indépendance semblaient avoir développés plutôt qu'affaiblis, avaient vers cette époque les plus beaux jardins du monde. La culture des tulipes y avait été poussée, entre autres, à un degré extraordinaire ; les oignons de variétés rares se vendaient à des prix fabuleux et étaient cotés à la Bourse d'Amsterdam. Le jardin de l'université de Leyde eut successivement pour directeur Gh. de L'Ecluse, Bon- tius, Paaw, Vorstius, Schuyl, P. Hermann, Hotton, Boerhaave. Ces noms montrent combien l'horticulture était dès lors en honneur. Le jardin botanique d'Amsterdam , où van der Steel avait introduit des plantes du cap de Bonne-Espérance dont il était gouverneur , fut confié à Frédéric Ruysch pour la démonstration des plantes indigènes , et à Jean Commelyn (né à Amsterdam en 1629, mort en 1692), pour la culture des plantes exotiques. C'est ce dernier qui nous a fait connaître, dans Horti medici Amstelodamensis plan- tœ rariores exoticse (Amsterdam, 1697, in-foL), les plantes des Indes orientales et occidentales cultivées dans le jar- din médicinal d'Amsterdam. Ce beau volume, que nous avons sous les yeux, contient cent douze grandes planches sur cuivre, très-bien exécutées. Parmi les espèces qui s'y trouvent pour la première fois décrites et dessinées , nous remarquons : Blattaria ceylanica^ le ricin d'Amé- rique (Jalropha urens, L.), alcea bengalensis, oxalis spi- nosa^ cassia occidentalis, c. chamaecrista ^ phalangium TEMPS MODERNES. 165 j'iliiopicum [anlluricum revolutum^ W.), liliuin zeylani- cum, calla {arum) setkiopica, arum trilobatum , vitis idxa xthiopica [royena glabra, L.), le cerisier de la Jamaïcfue [malpighia glabra^ L.), erythroxylum japonicum, cassia javanica, etc. Les descriptions sont en hollandais et en latin, avec des notes de Frédéric Ruysch et de Frédéric Kiggelar. Gaspard Commelyn (né à Amsterdam en 1667, mort en 1731), neveu de Jean Commelyn, publia en 1706 une suite (deuxième partie) à ce premier volume. On lui doit, en partie, la publication de l'Hortus Malabaricus^ et une flore de Malabar (Leyde, 1696, in-fol.). Linné a donné, en mémoire de Commelyn, le nom de commelyna au genre type des commelynacées. Parmi les horticulteurs les plus estimés des Pays-Bas, nous signalerons Siveerts (Emmanuel) , qui fut jardi- nier de l'empereur Rodolphe II , et qui décrivit et dessina dans son Florilegium (Francf., 1612, in-fol.) plusieurs h liacées et iridées nouvelles {iris Sivertii, gladiolus iridifo- lius^ amaryllis orientalis) ] et Henri Munting (né en 1605, mort à Groningue), qui fonda le jardin botanique de Gro- ningue, et donna la description des espèces rares qu'il y cultivait {Hortus botanicus Groningx^ etc., Gron., 1646, in-8°). Il eut pour successeur dans la chaire de botanique son fils, Abraham Munting (né en 1626, mort en 1683), qui a publié, entre autres, un Traité de la culture des plantes (en hollandais) ; Amsterd., 1672, in-i' Italie. — L'Italie compta en tête de ses botanistes Fabio Colonna^ plus connu sous le nom latin de Fabius Columna (né à Naples en 1567, mort en 1650). Atteint depuis son enfance du mal caduc, il se mit à étudier les anciens pour y découvrir quelque remède propre à gué- rir sa maladie. Il tomba sur le Phu de Dioscoride, le prit pour la valériane officinale, et finit, en l'employant, par se débarrasser des accès d'épilepsie. La maladie avait fait 166 HISTOIRE DE LA BOTANIQUF. ' de lui un botaniste, et la botanique en devait faire un peintre et un graveur. En effet, il dessina lui-même ses plantes , et en fit la description dans un ouvrage qu'il publia, à vingt-cinq ans, sous le titre de v*-:oêâ(7avoc , sive plantarum aliquot anliquorum delineationibus magis respondenlium Historia; Naples, 1692, avec trente-six planches, qui passent à tort pour les premières qui aient été gravées sur cuivre ; une nouvelle édition parut à Milan en 174i, in-i", avec des annotations de Plancus, profes- seur de Sienne. Cet ouvrage du jeune auteur, qui était membre de l'Académie des Lyncei, est un des meilleurs commentaires de Théopliraste, de Dioscoride et de Pline. On a aussi de F. Golonna un traité de quelques plan- tes moins connues, sous le titre de : "Exopatrt; prima etsecunda minus cognitarumrariorumqiienostro cœlo orien- tium stirpium (Rome, 1606 et 1616, in-4°, avec fig.). Par- mi les plantes qui se trouvent pour la première fois dé- crites dans cet ouvrage, on remarque : la croisette [va- lantia cruciata)^ très-commune aux environs de Paris, la cynoglossedes Apennins, la gentiane ciliée, une espèce drj scutellaire {scuteUaria ColuninsBy L.), une nouvelle espèce de cynoglosse [cynoglossum Columnœ^ Sprengel), sem- pei'vwum arachnoideum, euphorbia sylvatica (commune dans nos environs), hypericum hirsuUim^ thrmcia liirta^ hieracium aurcmtiacum, etc. Fabio dolonna a fourni des Annotations et Additions à l'abrégé de l'histoire naturelle de Hernandez, fait par Rec- chi sur l'ordre de Philippe II, et publié, après la mort de ce médecin du monarque espagnol, par le prince Gesi et les membres de l'académie des Lyncei^ sous le titre de Rerum medicarum Novœ Hispanise thésaurus^ Rome, 1651, in- fol., avec de nombreuses gravures sur bois. C'est dans ces Annotations, contenant des détails morphologiques curieux, que Golonna proposa le premier de donner aux folioles de la corolle le nom de pétales^ pour les distinguer des feuilles proprement dites : Nos floris foliota^ ad dif~ TEMPS MODERNES. 167 ferfntiam foUorum^ TTsxaXa dici magis propne censuimus (p. 853). A la fin de ce même ouvrage se trouvent les Tiibks phytosophiques du prince de Gesi, fondateur de l'académie des Lyncei. Quant à l'ouvrage posthume de Recchi, que nous ana- lysons, il contient, entre autres, une histoire détaillée de Vhelianthus annuus (le tournesol ou fleur du soleil, originaire du Pérou), et la description du maïs, céréale ca- ractéristique du Nouveau-Monde*. Avant son impression à Rome, une copie du manuscrit de Recchi était parvenue à Mexico et il avait été traduit en espagnol par le P. Fran- cisco Ximenez, sous le titre : De la naturalezza y virtu- clts de los arholes^ plantas y animales de la Nueva Espana, etc. (Mexico, 1615, in-4°). Paul Boccone (né à Palerme en 1633, mort en 1704; se passionna de bonne heure pour l'étude de l'histoire naturelle, particulièrement de la botanique. Cette étude était alimentée par le jardin médicinal que Pietro Gas- telli, élève de Gésalpin, avait fondé en 1639 à Palerme. Il parcourut, en herborisant, l'Italie, la France, l'Allema- gne, l'Angleterre, fut associé, en 1696, à l'académie des Curieux de la Nature, alors la plus célèbre société savante de l'Allemagne, enseigna la botanique à Ferdinand II, duc de Toscane, et devint professeur à Padoue; vers la fin de sa vie il entra dans l'ordre de Gîteaux, et alla, sous le nom de frère Silvio^ mourir dans un couvent des en- virons de sa ville natale. De ses nombreux travaux nous ne citerons ici que Icônes et Descriptiones variarum planta- runiSiciliœ, GalliœethaUœ^etc.^Lyon^ 1674, in-4''. Cet ou- vrage, accompagné de 52 planches, où chaque plante est ca- ractérisée par quelques mots significatifs, fut mis au jour sur les instances de Morison, qui en surveilla l'impression et y joignit une préface; — iMuseo di plante rare délia Sicilia^ Malta, Corsica, Pîemonte, Germam'a; Venise, 1697, 1. Recchi, Rer. med. Nov, Hisp., p. 228 , maïs, p, 242. IPS HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. in-'i", avec J33 planches, contenant 319 figures. L'auleur publia cet ouvrage à la prière de Sherard, qu'il avait connu à Venise. Plusieurs de ces plantes avaient été empruntées au P. Barrelier, comme Boccone l'avoue lui-même dans plusieurs endroits de son livre ; l'accusation de plagiat, lancée contre Boccone par Antoine de Jussieu, est donc mal fondée. Parmi les plantes que Boccone a le premier décrites et dessinées, on remarque : une espèce de galium [galium Bocconi, L.), tillsea muscosa^ epilobium alpestre, polygonuni alpinum, silène vaUesia, alyssum saxatile, une espèce de pyrethrum (pyrethrum Bocconi, L.), centaurea melitensis, arum arisarum, boletus tuberasler, etc. Le jardin botanique de Bologne, dirigé longtemps par Aldrovrande, le Gesner de l'Italie, acquit un haut degré de splendeur sous la direction des frères Ambrosini (Bar- thélémy et Hyacinthe), et de Zanoni, leur successeur. Jacques Zanoni (né en 1615, mort en 1682) y introdui- sit, avec le concours du P. Mathieu, missionnaire des Indes orientales, beaucoup de plantes exotiques. Son 7^- toria botanica (Bologne, 1675, in-fol.) est une simple "des- cription de quelques plantes rares, rangées par ordre al- phabétique, et comparées avec la synonymie des anciens; une 2" édition parut à Bologne en 1742, par les soins de Gaët. Monti, qui y ajouta des notes et des planches. Parmi les plantes qui s'y trouvent pour la première fois décrites, on remarque : Jsnardia palustris, artocarpus integrifoUa, mimosa rubricaulis, caryotaurens, bignonia capreolata, etc. Zanoni eut pour successeur Triomfetti, qui admettait la génération spontanée ; il publia Observationes de ortu et vcgctatione plantarum (Rome, 1685, in-4°). Cet ouvrage fut augmenté d'une histoire de quelques plantes nouvel- les, quand Triomietti passa à la direction du jardin du collt'ge de la Sapience à Rome. Tobie Aldini, de Gesena, dirigeait alors le jardin du cardinal Odoard Farnèse, dont il était médecin. Il décrivit le premier Vacacia farnesiana dans son Exaclissima De- TEMPS MODERNES. 169 scriptio rariorum quarumdam planlarum^ipix conlinentur BonicV in horto farnesino (Rome, 1625, in-fol. avec des planches sur cuivre et des gravures sur bois intercalées dans le texte. L'acacia de Farnèse y porte le nom de aca- cia indien farnesiana (p. 2 et 7, planches I et II). Jean-Baptiste Ferrari^ de Sienne (né en 1584, mort en 1655), s'associa aux plus célèbres artistes d'alors, tels que Gruido Reni et Pierre Berettini pour dessiner et décrire les plus belles fleurs des jardins de Rome dans son livre De florum natura, Rome, 1633, in-4°. On y trouve, entre au- tres, la première description du jasmin, de Vhœmanthus coccineus, de Y/iibiscus viutabilis^ etc. Le jardin de Messine, fondé en 1639, fut décrit par Pierre Caslelli [Hortus Messanensis ; Messine, 1640, in-4°). Le P. Fr. Cupani y introduisit beaucoup d'espèces nou- velles qu'il avait recueillies dans ses excursions, et les dé- crivit dans son Hortus CathoUcus ; Naples, 1696,in-4<'. Jos. Bonsiglioli^ d'Ancône, donna la flore du mont Etna, que Carrera a insérée dans 11 Mongibello descritto (Gatane, 1636, in-4"). Ph. Cavallini fît connaître, dans son Pugil- lum Meliteum^ 1689, les plantes de l'île de Mafte. Portugal et Espagne. — Le Portugal et l'Espagne ne produisirent pas beaucoup de botanistes au dix-septième siècle. La science commençait à y décliner, par suite de la guerre que l'inquisition ne cessait de faire à la liberté de la pensée. Nous n'avons à citer ici que Gabriel Gris- Lvus^ qui publia une petite flore du Portugal sous le titre de Vindarium lusltanicum ; Lisbonne, 1661, in-8°. France. — En France, la botanique était dans sa pé- riode croissante. Après la mort deRichierde Belleval, dont les travaux ne fui-ent réunis et publiés que par Brousson- net [Opuscules de Richier deBelleval; Paris, 1785, in-8°), Pierre Magnol (né à Montpellier en 1638, mort en 1715) obtint, en 1694, la chaire de botanique et la direction du 170 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. jardm médicinal, après avoir abjuré le protestantisme. Il fit paraître : Prodromus historix generaHs plantaruw^ in qua familise per tabulas disponuntur (Montpel., 1689, in 8°), rédigé d'après les idées de Rai etdeMorison; Botanicon Monspeliense (Lyon, 1676, in-8°); Hortus regius Monspeliensis (Mont^. , 1697, in-S"). Parmi les espèces nou- velles qui s'y trouvent décrites, on remarque : Lonicera pyrenaica^ arenaria laricifolia, saxifraga hirsuta^ xan- thium spinosum, teucrium lucidum^ lepidium nudicavl'. etc. P. Magnol paraît avoir l'un des premiers introduit dans la science le nom de famille, pour désigner des groupes naturels de plantes. Son ouvrage le plus important, intitulé Novus Charac- ter plantarum, ne fut publié qu'après sa mort par son fils, Antoine Magnol. Critiquant le système de Tournefort, l'auteur propose une classification nouvelle, fondée sur le calice pour les principales divisions, et sur la corolle pour les subdivisions. Il établit en fait que toute plante a un calice.;, soit libre, soit adhérent au fruit ou confondu avec le péricarpe. Quand il n'y a qu'une seule enveloppe flo- rale, il lui conserve le nom de calice, à l'exclusion de ce- lui de corolle. Linné a établi, en souvenir du botaniste français, le genre magnolia, types des magnoliacés. Le jardin royal du Louvre, jardin botanique de Paris, fondé vers 1590 par Henri IV, trouva un habile et actif directeur dans Jean Robin, qui en avait publié le premier catalogue [Catalogus stirpium tam indlgenarum quam exo- ticarum quse Lutetiss coluntur; Paris, 1601, in-12), et fourni le texte pour le Jardin du roy Henri IV, par P. Vallet, brodeur ordinaire du roy (Paris, 1608,in-fol.). La fondation de ce jardin fut suivie de celui du Jardin des PZrt«îe5 proprement dit, sur le plan soumis à Louis XIII par Gui de la Brosse (mort en 1641), grand-oncle du célèbre Fagon, premier médecin de Louis XIV. Mais ce plan ne fut réalisé qu'en 1626, après de vives instances auprès du cardinal de Richelieu. Ce la Brosse, premier TKMPy MODERNES. 171 médecin de Louis XIII, fut aussi le premier intendant de cet établissement, qui s'appelait à' ahovà Jardin royal des plantes médicinales. Son ouvrage, intitulé De la nature, vertu et utilité des plantes., et dessin du Jardin royal de mé- decine (Paris, 1626, in-8° ; 2"= édit. augmentée, 1640, in-fol., avec 50 planches sur cuivre), est utile à consulter pour l'his- toire de la science. Son Recueil des plantes du Jardin du Roy., gr. in-fol., qu'il ne put achever, ne l'est pas moins. Voici ce qu'en dit Antoine de Jussieu : « Gui de la Brosse, dans le dessein de faire connaître la supériorité du Jardin du Roi, se servit de la main d'Abraham Brosso pour représenter en un volume in-folio les plantes singu- lières qu'il y élevait, et qui manquaient aux autres jar- dins. C'était un ouvrage d'une grande entreprise, de l'é- chantillon duquel nous avons cinquante planches; dans ce nombre, il y a certaines espèces qu'aucun botaniste depuis lui ne peut se vanter d'avoir possédées. Ces cin- quante planches, que feu M. Fagon, son neveu maternel, sauva longtemps après des mains d'un chaudronnier au- quel les héritiers de la Brosse, qui connaissaient peu leur mérite, les avaient livrées, étaient les restes de près de quatre cents autres déjà gravées ^jj — Antoine de Jussieu et Vaillant sauvèrent ces débris, et en firent tirer seule- ment une soixantaine d'exemplaires, c[u'ils distribuèrent à leurs amis ou collègues. C'est pendant C[u'il exerçait, en 1635, après la mort de Gui de la Brosse, les fonctions de « démonstrateur des plantes médicinales du Jardin du roi, » que Vespasien y planta le premier acacia (robinier), introduit en Europe. Gaspard Bauhin se félicitait d'avoir reçu de lui quatre plantes originaires du Canada [rudbeckia laciniuta, rhvs triphyllum, solidago mexicana et spirœa hypericifolia). L'introduction des plantes de l'Amérique septentrionale, mieux appropriées à notre climat que les plantes de l'A- ' 1. Mém. (le l'Acad. des sciences, année 1727. 172 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. mérique méridionale, occupait alors beaucoup de méde- cins botanistes, comme le montre l'ouvrage de Jacques- Philippe Cornut (né à Paris en 1606, mort en 1651), in- titulé : Canadensium Plantarum aliarumque nonclum editarmn Historia, Paris, 1635,.in-4°. A cette époque la France possédait le Canada. Samuel de Ghamplain y avait fondé, en 1608, la ville de Québec, d'où le commerce ti- rait de grands avantages. Pierre Morin, Jean et Vespa- sien Robin cultivaient dans leurs jardins un certain nombre de plantes qu'ils avaient fait venir du Canada et d'autres pays lointains. C'est de ces plantes que Cornut donne la description ; car il ne paraît pas avoir lui-même visité le Canada. Cette description commence par les fou- gères et finit par une espèce de légumineuse [lupinus in- dicvs). Le texte est accompagné de soixante planches intercalées et gravées soigneusement à l'eau-forte par Vallot. Parmi les plantes que Cornut fit connaître et dont quarante étaient entièrement nouvelles, on remarque 1° le gladiolus xlhiopicus^ flore coccineo; c'est une es- pèce de glaïeul, aujourd'hui parfaitement acclimatée et cul- tivée dans tous les jardins sous le nom de fleur du cardi- nal; elle venait de ileurir pour la première fois à Paris, et peut-être en Europe, en octobre 1633, lorsque Cornut la fit dessiner pour son ouvrage. 2° 'L'acacia americana Robini; c'est le robinier ou faux acacia (robinia pseudo- acacia, L.j. Cornut le confond avec l'acacia d'Egypte, dé- crit par Dioscoride et Prosper Alpin, et qui était un vé- ritable acacia, bien différent, par ses fleurs en glomérules jaunes, du faux acacia, dont les fleurs blanches, papilio- nacées, en grappes, ressemble à celles du pois, ou, comme dit Cornut : flos albus, piso similis, in uvam compositus. Seulement il se trompe quand il ajoute que la grappe n'est pas pendante, comme dans le cytise, mais dressée. C'est Cornut qui a le premier observé ce mouvement particu- lier que les feuilles du robinier éprouvent sous l'influence TEMPS MODERNES. ' 173 de la lumière solaire, phénomène que Linné généralisa sous le nom de sommeil des plantes. 3" Le vitis lacintatis foliis; c'est la vigne vierge {vitis quinquefolia., L.), devenue depuis lors si commune pour former des haies et des ber- ceaux. 4° 'L'apios americana; c'est l'apios tuberosa de Linné, la même plante, à racine tuberculeuse, dont on a récemment essayé la culture pour la substituer à celle de la pomme de terre. L'apios d'Amérique était cultivée avec soin (comme le montré la planche, p. 201) à Paris dans le jardin de Robin, vers 1630, alors que la pomme de terre était encore complètement inconnue en France. L'au- teur remarque que les tubercules de l'apios peuvent res- ter en terre tout l'hiver, et qu'ils ne germent qu'au prin- temps ; il en constate aussi la saveur agréable et les pro- priétés nutritives. Toutes les plantes dont Gornut donne la description dans son Histoire des plantes du Canada, ne sont pas ori- ginaires de l'Amérique; il y en a aussi qui appartiennent à l'Ancien Monde, telles que cyclamen orientale, apocynum syriacum, althsea î'osea, etc. L'ouvrage se termine par VEn- chiridion botanicum parisiense. C'est un simple catalogue de plantes, le premier essai qui ait été fait d'une flore des en- virons de Paris. Il est divisé par journées d'herborisation, commençant par le village de Ghaillot, et finissant par Montmartre, après avoir passé par le bois de Boulogne, Neuilly, le Mont-Valérien, Saint-Gloud, la butte de Sè- vres, Meudon, Grentilly, Ivry, Palaiseau, La Roquette, Gharenton, Montfaucon, Aubervilliers, La Barre, Mont- morency, Saint-Prix, Sainte-Reine. La nomenclature est celle de Lobel, et comprend environ 450 espèces de pha- nérogames ou le tiers de la flore des environs de Paris. La flore de l'Europe méridionale fut particulièrement étudiée par Jacques Barrelier (né à Paris en 1606, mort en 1673). Renonçant à la profession médicale qu'il avait d'abord embrassée, Barrelier entra, en 1635, dans l'or- 174 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE dre de Saint-Dominique, et consacra tous ses moments de loisir à sa science favorite. Assistant, en 16!i6, le P. Thomas Tarco, général de l'ordre, dans une tournée d'ins- pection, il explora la Provence, le Languedoc et TEspagne, d'où il rapporta de nombreux échantillons de plantes. De retour de son voyage, il se mit à parcourir les Apennins, une grande partie de l'Italie, et résida vingt-trois ans à Rome, où il fonda le Jardin des plantes du couvent de Saint-Xyste. Il revint en 1672 dans sa ville natale, et s'établit au couvent de la rue Saint-Honoré. Ce fut là qu'il entreprit de publier un grand ouvrage qui devait avoir pour titre : Hortus mundi ou Orbis botanicus^ pour la ré- daction duquel il entretenait une correspondance active avec les principaux botanistes de l'Europe; il avait déjà fait graver à Rome une partie des plantes dont il devait don- ner la description. Cette entreprise était encouragée par Gaston, duc d'Orléans, pour lequel il avait formé un her- bier, particulièrement composé des plantes du Dauphiné. Barrelier était tout occupé de son travail, lorsqu'il suc- comba à un accès d'asthme, dont il avait contracté le germe en Italie. Les manuscrits qu'il avait légués à la bibliothèque des Jacobins Saint-Honoré, furent dispersés après sa mort; ses papiers botaniques devinrent la proie d'un incendie, et on ne sauva que les planches en cuivre de V Hortus mundi. Antoine de Jussieu les recueillit, et en fit le sujet d'un beau volume qui a pour titre : Plantx per Galliam, Hispaniam et Italiam observatœ^ iconibus œneis exhibitse a R. P. Jacobo Barreliero, Parisino; opus posthu- mum^ etc.; Paris, 1714, in-fol. Ce volume, que nous pos- sédons, contient 1327 figures, réparties sur 324 planches, sans compter 3 planches de coquillages. La plupart de ces figures sont d'un dessin fort net, mais elles laissent beau- coup à désirer pour l'exactitude des organes de la repro- duction. Le texte succinct qui les accompagne ne repose sur aucun principe de classification. Parmi les plantes pour la première fois décrites et dessinées, on remarque : une espèce TEMPS MODERNES. 175 de sauge [salvia Barrelieri), une espèce de phlêole(pft,?mm Boehmeri)^ une esipèce à' oxalis (oxalisBarrelieri)^ une espèce de sisymbrium [sisymbrium Barrelieri) , artemisia arrago- nensis, une espèce de séneçon [senecio Barrelieri]^ quelques espèces de champignons (phallus Hadriani, clatlirus floves- cens, boletus polyGephahts), etc. — En mémoire de Barrelier, Plumier a établi le genre barreliera, de la famille des acanthacées. Joseph Pitton de Tournefort couronne l'œuvre des bo- tanistes descripteurs et classificateurs du dix-septième siècle. Né à Aix le 5 juin 1656, il fut, contrairement à ses goûts, destiné par ses parents à l'état ecclésiastique. Aussi désertait-il souvent le séminaire, où il était entré, pour herboriser à la campagne. « Il pénétrait, raconte Fontenelle, par adresse ou par présents dans tous les lieux fermés où il pouvait croire qu'il y avait des plantes qui n'étaient pas ailleurs ; si ces sortes de moyens ne réussis- saient pas, il se résolvait plutôt à y entrer furtivement, et un jour il pensa être accablé de pierres par des paysans qui le prenaient pour un voleur. » Après la mort de son père, arrivée en Î677, Tournefort put se livrer sans contrainte à sa passion pour la botanique, encouragé d'ailleurs par son oncle maternel, médecin habile et estimé. Il profita de sa liberté pour explorer, en 1678, les montagnes de la Sa- voie et du Dauphiné, en rapporta quantité de plantes sè- ches, et commença cet herbier qui, considérablement accru, est devenu ime des principales richesses du Mu- séum d'histoire naturelle de Paris. Quittant la théologie, il se rendit, l'année suivante (1679) à Montpellier pour suivre des cours d'anatomie et de médecine, sans négliger la flore de cette région, que Linné qualifiait de paradis dos botanistes. En avril 1681, il partit pour Barcelone et alla explorer les montagnes de la Catalogne, en com- pagnie de nombreux condisciples. Les Pyrénées étaient trop proches pour ne pas tenter un herborisateur aussi infatigable. Son courage et sa frugalité y furent mis à de 176 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. rudes épreuves. Il fut, un jour, raconte son biographe, enseveli sous les ruines d'une cabane où il avait passé la nuit, et ne réussit à s'en tirer qu'au risque de sa vie. Les miquelets espagnols le dépouillèrent plusieurs fois, et il ne dut son salut qu'à la pauvreté de son accoutrement ; le peu d'argent qu'il portait avec lui était caché dans l'inté- rieur d'un morceau de pain noir qui ne tentait la cupidité d'aucun bandit. Le nom de Tournefort parvint à Fagon, alors mé- decin de la reine, et, grâce à cette protection, l'intrépide herborisateur obtint, en 1683, la place de démonstrateur de botanique au Jardin Royal des plantes. Cet emploi n'amortit pas son ardeur de touriste. Il retourna en Es- pagne, voulut vérifier, en Andalousie, la fécondation des palmiers, dont avaient parlé les anciens, et poussa son excursion jusqu'en Portugal. Il visita aussi l'Angleterre et la Hollande. A Leyde, il vit P. Hermann, qui voulut l'avoir pour successeur à la chaire de botanique. Nommé en 1692 membre de l'Académie des sciences sur la re- commandation de l'abbé Bignon (né en 1662, mort en 1745), il ne fit paraître qu'en 1694 son premier ouvrage intitulé : Les éléments de botanique^ ou Méthode pour con- naître les plantes; Paris, 3 vol. in-8°. Il en donna, en 1700, une édition latine, considérablement augmentée, sous le titre à' Institutiones rei herbariœ, 3 vol. in-4°, dont un de texte avec 47 ô planches; il s'y trouve joint un Co- roUarium; 1703, in-4° , avec 13 planches. Cet ouvrage capital, sur lequel nous allons revenir, fut réimprimé avec des additions d'Antoine de Jussieu; Lyon, 1719, in-4° (trad. en français par Jolyclerc; Lyon, 1797, 6 vol. in- 8°). En 1698, Tournefort fut reçu, avec un grand appareil, 1. L'abbé Bignon, membre de l'Académie des inscriptions et belles- lettres, fut un des plus zélés protecteurs de Tournefort, qui lui mar- qua sa reconnaissance en donnant le nom de bignonia à un genre de plantes d'Amérique. TEMPS MODERNES. 177 docfeur en médecine de la faculté de Pans, sous la pré- sidence de Fagon, à qui il avait dédié sa thèse. Dans la même année il publia son Histoire des plantes qui nais- sent aux environs de Paris, avec leurs usages dans la mé- decine (Paris, 1698, in-12; nouvelle édit., 1725, 2 vol. in- 12, revue et augmentée par Bernard de Jussieu). Cet ouvrage, oii ont puisé d'utiles renseignements tous les au- teurs de flores parisiennes, est divisé en six herborisations, déterminant les stations d'un grand nombre de jdantes. Sur la proposition du comte de Pontchartrain, Tourne- fort reçut de Louis XIV l'ordre d'aller en Orient pour y faire des observations sur toute l'histoire naturelle, ainsi que sur les mœurs, la religion et le commerce des peu- ples de ces régions. Après avoir été présenté au roi, il partit de Paris le 9 mars 1700, accompagné de l'habile dessinateur Aubriet et de Gundelsheimer, jeune méde- cin allemand. Il visita la Crète, les îles de l'Archipel, Gonstantinople, les côtes méridionales de la mer Noire, l'Arménie, la Géorgie, le mont Ararat, et revint par l'A- sie Mineure en passant à Smyrne. La peste qui sévissait à Alexandrie, l'empêcha d'explorer l'Egypte et la Syrie. Il était de retour à Marseille le 3 juin 1702. Il fut facile devoir avec quelle intelligence il avait rempli sa mission. Treize cent cinquante-six plantes , la plupart nouvelles et fort bien décrites, vinrent prendre place dans le catalogue des richesses végétales alors connues. Peu après son retour, il fut nommé piofesseur de médecine aii Collège de France. Il était dans toute la force de l'âge lorsqu'il vint à mou- rir, à cinquante-deux ans, par suite d'un accident malheu- reux. En passant par la rue de Copeau, près du Jardin des Plantes, il avait été atteint en pleine poitrine par le timon d'un charrette. Il languit pendant un mois, et pro- fita de ce court répit pour mettre en ordre ses papiers, notamment ceux qui devaient terminer la Relation de son voyage. Cet ouvrage parut neuf ans après la mort de l'au- teur [Relation d'un voyage du Levant, etc.; Paris, Imp. 12 178 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. roy. ,1717,2 vol. in-4° ; Lyon, 1717,3 vol. in-8° ; Amsterd. , 1718, 2 vol. in-4°). Parmi les plantes qui s'y trouvent pour la première fois décrites, on remarque : une espèce de celtis [celtis Tourne for lii), une espèce d'origan [origa- num Tournefortii)^ la bourrache orientale, l'echium orien- tal, la férule orientale, le daphné du Pont, le verbascum pinnatifide, la saxifrage cymbalaire, hypericum orientale, papaver orientale^ etc. Dans les mémoires qu'il avait communiqués à l'Acadé- mie des sciences de 1692 à 1707, Tournefort a déterminé les caractères de plusieurs genres de plantes, tels que hydrocharis , menispermum , polygala, mesembryanthe- nmm, camphorosma, myrica, orobanche^ clitoria^ valan- tia, lavatera; il a décrit plusieurs espèces de champi- gnons, indiqué leur culture et traité de la fonction des vaisseaux dans certaines plantes. Robert Brown a consacré à la mémoire de Tournefort le genre tourneforlia^ de la famille des borraginées. Système de Tournefort. La classification qui porte le nom de Tournefort a ré- gné dans la science pendant près d'un siècle. A l'exemple des anciens, l'auteur commence par distribuer tout le règne végétal en herbes et en arbres. Considérant ensuite la fleur, il en isole la corolle, pour diviser toutes les plantes (herbes et arbres) en celles qui ont des pétales {pétalées) et celles qui n'en ont point [apétales). Les péta- lées, simples ou composées, sont subdivisées en mono- pétales^ de forme régulière ou de forme irrégulière, et en dolypétaleSy également de forme régulière ou irrégulière. TEMPS MODERNES. 179 Il est ainsi parvenu à créer vingt-deux classes, aont voici le tableau : il il.Campaniforme.i. \régulières . Jll. Infundioulifor- monopétales/ (,^ | mes. j. , ,.- III. Personnées. IV. Cruciformei. i ou Vvi. Hosacées. ) /régulières J^^^' Ombelliféreu . f 1 ° ' jVIII. Caryophyl • ou f . / ou / ^^^*- \polypétales.\ °" fiX. Liliacées. irrégulières. l^- Papitionacécs. \ ° IXI. Anomales. (XII. Flosculeuses. composées ^"'- Demi-lloscu- "^ • ) leuses. 1 (XIV. Radiées. f (XV. il élamines. ,„ I apétales ^^^i; ^«"^ ^'T'" 'U \ '^ IXVII. Sans fleurs \ ni fruits. (XVIII. Apétales ^[Arbres, apétales S?""' à ( ^jj (xiX. .4merîtocees. 'fleurs.' (monopétales XX. Monopétales. 'pétalées ! °^ t régulières.. i XXI. Rosacées. "' jpolypétales.] ou JXXII, Papiliona- [ (irrégulières. ( cées. C'est avec raison qu'on a reproché à l'auteur de ce système d'avoir exagéré la valeur taxonomique de la co- rolle ^ Considérée dans ses modifications principales, la corolle ne peut, en effet, fournir qu'un petit nombre de classes, tandis qu'elle peut en donner un nombre indéfini, si on la considère dans ses modifications accessoires. C'est ce que Tournefort a senti lui-même, en créant sa onzième classe, les anomales.^ pour y faire entrer les corolles qui s'éloignaient des formes les plus tranchées. Les affinités naturelles devaient également souffrir de la séparation des plantes herbacées d'avec les plantes ligneuses. Malgré ces défauts, il faut reconnaître l'excellence de l'établisse- 1. Ce reproche lui avait été déjà directement adressé par Ray, comme le montre la lettre de Tournefort à Sherard {De optima me- thodo instituendain re herbaria; Paris, 1697, in-8°) 180 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. ment primordial des Labiées, des Crucifères, des Lilia- cées, des Ombellifères, des Papilionacées, conservé jus- qu'à nos jours sous le nom de familles naturelles. Les classes sont subdivisées en espèces et en genres, la plupart très-bien caractérisés. Plus de 130 genres, établis par Tournefort, ont été conservés par les botanistes, si avides de changement. Dans ses descriptions il distingue nettement les espèces des variétés, en montrant l'incon- stance de certains caractères. En voyant avec quelle exactitude les planches (gravées sur les dessins d'Aubriet), qui accompagnent ses Eléments de botanique, où se trouve exposée sa méthode de classification, reproduisent les parties les plus mystérieuses de la fleur et du fruit, on s'étonne que Tournefort ne soit pas Barvenu à saisir le phénomène de la fécondation. Botanistes anatomistes et physiologistes L'invention du microscope poussa les esprits vers l'étude des organes et des mouvements de la vie, tant animale que végétale, pendant que la fondation des socié- tés savantes, telles que l'Académie des Lyncei en Italie, la Société des Curieux de la Nature en Allemagne, l'Aca- démie des sciences à Paris, la Société royale de Lon- dres, faisait d§ plus en plus généraliser la méthode ex- périmentale. Mais déjà avant l'emploi du microscope on rencontre les indices d'une importante éclosion d'idées et de faits nouveaux. Ainsi, un médecin de Venise, Joseph Aromatari (né vers 1586, mort en 1660), dans une lettre De generatione pkmtarum ex seminibus, adressée à Barthélémy Nanti, signala l'embryon de la graine comme le végétal en rai- TEMPS MODERNES. 181 mature, et regarda la matière (amidon, huile, etc.) qui entoure l'embryon comme l'analogue de l'albumine de l'œuf ^ Les principes établis dans cette lettre, qui annonce en même temps un ouvrage, resté inachevé, sur la génération, furent adoptés par Harvey, qui les déve- loppa. Thomas Brown^ dans ses Enquirks inlo the vu'igar errors (Lond., 1650, in-fol. ), fit le premier ressortir la fréquence du nombre cinq dans les graines et les divi- sions des enveloppes florales. Le chevalier Digby, May or ^ R. Boyle signalèrent l'intervention de l'air nitro-aérien (oxygène) dans les phénomènes de la germination, de la végétation et de la respiration. Christophe Merret pu- blia dans le premier volume des Mémoires de la Société royale de Londres, dont il fut un des premiers membres, diverses expériences sur l'absorption de l'humidité de l'air par les végétaux. A l'aide du microscope, Nath. Henshatu découvrit, sui- vant Birch {Hist. soc. migl., I, 37), les vaisseaux respira- toires (trachées) dans le noyer; R. Hooke examina la couche subéreuse de l'écorce, les sporules des mousses, et les vaisseaux laticifères, qu'il croyait faussement, comme les veines des animaux, garnis de valvules à l'intérieur. Le roi Charles II ayant chargé la Société royale de Londres de lui expliquer les mouvements de la sensitive, l'opi- nion fut partagée : les uns en trouvaient la cause dans un effluve subtil, les autres, et de ce nombre étaient Hooke et Verduc, dans la structure fibrillaire de la plante. Adrien Spicgel (né en 1578 à Bruxelles, mort en 1625, professeur à Padoue) traita dans son Isagoges in rr.m hcv bariam libri II (Padoue, 1606, in-4'', Leyde (Elzevi)' 1. Cette lettre, très-rare^ parut pour la première fois clans une dis- sertation d'Aromatari sur la rage (Diss. de rabie; Venise, 1625, in-4'). Elle a été réimprimée à la suite des Opuscules botanico -physique.-; le Jung (Cubourg, 1747, in-4°). 182 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. 1633, in-32) des différentes parties des plantes, sans en- tier dans l'examen de leur structure intime. Cet aperçu organographique est suivi de la description d'un certain nombre d'espèces végétales à la distribution desquelles n'a présidé aucun principe général de classifi- cation. Ainsi l'auteur commence par l'orcliis [satyriam) ; de là il passe au trèfle {trifolium)^ genre dans lequel il range le citise, le mélilot, beaucoup d'autres plantes dont les feuilles se composent de trois folioles. Il réunit dans un même groupe la chicorée, la laitue, la chondrille et l'épervière [liieracium). Il place les choux [brassica] à côté des joncs et des prêles [equisetum). Sous le nom de li- num, il comprend à la fois le lin, la linaire et l'euphorbe; sous celui d'ortie [urtica], il comprend des espèces très- différentes, telles que les orties proprement dites, plu- sieurs labiées (les lamium et le calament) et le galeopsis. Après les verbascum (moUène, bouillon blanc) viennent les graminées: les unes (les graminées fourragères), sous le nom général de gramen; les autres, telles que les cé- réales, sous celui de frumentum^ milium^ panicum. Les euphorbes sont comprises sous la dénomination générale de tithymalus. Par le nom de violx sont désignées non- seulement les violettes, mais plusieurs liliacées et di- verses campanules. En parlant des œillets, l'auteur ex- plique l'origine de leur nom de caryophyllam, appliqué depuis à toute une famille de plantes (caryophyllées).« Ce nom vient, dit-il, de ce que l'œillet ressemble, par son calice couronné, par sa corolle épanouie, à l'épice qui, sous le nom de clou de girofle {caryophylli fructus), nous vient de l'Inde. Le chapitre qui traite du narcisse est imc histoire complète du narcissus des anciens. Il en est de même du chapitre de l'anémone, de la jacinthe, du pavot, du concombre {cucumis). Cette intéressante description de nos plantes communes se termine par le chapitre qui traite du pois, de la fève, du lupin; de l'orobe, de la len- tille, et d'autres plantes désignées sous la dénomination I TEMPS MODERNES. 153 générale de legumlna, d'où le nom de Légumineuses ap- pliqué à toute la famille. Dans ce même livre, qui est une véritable introduction à la botanique, Spiegel a donné, l'un des premiers, des indications pratiques à l'usage des herborisants. Pour fa- ciliter la connaissance des plantes, il insiste avec raison sur la nécessité de choisir dans chaque genre une espèce type, qu'il nomme species média ^ comme expression d'une moyenne. Il fournit aussi des préceptes utiles sur la ma- nière de dessécher les plantes et de préparer des her- biers, qu'il appelle hortihyemales^ jardins d'hiver, comme étant propres à remplacer, pour l'étude, les plantes qui fleurissent pendant la belle saison. Il décrit aussi un pro- cédé très-commode pour les personnes qui ne savent pas dessiner. Ce procédé consiste à enduire d'encre d'impri- merie une planchette lisse, d'y appliquer la plante, verte ou desséchée, et à porter la plante, ainsi imbibée d'en- cre, sur le papier qui doit en recevoir l'image. La pression exercée avec la main ou avec une étoffe achève le calque. — L'auteur recommande aussi de faire des expériences répétées sur l'action des végétaux, employés soit comme aliments, soit comme médicaments. Il raconte, à ce sujet, l'histoire d'un cultivateur qui s'était empoisonné en mêlant à une salade de laitue des fleurs d'une espèce de thlaspi, et il montre comment les mêmes plantes n'agissent pas de la même façon sur des personnes diflérentes. — L'ou- vrage se termine par le catalogue des plantes qui étaient, en 1633, cultivées dans le jardin académique de Leyde. Parmi ces plantes, au nombre d'environ onze cents, il y a plusieurs espèces d'Amérique, particulièrement du Pé- rou, du Mexique, de la Virginie, alors récemment intro- duites en Europe. Grew et Malpighi sont les véritables fondateurs de l'anatomie et de la physiologie des plantes. Un mot sur la vie et les travaux de ces deux grands observateurs Néhémie Grtw (né veis 1628 à Goventry, mort à Lon- 184 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. cires en 1711), élevé dans le presbytérianisme, pour- suivit, depuis la restauration de Charles II, ses études à l'étranger. Reçu docteur en médecine, il vint s'établir dans sa ville natale. C'est là qu'il commença, vers 1664, ses recherches sur l'anatomie et la physiologie dès plan- tes. Il y avait été encouragé par le docteur Sampson, lui montrant un passage du traité de Glisson, De Eepate, où l'auteur indique la phytotomie (anatomie végétale"" comme un sujet encore inexploré et propre à éclaircir le traitement des maladies. En 1662, Grew vint se fixer à Londres, et devint, peu de temps après, membre de la Société royale, à laquelle il avait communiqué, dès 1670, son premier essai sur l'anatomie des plantes, sous le titre de Idea on philosophical History of Plants (imprimé en 1673, in-12, aux frais de la Société royale de Londres). D'autres essais, publiés depuis, furent par la suite réunis en un volume in-folio; ils forment le célèbre ouvrage de Grcw, The Anatomy o/P/miïs; Londres, 1682, avec 83 plan- ches. La traduction française en fut faite sous les yeux de l'auteur, qui en fît lui-même les corrections et les ad- ditions ; elle parut par les soins de Le Vasseur, Paris. 1679, in-12. Suivant l'ordre d'évolution du végétal , Grew com- mence par l'étude de l'embryon et finit par celle du fruit. Pour ne pas se perdre dans des généralités abstraites, il prend, pour la désigner, une graine à la portée de tous, la grosse fève des marais. Dans la pellicule extérieure, fa- cile à séparer quand la fève n'est pas desséchée, il signale d'abord une ouverture située à l'une des extrémités de la graine et correspondant à ce que Grew appelle la radicule (mot depuis universellement adopté) de l'embryon : c'est l'indice de la base de la graine. Cette ouverture (qui a été plus tard appelée micropyle par Tui'pin) varie beau- coup de grandeur. « Il y a des graines où, fait observer Grew, elle est si petite qu'il est très-difficile de l'apercevoir sans l'aide du I TEMPS MODERNES. 185 microscope, et dans quelques-unes il faut, pour la découvrir, couper une partie de la graine même, qui autrement en empêcherait la vue. 3) Le choix que l'auteur avait fait de la fève des marais, était très-heu- reux. Non-seulement toutes les parties inté- rieures qu'il voulait étudier, s'y trouvent gros sies, mais il lui était facile de montrer que la peau ou pellicule, appelée plus tard épisperme, (fui recouvre la graine se compose manifeste- ment de deux membranes : l'une extérieure, dure, qui reçut de Gœrtner le nom -de testa; ^ l'autre intérieure, plus mince, qu'on appelle aujourd'hui tcgmen ou endoplèvre. Grew ne donna pas de nom particulier à ce qu'on ap- pelle le hile ou ombilic [h de la fig. 1), « endroit où se rompt le pédicule auquel la gi'aine est attachée.» Mais il eut soin de faire remarquer que l'ouverture signalée, le micropyle [m de la fig. 1) peut se trouver dans des points différents, plus ou moins éloignés du hile, mais toujours correspondant à la radicule. Il distingua nettement l'em- bryon proprement dit du corps de la graine, corps amy- lacé, huileux, qu'on est depuis convenu d'appeler ïa- mande. Il indiqua, outre la radicule , ce qu'il nomme la plume (plumule), partie qui fait suite à la radicule et forme, par son développement, la tige de la plante; «elle se divise, dit-il, au sommet en plusieurs branches, de sorte qu'elle ressemble à un petit bouquet de plumes, et c'est pour cela que je lui donne, dit l'auteur, le nom de plume. » On voit que Grew réunissait sous un même nom la ti- gelle et la gemmule, parties qui furent distinguées par la suite. Le même auteur a fait aussi le premier connaître la véritable nature des fleurs composées, dont les centres jaunes ou cœurs- fleuris^ comme on les appelait alors, étaient pris pour des étamines. « Les cœurs-fleuris, comme ceux des soucis, des fleurs de tanaisie, sontordinai- 186 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. rement, ait-il, appelés étamînes, parce qu'on les voit com- posés de filets simples, quasi stamina; mais les observa- tions que j'ai faites m'ont persuadé qu'ils ne sont pas bien nommés, car quelque différentes que soient les véritables étamines de diverses fleurs, les prétendues étamines des cœurs-fleuris (capitules) qui ce paraissent être que de simples filets, sont chacune composées de deux ou de plu- sieurs parties différentes et qui ont toutes des figures de petites fleurs : c'est pour cela que je les appelle fleurons.^:' Il fallut attendre jusqu'au dix-septième siècle de notre ère pour apprendre à distinguer ce qui aurait du sauter aux yeux de tous les passants depuis l'apparition de l'homme sur le globe terrestre. Preuve nouvelle que l'œil du corps est fort peu de chose sans le concours de l'œil, si lentement développé, de l'esprit. Marcel Malpighi avait pris l'anatomie microscopique pour objet de presque tous ses travaux. Né en 1628 à Grevalcuore dans le Bolonais, il perdit de bonne heure ses pai^ents et fut longtemps indécis sur le choix d'une carrière. D'après le conseil de son professeur de phi- losophie, Fr. Natalis, il se mit à étudier la médecine à Bologne. Ce fut là que se développa son goi^it pour l'ana- tomie, sous la direction des professeurs Massari etMariano. Reçu docteur en 1653, il passa, comme professeur, do l'université de Bologne à celle de Pise, où il se lia d'a- mitié avec Borelli ; mais l'air vif de Pise ayant été con- traire à sa santé, il revint bientôt à Bologne reprendre son ancien poste. C'est là qu'il publia son premier ou- vrage sur la structure des poumons [De pulmonibus obser- vationes anatomicse; Bologne, 1661, in-fol.). En 1662, il accepta une place de professeur à Messine, et en 1691 on le voit à Rome occuper le poste de j)remier médecin d'Innocent XII. Il y mourut trois ans après, à l'âge de soixante-sept ans. Pour honorer la mémoire de Malpighi, Linné a établi le genre malpighia comme type de la fa- mille des malpighiacées. TEMPS MODERNES. 187 En 1675, Malpighi avait dédié à la Société royale de Londres, dont il était membre depuis 1669, un travai important, sur l'anatomie microscopique des plantes : Anatome plantarum^ Londres, 1675, in-fol., ouvrage con- tenant 54 planches sur cuivre, et suivi, en guise d'ap- pendice, de l'anatomie du poussin [De ovo incubato)^ le tout magnifiqLiement imprimé aux frais et par ordre de îa Société royale. L'auteur commence ses recherches par le tissu cellulaire qui entre dans la constitution de tous les végétaux, et en forme quelquefois des parties entières. En l'examinant au microscope, il montre ce tissu com- posé de vésicules de forme variable, auxquels il donna le premier le nom d'utricules (utricitli). C'est pourquoi on appelle aussi le tissu cellulaire tisiu utriculaire. Gomme démonstration, il choisit d'abord l'épiderme du maïs, et en fit le dessin que voici (fig. 2). Puis, il observa le même tissu sur l'é- piderme du poirier, de la chicorée, de l'ache, du chanvre, du saule, du peu- plier, etc. Il fit voir que les utricules que ce tissu présente sont soudées entre elles par une substance intercellulaire, qui a depuis reçu le nom de cysloblastème. Cette structure, signalée pour la première fois par Malpighi, a été parfaitement mise en lumière par des observateurs plus récents, notamment par Sprengel, Linck, Dutrochet, etc. Pour séparer la matière soudante des utricules soudées, il suffit de faire bouillir le tissu cellulaire pendant quelques minutes dans de l'eau. La moelle des plantes n'est formée que de tissu utriculaire. ! Malpighi comprenait sous le nom de réseau fibreux, relei fibrosum, tout à la fois le tissu utriculaire et le tissu fibreux proprement dit, qui n'est en effet qu'une modification 188 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. du premier. Cependant dans ses dessins, particulièrement dans celui qui représente (tab. IV, fig. 19 de VAnatomc •plantarum) une portion de la surface d'une tige de ronce décortiquée, il indique (voyez fig. 3) les cellules allongées et obliques à leurs extrémités, qu'on donne comme ca- ractéristiques pour distinguer le tissu utriculaire du tissu fibreux. Il fut aussi le premier à signaler l'analogie de struc- ture et de fonction de certains vaisseaux de plantes avec les vésicules pulmonaires {vesiculi pulmoiians) des in- sectes, et il leur donna le nom de trachées; mais il les représenta assez mal, comme le montre la figure ci- dessous (fig. 4), empruntée à son ouvrage. Malpighi admettait l'élasticité des lames spirales qui composent les trachées, et môme la possibilité de se di- later et de se contracter alternativement pendant la res- piration. Il en montra la présence dans l'écorce aussi bien que dans les fleurs. Quant aux différentes espèces de vais- seaux que le microscope a fait découvrir dans les plan- tes, il règne encore beaucoup d'obscurité dans les des- criptions et dessins du célèbre phytotomiste. TEMPS MODERNES. 189 Les recherches de Malpighi sur la germination sont classiques. Les termes qu'il emploie, presque tous adoptés depuis, montrent l'analogie qui existe entre l'em- hryon qui se développe dans la graine, et l'embryon qui se développe dans la matrice. Les mots d' ombilic, de cordon ombilical, de seconcline, àe péricarpe, etc., sont de sa création, La fleur, par laquelle il entendait le calice et la corolle, ne fait que protéger, suivant lui, l'em- bryon naissant. Uétamine, qu'il représente comme étant composée du filet {petiolus) terminé par l'anthère, sorte de capsule (capsula), ne devait servir qu'à l'élaboration et à la dépuration des humeurs du végétal. Les dessins qu'il donne des grains du pollen, contenus dans les loges [loculi] de l'anthère, ne sont pas d'une parfaite exactitude microscopique. Le style, à sommet plus ou moins élargi, n'était également pour lui qu'un organe ac- cessoire de l'ovaire. Grew et Malpighi, bien que personne n'ait poussé aussi loin qu'eux l'anatomie et la physiologie végétale, n'avaient pas encore des idées bien nettes sur le sexe des plantes. Cependant on ne manquait pas d'indices sur l'existence de ces organes. Ainsi, en 1604, Adam Zalu- zanius traita du sexe des plantes dans Methodiis herbaria (Francf., in-4°). 11 affirme que la plupart des plantes sont hermaphrodites ou androgynes (les deux sexes réunis dans une même fleur), et que quelques-unes seulement ont les deux sexes séparés. Jacques Robert, directeur du jardin d'Oxford, avait fait, en 1681, d'accord avec Grrew, des expériences sur le compagnon blanc [lychnis dioïca, L.), plante très- commune dans nos climats. Il en était résulté ce fait , que les ovules des fleurs de la tige fructifère avortent ou demeurent stériles, s'ils ne se trouvent pas en contact avec les anthères ou sachets polliniques des fleurs de la tige staminifère. Sherard, Blair, Ray urent connaissance de ce fait important; et dès 1686 190 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. on voit Ray s'étendre sur la fonction fécondante des an- thères*. Rodolphe-Jacques Camemms (néàTubingue en 1665, mort en 1721), de la même famille que Joachim Game- rarius , dont nous avons parlé plus haut, alla plus loin dans cette voie. Dans une lettre adressée en 1694 à Va- lentin^, il fit voir que les graines sont impropres à la reproduction lorsqu'elles viennent de fleurs qui ont été dépouillées de leurs étamines. Il avait fait des expérien- ces sur le chanvre, dont les graines ne germaient point quand il n'y avait pas de tiges à fleurs staminifères. Après Grrew et Malpighi, Leeuwenhoek (né en 1632, mort en 1723) examina soigneusement au microscope le tissu cellulaire et les différentes transformations de ce tissu. Il nia les différences sexuelles des plantes, aperçut les conduits intercellulaires, trouva des trachées dans le tronc même des arbres et signala le premier les vaisseaux ponctués, rayés, etc., que les phytotomistes de notre épo- que ont fait particulièrement connaître. La physiologie végétale eut pour promoteurs Claude Perrault, Dodart, Mariotte, etc. Claude Perrault (né en 1613, mort en 1688), aussi bon anatomiste qu'architecte, comprit, l'un des premiers, la nécessité d'admettre une circulation de la sève dans les plantes. La racine remplissait, suivant lui, les fonctions du cœur, aspirant les sucs de la terre [sève ascendante) pour les faire en partie évaporer par les feuilles qu'il sup- posait aider la maturation des fruits. Mais la plus grande partie des sucs absorbés par les racines devait redescen- dre [sève descendante) en passant entre l'écorce et le bois. Pour le démontrer, il fit, expérience souvent répétée de- puis, une forte ligature autour d'un arbre,' et constata, 1. Eist. plant., t. I, p. 17. 2. De sexuplantarum Epistola; Tubing., 1694, in-4°, inséré dans les Miscellan, nat. Cur., decad. III; réimprimé en 1749. TEMPS MODERNES. 191 au bout de quelque temps, une intumescence marquée de l'écorce au-dessus de l'étranglement artificiel*, Denis Dodart (né en 1634, mort en 1707), auteur d'un grand nomJire de notices scientifiques, notamment de la Préface des mémoires pour servir à l'histoire des plantes^ publiés en 1660 par l'Académie des sciences, essaya de résoudre des questions d'un vif intérêt. Pourquoi la tige, demandait-il, tend-elle toujours à s'élever? Pour répondre à cette question, il fit interve- nir l'action des rayons solaires, agissant sur les fibres et les sucs de la tige autrement que sur ceux de la ra- cine^. Le premier il considéra le végétal comme un être collectif, composé d'une multitude de germes ou de bour- geons, dont chacun est capable de produire un individu. Il calcula ainsi qu'un ormeau de taille moyenne peut produire au moins 1584 millions de germes. Édme Mariotte (mort en 1684) publia, en 1679, sous forme d'une lettre adressée à Lantin, conseiller au parle- ment de Bourgogne, un Essay de la végétation des plantes. Il y traite particulièrement de la composition des plantes d'après les idées chimiques d'alors. Mais on y rencontre aussi quelques considérations de physiologie végétale fort intéressantes. Ainsi, par exemple, il explique l'ascension de la sève par la loi de la capillarité; « car partout, dit-il, où il y a des tuyaux très-étroits qui touchent l'eau, celle- ci y entre et même elle y monte contre sa pente naturelle. » Il observa aussi le premier que le suc coloré des plantes circule dans des vaisseaux différents de ceux qui contien- nent la sève ou suc incolore. Les poils dont certaines plantes sont couvertes, il les considérait comme destinés à sucer la rosée et la pluie, parce que les herbes aqua- tiques en sont dépourvues. Pour savoir comment se fait la maturation des fruits et des graines, Mariotte n'hésite 1. Essais de physique, 4 vol. in-12 (Paris, 1680-1688). 2. Mém. de l'Acad. des sciences, année 1700, p. 78. 192 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. pas à reconnaître « c[u'il faut remarquer et considérer beaucoup de choses. » Aussi sa théorie laisse-t-elle beau- coup à désirer. Paul Reneaulme, médecin de Blois, émit, au commen- cement du dix-septième siècle, l'idée que la fonction des feuilles consiste à absorber l'humidité et l'air pour éla- borer la séve^ Daniel Coxe communiqua à la Société royale de Lon- dres des observations sur l'ascension de la sève entre l'é- corce et le bois. Dedii^ médecin de Montpellier, traita, dans son livre De Vâme des plantes (Leyde, 1685, in- 12), une question déjà soulevée par les anciens et reprise de nos jours. Il croyait à la génération spontanée, comme Boccone et Triumfetti, auteur des Obscrvaliones de ortu el vegeta- tiom plantarum; Rome, 1685,in-4°. Botanistes voyageurs. Le Mexique, le Pérou, le Brésil sont les premières ré- gions qui, peu de temps après la découverte du Nouveau- Monde, aient été explorées par des naturalistes, témoins Hernandez, Pison, Margraff, etc., dont nous avons parlé plus haut. Ce fut bientôt le tour de l'Amérique septen- trionale, où quelques Anglais, sous la conduite de William Penn, fondèrent, en 1682, sur les bords de la Delaware, la ville de Philadelphie. 1. Ce même médecin avait imaginé de donner des noms grecs aux plantes décrites dans son Spécimen hintori ,r -plantarum ; Paris, 1611, in-4". Ainsi, il appelle le lilas xaAoêÔTpuxtç (belle-grappe), la gentiane asclépias, oauvaxecpav/) (plante à couronne velue). TEMPS MODERNES. 193 Jean Banister (mort vers 1689) s'était fixé au sud de la Delaware, dans une contrée d'un climat doux, où avaient été ci'éés les premiers établissements européens, en 1584, sous le règne d'Elisabeth, contrée littorale qui reçut, en l'honneur de cette reine célibataire, le nom de Virginie. Il y passa son temps à collectionner les plantes et les insectes les plus curieux, à les décrire et à en dessiner une grande partie. Il envoya, en 1680, un catalogue des plantes de la Virginie à J. Ray, qui le publia dans le t. II, p. 1928, de son ouvrage. Un jour, gravissant un rocher escarpé pour y aller chercher une plante, le pied lui glissa, et il tomba dans un précipice où il se fracassa la tête. L'her- bier de Banister tomba dans les mains de Sloane. Pour honorer la mémoire de ce martyr de la science, Houstoii établit le genre banistera. Hans Sloane (né en 1660 en Irlande, mort en 1753 à Ghelsea) accompagna en 1687, comme médecin, le duc d'Albemarle, qui venait d'être nommé gouverneur de la Jamaïque. Il profita du séjour d'un an dans cette île pour en étudier la flore, et en rapporter en Angleterre quatre- vingts espèces. Il publia le résultat de son travail sous le titre de : Catalogus plantorum qux in insula Jamaica sponte proveniunt vel vulgo coluntur; Lond., 1696, in-B». Il avait aussi exploré l'île de Madère, les Barbades, etc., comme le montre son ouvrage, devenu très-rare, in- titulé : Voyage ta the islands Madera, Barbadoes, Chrlsto- pher, etc., Lond., 1707-1725, 2 vol. in-fol., avec 274 plan- ches. Parmi les plantes pour la première fois décrites par Sloane, et cpii, en 1688, passaient encore pour nouvelles, on remarque : Justicia nilida et /. coniata, ipomœa viola- cea et i. parviflora, jacquinia armillaris, sophora occiden- talis, melastoma argenteum^ clethra tinifoUa^ rubus jamai- ceîisis^ ériger on jamaicense., aristolochia odoratissima, bé- gonia acutifolia, juniperus virginiana, pteris heterophylla, etc. — Sloane fit un des premiers connaître les fougères arborescentes des régions tropicales. Collaborateur de J. 13 194 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. Ray, il fut nommé, après la mort de Newton, en 1727, président de la Société royale de Londres. A l'âge de quatre-vingts ans, il se démit de toutes ses places pour se retirer à Ghelsea, où il mourut à quatre-vingt-treize ans. Charles Plumier (né à Marseille en 1648, mort en 1704 au port de Sainte-Marie, près Cadix). Entré de bonne heure dans l'ordre des Minimes, instruit dans la botani- que par Boccone et Tournefort, il accompagna, en 1689, Surian dans les Antilles françaises, pour étudier les pro- ductions naturelles de ces îles. Une pension et le titre de botaniste du roi furent la récompense de son zèle. Par ordre de Louis XIV, il visita encore deux fois l'Amérique, en 1693 et 1695, et fit des courses multipliées dans l'île de Saint-Domingue et sur la côte méridionale du Mexique. Chargé de l'étude des meilleures espèces de quinquina, il allait s'embarquer de nouveau, lorsqu'il mourut d'une fluxion de poitrine, à l'âge de cinquante-six ans. On se fait difficilement une idée de l'activité prodi- gieuse déployée par Plumier pendant une vie relalivement bien courte. Outre ses ouvrages imprimés [Descriptions des plantes de l' Amérique, Paris, 1693, in-fol., avec 108 planches; Nova plantarum americanarum gênera, Paris, 1703, in-4°, avec 40 pi., supplément aux Institutions de Tournefort; Traité des fougères de l'Amérique^ 1705, in- fol., avec 172 pi.; Plantarwn americanarum fascic. X, ou- vrage posthume, édité parBurmann, à Amsterdam, 1755- 1760, in-fol., avec 262 planches), il a laissé de nombreux manuscrits, dont une partie (22 vol. in-fol.) se conserve à la Bibliothèque nationale et au Muséum d'histoire na- turelle de Paris; d'autres ont été dispersés en Hollande et en Allemagne ; plusieurs ont été perdus. Dessinateur aussi habile que fécond, il fit, au simple trait, un grand nombre de figures de plantes et d'animaux. Le nombre de ces figures, d'une rare exactitude, s'élève à près de 6000 dans le catalogue du P. Feuillet. La plupart des genres, établis par Plumier et presque tous dédiés à des TEMPS MODERNES. 195 botanistes ou voyageurs de mérite, ont été conservés par Linné et ses successeurs. Parmi ces genres nous cite- rons : Maranta, cardia, lonicera, fuchsia, dorstenia, cx- salpinia, etc. Quant aux espèces qu'il a le premier décrites, elles sont trop nombreuses pour être énumérées ici. Louis Feuillet (né en IbôO, mort à Marseille en 1732), de l'ordre des Minimes, joignit la connaissance de l'astro- nomie à celle de la botanique. Il visita dans un premier voyage (de 1703 à 1706) les Antilles et la côte de Caracas; dans un second voyage il parcourut le Chili et le Pérou (de 1709 à 1711). Il en rapporta les matériaux de sou Histoire des plantes médicinales qui sont les plus d'usage aux royaumes du Pérou et du Chili, etc.; Paris, 1714, 3 vol. in-4'', avec planches. On y trouve la description de plusieurs espèces nouvelles. William Dampier (né à East-Coker en 1652, mort en 1710), qui visita comme corsaire les côtes de l'Amérique, les îles de l'océan Pacifique, la Nouvelle-Hollande et les Indes orientales, a décrit, dans sa Relation, un certain nombre de plantes jusqu'alors inconnues, particulière- ment celles de la Nouvelle-Hollande ^ Parmi ces derniè- res nous mentionnerons : metrosideros hispidus, solanum ferox, glycine coccinea, casuarina equisetifolia , banksia olesefolia, lobelia oleœfolia. Dampier est le premier naviga- teur qui nous ait donné quelques renseignements sur la ilore si singulière de la Nouvelle-Hollande, découverte en 1642 par le Hollandais Tasman. Pendant que le Nouveau-Monde était ainsi ouvert aux investigations de la science, les Indes orientales furent explorées par Bontius, Grimm, Rheede, Rumphius; la Chine et le Japon, par Boym, Cloyer, Neuhoff, Ksempfer; ['île deKhusan et les îles Philippines, parCuningham et Ka- mel. Li'île de Madagascar eut Flacourt pour explorateur , 1. NewVoyage round the world, etc. Lond. , 1699, in-8° ; traduit eu français, Rouen, 1715, 5 vol. in-12, avec cartes et figures. 196 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. VÉgyple et l'Afrique boréale lurent visitées par Vesling et Gluyt. L'Asie Mineure fut parcourue par Sherard et Wheler. Les régions même de l'extrême nord, V Islande et le Groenland, furent abordées par suite de cette ardeur d'exploration, qui devait bientôt embrasser tout le globe terrestre. Un mot sur la vie et les travaux de ces voya- geurs. Jacques Bontius^ natif de Leyde, résida, vers le com- mencement du dix-septième siècle, dans les possessions hollandaises des Indes orientales. Il en fit connaître les principales productions employées en médecine, et rec- tifia beaucoup de passages de Garcias ab Horto, d'Acostaet deNicolasMonardes, dans son traité De medicina Indorum libri IV (Leyde, 1642, in-12), réimprimé à la fin de l'ou- vrage de Prosper Alpin, De medicina jEgyptiorum (Paris, 1645, in 4°). Parmi les nouvelles espèces décrites par Bontius, nous citerons: le thé [ihea viridi) , saverrhoa ca~ rumbola, la rose de Chine {hibiscus rosasinensis)^morinda citrifolia^pipcr siriboa, etc. Nicolas Grimm (né en 1641, mort en 1711), médecin de Stockholm, visita, vers la fin du dix-septième siècle, l'Hindoustan, d'où il envoya à l'Académie des Curieux de la Nature les dessins et les descriptions du nepenthes distillatoria^ d'un liseron à racine de salsepareille, et de l'igname {dioscorea saliva)^. Adrien va7i Rheede tôt Draakenstein (mort en 1699) profita de sa haute position de gouverneur général des établissements hollandais de l'Inde pour satisfaire son goût pour la botanique et commencer la publication d'un ouvrage monumental, intitulé Hortus malabaricus. Vour la, mise au jour de cet ouvrage, qui ne fut terminé qu'après la mort du gouverneur (Amsterdam, 1670-1703, 12 vol. in- foL, accompagnés de nombreuses et magnifiques planches), Rheede avait été secondé par Arnold Syen, G. ten Rhyne, [. Ephcincrid. Nat. cur., decad.ll, an. 1 et 3. TEMPS MODERNES. 197 J. Gommelyn, mais surtout par le P. Mathieu de Saint- Joseph, carme napolitain. Missionnaire dans l'Inde depuis plus de trente ans, le P. Mathieu avait recueilli, aidé de ses néophytes, toutes les plantes qui lui paraissaient di- gnes d'être peintes et décrites. Gomme les dessins et les des- criptions du carme missionnaire n'étaient pas tous exempts d'erreur, Rheede chargea Jean Gascarius, missionnaire évangélique en Gochinchine, d'en faire le triage pour choi- sir ce qu'il y avait de plus exact. Parmi les nombreuses espèces végétales qui se trouvent pour la première fois décrites et dessinées dans le Hortus malabaricus^ nous citerons : costus speciosus^ nerium odorum , tradesccmtia malabarica^ celtis orientalis, daphne pohjstachya^ eugenia malaccensis ^ plusieurs espèces de bignonia [b. spathica, chelonoïdes^ indica^ longifolia) ^ avicennia tomentosa, bom- bax nepetophyllwn, etc. G": Eveihard Rumpf (né à Hanau en 1637, mort en 1707), livré au commerce, se rendit dans les Indes orientales et y devint gouverneur des îles Moluques. Au milieu des spendeurs de la florâ tropicale, il se mit à dessiner les plantes qu'il avait sous ses yeux, et bientôt aidé d'un certain nombre de jeunes botanistes, graveurs et descripteurs, il commença, en 1690, un ouvrage m;i- gnifique, qui, après la mort de Rumpf, fut continué et mis au jour par les soins de J. Rurmann, sous le titre de Herbarium amboinense^ Amsterd., 1741-1 751, 7 vol. in- fol. Au nombre des espèces nouvelles qui s'y trouvent dé- crites et figurées, on remarque : amomum echinatum et a. villosum, eugenia javaïiica, bégonia luherosa-, urticanivea, areca spicata, etc. Le Hortus malaharicus et le Herbarium amhoinense for- ment la flore la plus splendideet jusqu'alors la plus com- plète de l'Indoustan et des îles de la Sonde. Michel Boym (mort en 1659), missionnaire polonais de l'ordre des Jésuites, esquissa le premier une flore de la Chine, Flora sinensis, opuscule imprimé à Vienne en 1656 198 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. (traduit en français dans Thevenot) . Il tut suivi dans cette voie par André Cleyer, natif de Gassel, médecin de la Compagnie hollandaise de Batavia. Ses lettres sur la flore de la Chine et du Japon se trouvent dans B. Valentin, His- toria simplicium^ p. 377 et suiv. lia puhlié sous son nom une traduction des quatre livres de Wang-cho-Ho, sur les médicaments simples des Chinois (Spécimen medicinse si- nensis; Francf., 1682). On a aussi de Cleyer des observa- tions sur différentes plantes du Japon, avec des dessins, insérés dans les Éphémérides des Curieux de la Nature. On y remarque, comme espèces nouvelles : ligustrwn ja- ponicum^ evonymus japonicus, vitis japonica, lilium japo- nicum, eury a japonica, broussonetia papyrifera, etc. Jean Neuhof^ dans sa Relation de l'ambassade de la compagnie hollandaise des Indes auprès du premier em- pereur mandchou-tatare de la Chine', donne (p. 319-345) la description et les dessins des principales productions du Céleste-Empire, parmi lesquelles nous signalerons par- ticulièrement le thé ou Tcha, et le smilax china. Les dé- tails dans lesquels il entre relativement à la culture du thé, dont l'usage commençait seulement à s'introduire en Europe, sont très-curieux. Engelbert Kœmpfer (né à Lemgo en 1651, mort en 1716) fut le premier à ouvrir sérieusement le Japon aux investigations des naturalistes européens. D'un irrésistible penchant pour les voyages, il avait déjà parcouru les prin- cipales contrées de l'Europe et visité une partie de l'Asie, lorsqu'il s'embarqua, le 7 mai 1690, comme médecin, à bord du navire de commerce envoyé tous les ans par la Compagnie des Indes néerlandaises aux îles du Japon. Il revint en Europe en 1693, et mourut dans sa ville natale, à l'âge de soixante-cinq ans, après avoir fait paraître les 1. Die Gesandschafft der Ost-Indischen Gesellschaft an den Tarta- rischen Cham, und nunmehr auch Sinischen Keyser , etc. Amsferd., 1669, in-fol., avec de nombreuses figures intercalées dans le texte. 1 TEMPS MODERNES, 199 principaux résultats de ses observations sous le titre à'Amœnitalum exoticarum physico-politico-medicarum fasciculi F, Lemgo, 1712, in-4<', avec gravures. Le cin- quième fascicule contient la description des plantes japo- naises collectionnées par l'auteur et par ses disciples ori- ginaires du Nippon. Les manuscrits laissés par Ksempfer restèrent inédits jusqu'à ce que Hans Sloane les eût ac- quis des héritiers de l'illustre voyageur et en eût ordonné, en partie, la traduction et la publication sous le titre do History of Japon and Siam, ivritten in high deutsch by Engl. Kssmpfer^ and englisfi'd by J. G. Scheuchzer; Lond., 1727, 2 vol. in-fol. Cet ouvrage ne tarda pas à être tra- duit en français par Des Maiseaux, sous le titre à'His- loire naturelle^ civile et ecclésiastique de fenij-iredu Japon, la Haye, 1729, 2 vol. in-fol.; itid., 1731, 3 voL in-12, avec planches et cartes. En appendice se trouvent plu- sieurs extraits des Aniœnilates exoticse. Ce n'est qu'en 1773 qu'il parut en allemand, langue dans laquelle l'au- teur avait primitivement rédigé son travail. Cette version originale (Lemgo, 2 vol. in-4°) est préférable anxiraduc- tions qui l'avaient précédée. L'herbier de Ksempfer est conservé au British Mu- séum. Les noms japonais et les noms latins, inscrits à côté des échantillons de cet herbier, facilitent l'établis- sement de la synonymie botanique. D'après cet herbier et les papiers de Kaempfer, Banks publia, Icônes selectœ plantarum quas in Japonia coUegit et cklineavit Eng. Ksempfer, ex archetypis in museo Britannico asservatis; Lond., 1791, in-fol. (89 planches). Parmi les plantes que Ksempfer a fait le premier connaître, nous citerons : le vernis du Japon [rhus vernix) , aralia japonica, hemero- callis japonica, phytolacca octandra, le néflier du Japon, bignonia catalpa^ aucuba japonica, cupresms japonica, daphne odora, etc. Jacques Cunningham, chirurgien de la compagnie an- glaise des Indes orientales, résida successivement à Êmouï, 200 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. siu' la côte de la Chine, dans l'île de Kliusan, à Pulo- Gondor, collectionna de nombreuses plantes dans ces dif- férentes localités, et les envoya à Ray, à Plukenet et à Petiver, qui les ont décrites et figurées dans leurs ou- vrages. Il a le premier fait connaître la flore de l'île de l'Ascension, dans les Transactions philosophiques de Lon- dres, année 1.699, p. 298 et suiv. Cette flore, si pauvre, se compose de quelques espèces d'euphorbe [euphorbia origanoides^ e. chamœsyce), d'une espèce de liseron [con- volvulus pes caprse), et d'une espèce de sida (s. fœtida). R. Brown a dédié à la mémoire de Gunningham le genre cunninghamia ^ de la famille des Rubiacées. G. Joseph Kamel^ natif de Brûnn en Moravie, résida longtemps aux îles Philippines, comme pharmacien de la société des missionnaires jésuites de Manille. Ce fut de Luçon, principale des îles Philippines, qu'il envoya, à partir de 1693, un grand nombre de plantes à Petiver et à Ray. Ces plantes se trouvent décrites dans l'appendice au t. III de l'Histoire des plantes de Ray [Herbarum alia- rumque stirpium in insula Luzone, Philippinarum prima^ nascentium, a R. P. Georgio Josepho Camelio, observa- tarum et descriptarum Syllabiis) . A côtéd'espèces connues s'en trouvent d'autres, jusqu'alors tout à fait inconnues, telles que bradleya philippica^ illicium anisalum (anis "étoile), etc. Kamel fit le premier connaître la fève de Saint-Ignace, d'où l'on tire la strychnine, et il publia un petit traité des plantes grimpantes de Manille dans les Philosoph. Transact. vol. XXI, p. 88, et vol. XXIV, p. 1709. Linné lui a consacré le genre camélia^ composé de beaux arbustes, originaires du Japon. L'île de Madagascar est une des terres les plus riches eu plantes. Les Français y fondèrent en 1652 les pre- miers établissements de commerce. Etienne de Flacoiirt^ (né à Orléans en 1607, mort en 1660), nommé directeur général de la compagnie de l'Orient, profita de sa posi- tion pour faire explorer l'île de Madagascar, et donna des TEMPS MODERNES. 201 renseignements qui jusqu'à) ors avaient complètement man- qué. Sa Relation de la grande isle de Madagascar (Paris, 1658, in-4 ; i'' édit. ibid., 1661, in-4°) contient un chapi- tre intéressant sur la végétation de cette île. Les figure qui représentent les plantes, sommairement décrites, son de très-petite dimension et d'un dessin tout à fait primi tif. Parmi ces plantes on remarque comme nouvelles : nrychnos spinosa, agathophyllum aromaticum , lirianthum trinervium, humbertm madagascariensis, etc. Flacourt aie premier décrit avec détail, sous le nom indigène à'onra- mitaco, le ncpenthes madagascariensis , plante extrême- ment remarquable par la pointe de sa feuille terminée en un petit cruchon muni de son couvercle,le tout ayant l'ap- parence d'une ileur ou d'un fruit. « C'est, dit-il, une plante qui vient haute de deux coudées, qui porte au bout de ses feuilles, longues d'une paulme, une fleur ou fruit creux, sembhible à un petit vase qui a son couvercle : cela est très-admirable à voir; il y en a de rouges et de jaunes, les jaunes sont les plus grandes. Les habitants de ce pays ont un scrupule de cueillir les fleurs (les petits vases mu- nis de leurs couvercles) , disant que quiconque les cueille en passant il ne manque pas la même journée de pleu- voir, ce que j'ai fait, — et il n'a pas plu pour cela. » L'Héritier a donné le nom de flacourlia ramontcM h un arbrisseau épineux, que Flacourt a le premier fait connaître sous le nom indigène à'alamotou. Auger Cluyt, fils de Clutiits (nom latinisé de Cluyt), premier directeur du jardin botanique de Leyde, fondé en 1577, visita trois fois la côte septentrionale de l'Afrique, et eut le malheur d'être pris et dépouillé par les Bé- douins, des mains desquels il parvint cependant à s'é- chapper ; car en 1631 il fit paraître à Amsterdam son Art d'emballer et d'envoyer au loin les arbres^ les plantes, les fruits et les grains^ et, trois ans après, il publia un traiti Sur la noix de coco des îles Maldives. Jean Vesling, natif de Minden en Westphalie, profes- 202 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. seur à Padoue (né en 1598, mort en 1649), visita l'E- gypte sur les traces de Prosper Alpin. Son ouvrage De plantis j.'Egypti observationes (Padoue, 1638, in-4°) contient, parmi les espèces pour la première fois décrites et dessi- nées, le liseron du Caire (convolvulus cairicus), la jus- quiame dorée, momordica luffa^ acacia vera^ etc. L'Asie Mineure fut pour la première fois botanique- ment explorée par William Sherard. Né en 1659 àBushby dans le comté de Leicester, W. Sherard se passionna de J3onne heure pour les excursions botaniques. En 1690, il visita l'île de Gersey, et envoya à J. Ray la liste des plan- tes qui y croissent. Trois ans après, on le trouve à la re- cherche des plantes dans les montagnes du Jura et no- tamment sur le mont Salève près de Genève. lien envoya également le catalogue à J. Ray, qui le publia comme supplément à sa Sylloge stirpium europœarum. Nommé en 1602 consul de Smyrne, il profita de son séjour dans le Levant pour rassembler des échantillons de toutes les plantes de l'Asie Mineure et de l'Archipel, et commencer ce fameux herbier qui passait pour avoir contenu douze mille espèces. Il le légua à l'université d'Oxford, en même temps qu'une somme de 3000 livres sterling pour la créa- tion d'une chaire de botanique, avec la clause expresse que son ami Dillenius l'occuperait le premier. Sherard dé- crivit dans les Transact. Philos, (t. XXXII, p. 147) le sumac vénéneux (rhus toxicodendron) , sous le nom de poison-wood- tree, indiqué par Plukenet sous le nom d'arbor americana alatis foliis. Il fut aussi l'éditeur du Paradisus batavus de P. Hermann, et probablement l'auteur du petit catalogue du Jardin des plantes à Paris, intitulé Schola botanica, sive calalogas pianlarum, quas ab aliquot annisin Horto Re- gio Parisiensi studiosis indigitavit vir clarissimus Joseph Pilton Tournefort, etc. Edente in lucem S. W. A. (She- rard William Anglus), suivi an Prodromus ParadisiBatavi de P. Hermann, Amsterd., 1699, in-18. — Dillenius, dans sa Flora Gissensis a donné le nom de Sherard à une TEMPS MODERNES. 203 rubiacée [sherardia arvensis), assez commune dans nos environs, comme dans toute l'Europe centrale. Le Spitzberg et le Groenland furent visités en 1671 par Frédéric Markns^ chirurgien de marine, natif de Ham- bourg. Il publia sa relation sous le titre de Spitzbergsche und Grœnlândische Reisebeschreibung ( Relation d'un voyage au Spitzberg et au Groenland); Hamb., 1675, in-4°, avec planches, ouvrage traduit en italien, en hol- landais, en anglais et en français. On y trouve les pre- mières observations qui aient été faites sur la végétation si pauvre des régions circumpolaires de notre hémisphère. Au milieu de quelques descriptions très-imparfaites, on reconnaît les espèces suivantes , caractéristiques de la zone glaciale : saxifraga nivalis, rammculus glacialis^ r. hyperborseus^ cerastium alpinum, sclix herbacea, co- chlearia groenlandica, etc. LIVRE QUATRIEME PRO&RÈS DE LA BOTANIQUE DEPUIS LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE JUSQU'A NOS JOURS. Dans les siècles précédents, les hommes s'étaient en quelque sorte emparés de la science pour l'accommoder à leurs usages ou se faire valoir par leurs conceptions sys- tématiques. De là la nécessité de l'historien de mettre en relief certaines personnalités pour y rattacher le mouve- ment scientifique. A partir du dix-septième, les obser- vations continuant à s'accumuler, c'est la science qui va s'emparer des hommes, pour les traîner en quelque sorte à sa suite. Là, les personnes doivent s'eifacer devant les résultats de l'observation, qui marquent le besoin de s'i- dentifier de plus en plus avec les mystères de la nature. Ces résultats peuvent se ramener à trois divisions ; nous les nommerons : 1° la Phytonomie, comprenant les systè- mes de classification ou les groupements des plantes, sui- vant certaines lois ou méthodes, par familles, tribus, gen- res et espèces ; 2° la. Phytologie*^ traitant de l'anatômie, de la physiologie, de la morphologie végétales ; 3° la 1. Le mot logos, qui forme la terminaison de beaucoup de noms grécisés, ne signifie pas seulement discours, mais aussi ra/son. Le nom de phytologie est donc bien choisi par nous pour désigner les reclier- ches qui portent sur la structure et les fonctions des plantes, sur la raison des choses. TEMPS MODERNES 205 Pliytographie, ayant pour objet la description des espèces végétales de différents pays du globe, leur culture ou leur acclimatation, et leur distribution géographique. I. Phytonomie. Le système de Tournefort, que nous avons exposé plus haut, mit la discorde parmi les botanistes au commence- ment du dix-huitième siècle ; les uns l'admettaient en cherchant à le perfectionner ; les autres le rejetaient en essayant de le remplacer. Parmi les premiers se fit remar- quer Sébastien Vaillant, et parmi les derniers, Dille- nius. La valeur des organes sexuels comme moyen de classi- fication avait déjà commencé à poindre dans les travaux des prédécesseurs de Linné. Partisan des idées de Jung, de Ray et de Rivin, le médecin H. Burkhard [né en 1676, à Wolfenbûttel, mort en 1738) montra, dans une lettre adressée à Leibniz', qu'il faut chercher le cai-actère na- turel, distinctif, invariable, des plantes, non pas dans la forme des fleurs, comme le voulait Tournefort, ni dans les racines, comme venait de le proposer Ghr. Grakenholz, mais dans les organes de la fécondation et de la fructifi- cation. « Ces organes (étamines et pistils) sont, disait-il, bien plus importants que le calice et la corolle. C'est de là que doit partir toute vraie classification. » Il s'étendit ensuite sur le pollen contenu dans les anthères, décrivit la nature glandulaire du stigmate, propre à recevoir la poussière pollinique, et il fit le premier voir que les grains de pollen, reçus sur le stigmate, passent de là par le style dans l'ovaire. Il observa l'inégalité de longueur des 1. De caractère plantarum naturali, 1702; réimp. à Helmsteedt, 1750, in-12, avec une préface de Heisler. 206 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. étamines dans les crucifères et les labiées (deux étamiues plus courtes sur les six étamines des crucifères et sur les quatre étamines des labiées), il signala la soudure des étamines par leurs filaments dans les malvacées et par leurs anthères dans les composées, enfin il fit ressortir l'importance de ces caractères pour classer les plantes par groupes naturels. Admettant avec Tournefort les deux grandes divisions des végétaux en monocotylédones et en dicotylédones, Hermann Boerhaave (né près de Leyde en 1668, mort en 1738), aussi bon médecin ^ue chimiste et botaniste, les subdivisa, à l'exemple de P. Hermann, en gymnospermes (plantes à graines nues) et en angiospermes (plantes à grai- nes entourées d'enveloppes constituant le fruit). Séb. Vail- lant insista, dans son opuscule Sur la structure des fleurs (Leyde, 1718, in-4°), sur la nécessité de tenir compte des caractères qui affectent les organes sexuels. Il pense que ce n'est pas le pollen lui-même, mais seulement un ef- fluve (spiritus) de la poussière fécondante, qui pénètre jusqu'aux ovules contenus dans l'ovaire. Il rejette la divi- sion des plantes en arbres et en herbes, parce que les fleurs et particulièrement les organes sexuels sont souvent les mômes dans les arbres que dans les herbes. La découverte des animalcules spermatiques par Leu- wenhoek porta quelques botanistes à les assimiler aux granules qui se meuvent (mouvement brownien) dans l'in- térieur des grains de pollen : ces granules mobiles se- raient les embryons tout formés, qui n'auraient ensuite besoin que de se développer dans l'ovaire végétal. C'est ce que S. Morland essaya de démontrer sur plusieurs li- liacées, dont le style creux laisse facilement pénétrer le pollen jusqu'aux ovules de l'ovaire'. Supposant aux ovules un petit orifice par où devait s'introduire le pollen, il crut 1. Acl. Erudit., an. 1705, p. 275. ΣMPS MODERNES. 20? reconnaître le vestige de cet orifice même sur la graine mûre, tout près du hile, orifice déjà signalé par Malpi- ghi [micropyle de Turpin)'. Les observations de Morland furent reprises par Claude- Joseph Ceoy/roy (néàParis en 1685, mort en 1752). Celui ci établit en fait que les anthères, qui ne manquent dans aucune plante, sont toujours disposées de manière à faci- liter la fécondation des ovules par le pollen, et il montra, par des expériences faites sur le maïs, que les ovules ne deviennent de véritables graines qu'après avoir subi le contact du pollen^. Il étendit le système sexuel jusqu'aux champignons, et fut suivi dans cette voie par Ant. Réau- mur. Richard Bradley (mort en 1732, professeur de botani- que à l'université de Cambridge), auteur de VHisturia plantarum succulentarum (Lond., 1716-1727, in-4°), qui contient la première description des différentes espèces de mesembrianthemum ^ s'occupa beaucoup du sexe des plantes. La fécondation se fait, suivant lui, parce que le pollen, de nature cireuse, est magnétiquement attiré par le stigmate. Il montra, par l'examen microscopique, que les grains polliniques de même forme caractérisent des groupes naturels de plantes. Ses connaissances horticoles lui permirent de faire de nombreuses expériences sur la production des variétés par des fécondations de fleurs d'espèces différentes '. L'étude des végétaux qui n'ont pas, en apparence, de système sexuel, fut pour la première fois sérieusement abordée par Dillenius^. Son ouvrage fondamental, //isto/'ta muscorum (Oxf.,1741 , in-i^iavec de nombreuses planches, 1. Annales du Muséum, t. XXXIX, p. 200. 2. Sur la structure et Vusage des principales parties des fleurs; dans les Mém. de TAcad., année 1711. 3. A newimprovementofplanting and gardening; Lond., 1717, in-8. 4. Jean-Jacques DiiieniMs, né à Darmstadt en 1687, étudia la mé- decine à Giessen, et fit, en 1721 , connaître la flore des environs de •208 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE dessinées et gravées par l'auteur), contient plus de cent genres nouveaux, encore aujourd'hui conservés. Il im- porte de noter que Dillenius prend le nom de muscus^ mousse, dans le sens le plus étendu : il décrit sous ce nom non-seulement les mousses proprement dites, mais des plantes qui en ont plus ou moins l'apparence, telles que les conferves, les lichens, les champignons filamen- teux , les' rhizospermes, les lycopodes et les hépati- ques. Ces végétaux, qui reçurent de Linné le nom de crypto- games^ Dillenius les distribue en deux classes : en musci dépourvus de capitules fleuris {capitulis (loridis destituti)^ et en musci pourvus de capitules fleuris. La première classe comprend les conferves [musci non peltés,ni tuber- cules), et les lichens {musci peltés ou tubercules). La se- conde classe se subdivise 1° en musci à capitules dures, polycoques^ ou monocoques, comme dans les jungermnn- nia^\ 2» en musci à capitules mous, comme dans les mar- chantia, dans les bryum, hypnum, polytrichum, etc. Dillenius fut plus de vingt ans à correspondre et à voya- ger pour réunir les matériaux de son HisLoire aes mousses. Linné, qui n'eut pas à s'en louer comme homme, lui a édié le genre type de la famille des dilléniacées. Ce que Dillenius avait fait pour les conferves, les li- chens et les mousses, Scheuchzer, professeur à Zurich (né en 1684, mort en 1737), le tenta pour les graminées, les juncées et les cypéracées. Il insista sur la disposi- tion des épillets, formant des épis ou des panicules, sui- vant qu'ils sont placés sur des axes ramifiés ou sur des axes non ramifiés. Cette distinction lui permit de séparer des genres qui avaient été jusqu'alors confondus. Il fit aussi cette ville. Ayant montré des préférences pour J. Ray, aux dépens de Tournefort et de Rivin, il fut particulièrement apprécié en Angle- terre. Devenu professeur de botanique à Oxford, sur la recommanda- tion de W. Siierard, il y mourut en 1747. 3. Le nom de coque (coccus) est donné ici à la capsule fermée. TEMPS MODERNES. 209 ressortir comme caractère générique l'insertion de l'arête sur le calice commun (glumelie) de l'épillet. Parmi les espèces qui ont été pour la première fois décrites par Scheuchzer dans son A grostographia (Zurich, 1719, in-4°, réédité par Haller, en 1775, in-4°) on remarque : holcus mollis, aira canescens, a. csespitosa^ poàalpi7ia^ p. nemo- ralis, festuca pratensis, bromus arvensis, b. giganteiis y elymus europxus^ etc. Parmi les cypéracées, qui se dis- tinguent des graminées par leur gaîne non fendue, on remarque ; carex brachystachys, c. limosa, c. lobata, c. fœlidrj, etc., et, parmi les juncées, qui se distinguent des graminées et des cypéracées parleurs fruits capsulaires à trois valves, les scirpus cnmpestris, juncus spadiccus^ etc. Scheuchzer eut pour émule Joseph Monti (né à Bologne en 1682, mort en 1760). Dans son Catalogi stirpium agri Bononiensis Prodomus, gramina ac hujus modi afftnia co?7ip^ecfen5(Bolog.,l 719, in-4° avec fig.), Monti, professeur de Bologne, a divisé les graminées en deux classes, en herbes gramini foliée s et. en graminées {gramina) propre- ment dites. Dans la première classe il range les genres triticum^ secale, hordeum.^ oryza, milium^ etc.; la se- conde classe, il la subdivise en loliacées, phalaroïdées, avénacées, arundinacées, etc. Monti a le premier décrit les carex glomeratus et c. serotinus. Micheli a donné le nom de montia à un genre de portulacées. Rejetant la doctrine sexuelle, Jules Pontedera (né à Vi- cence en 1688, mort en 1757), professeur à l'Université de Padoue depuis 1719, essaya, dans son Anthologia sive De floris naturalibrilll (Pad., 1720, in-4''avecpl.), de con- cilier le système de Tournefort avec celui de Rivin, en prenant pour base de ses divisions les fruits, le nombre des pétales et la forme des fleurs. Pontedera soutenait que le pollen ne passe pas par le stigmate, mais que l'humidité des anthères descend, par les filaments, jusqu'à l'ovaire. C'est pourquoi, ajou- tait-il, les étamines adhèrent souvent aux pétales et au U 210 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. tube de la corolle. Le suc mielleux, sécrété par le dis- que, devait servir à faire mûrir les graines. Il n'admet- tait pas que la poussière pollinique pût, dans les plantes dioïques , être transportée sur les ailes du vent, et il expliquait la fécondation des palmiers par des in- sectes qui, s'échappant des fleurs mâles, hâtent, comme dans les figuiers (caprifî cation), la maturation des fruits. Pontedera a mieux mérité de la science par son Corn- pendiurn tabularum ôoïamcarwm (Padoue, 1718, in-4°), sorte de flore de l'Italie cisalpine, qui contient plusieurs espèces nouvelles. Linné lui a dédié le genre pontede- ria^ type de la petite famille des pontédériacées, voisines des iridées. Le système sexuel, attaqué par Pontedera, trouva un défenseur zélé dans le médecin écossais Patrice Blair^ mort à Boston vers 1728. Dans ses Botanical Essays (Lond., 1720, in-S") Blair recommandait de ne pas rejeter légèrement les faits acquis, en cas de doute de les mieux approfondir pour les rectifier, et de s'appliquer à bien caractériser les anciens genres. Il reprochait à Tour- nefort de ne pas avoir nettement distingué les ordres des genres, et, tout en reconnaissant que le pollen est néces- saire pour la fécondation, il ne croyait pas que cette pous- sière fécondante donnât aux ovules leurs embryons. J. Logan fit vers la même époque des expériences sur la fécondation des graines de maïs'. Le système de Rivin fut renouvelé avec quelques modi- fications par J. Ernest Hebcnstreit (né en 1703 à Neustadt sur rOrla, mort à Leipzig; en 1757), dans De, continuanda Rivinorum indmtria (Leipzig, 1726, in-4"). Ce même na- turaliste avait été envoyé par Frédéric- Auguste II, roi de Saxe et de Pologne, pour explorer les États Barbaresques. Il y passa près de deux ans ; mais il ne publia pas les ré- sultats de son voyage. li Philos. Transact. an. 1 736, p. 1 92* TEMPS MODERNES. 211 Le Hongrois G-. Henri Kramer entreprit de concilier Rivin et Tournefort dans son Tentamen novurriy sive me- thodus Rivino-Tournefortiana (Dresde, 1728, in-S"), où les plantes se trouvent classées par mois. Il créa, entre autres, la famille des personnées, d'après la forme de la corolle, et divisa les composées en celles dont les fleurs restent épanouies toute la journée et en celles qui se ferment vers midi. Quant à la doctrine de la fécondation par des organes sexuels, il la traitait d'inepte, d'impudique, d'or- durière, etc. Enfin, parmi les botanistes dont les travaux préparèrent l'avéneraent de Linné, P. Antoine Micheli occupe le pre- mier rang. Né en 1679, à Florence, il devint, en 1706, professeur àPise, et il s'identifia si bien avec sa science fa- vorite, que Sherard le mettait au-dessus de tous les botanis- tes contemporains. Il composa le premier un Gênera plan- tarum, suivant la méthode de Tournefort (Nova plantarum gcnera juxta methodum Tourne fortii disposita; Florence, 1729, in-fol. avec 108 pi.). Il s'occupa avec soin de lare- production des lichens, des champignons et des mousses et créa les genres marsilea, ju7igermannia, linckia, vallis- neria, zannichellia, etc. Dans les graminées, il décrivit le premier la glumellule comme une petite corolle interne dipétale, et il rangea cette famille entre la quatorzième et la quinzième classe de Tournefort. Il indiqua les vrais ca- ractères des genres scirpus, cyperus^ schœnus, eriophorum^ fit une étude approfondie des carex, et décrivit le premier les carex mucronata, c. panicea^ c. pulicaris, c. divulsa^ c. muricata , etc. Il fit connaître presque toutes les espèces àejungermannia^et décrivit, comme espèces nou- velles, parmi les lichens : parmelia plumbea, cetraria islandica ; parmi les champignons et byssus : amanita in- carnata, heivella in fula, marche lia gigas, botrytis simple x et ramosa^ monilia glauca, racodiurn cellare, etc. Les esprits étaient ainsi partagés, lorsque le grand na- turaliste suédois vint fixer l'état de la science. Né le 12 212 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. mai 1707 à Rashult dans le Smoland, Charles Linné re- çut l'instruction élémentaire à l'école de son village, et, ayant montré un goût décidé pour l'histoire naturelle, il fut admis, en 1727, sur la recommandation du docteur Rothmann, à compléter ses études d'abord à l'université de Lund, puis à celle d'Upsal, où il eut pour maîtres et amis 0. Rudbeck, fils de l'auteur des Deliciœ Vallis Jaco- bœae, et 0. Celsius, auteur de VHierobotanicon. Ce fut après la lecture de la lettre de Burckhardt à Leibniz, et du dis- cours de Vaillant sur la structure des fleurs, que Linné conçut, à l'âge de vingt-quatre ans, le plan de sa classi- fication célèbre, fondée sur les considérations tirées des organes sexuels des plantes. Il l'exposa, en 1731, dans VHortus Uplandicus. Ici se présente un événement décisif pour les travaux du jeune naturaliste. Stimulé par l'exemple des rois de Danemark, puissants promoteurs de la flore Scandinave, Charles XI, roi de Suède, ordonna, en 1695, à 0. Rudbeck de faire connaî- tre la végétation de la Laponie. Le savant professeur vi- sita cette région inhospitalière et en rapporta un grand nombre de plantes, la plupart inconnues jusqu'alors. Le premier volume venait de paraître, lorsque tout le tirage du volume et les matériaux de tout le reste de l'ouvrage, qui devait avoir sept volumes, furent détruits dans le fu- meux incendie d'Upsal, en 1702. Cependant le projet d'une exploration scientifique de la Laponie n'avait pas été aban- donné. La Société royale des sciences de Suède chargea Linné de le réaliser. Le 13 mai 1732, Linné partit d'Up- sal, ne portant avec lui que deux chemises, un portefeuille contenant du papier et des plumes, et un bâton sur le- quel étaient marquées des mesures. Il se dirigea versl'An- germannland, et faillit être tué par un quartier de roche qu'un guide fit maladroitement rouler sur lui pendant qu'il escaladait le mont Skula. A Uméa, on lui présenta le voyage de Laponie comme plein de périls à cette épo- que de l'année. Mais rien ne put le décourager. Il attei- TEMPS MODERNES. 213 gniL bientôt Lyksela, traversa à la nage le fleuve Jukta, franchit la Pithoa et la Luloa, passa les Alpes laponnes^ parcourut la Finmark, visita Torneo, Abo, les îles d'Aa- land et fut de retour à Upsal en novembre de la même année. Ce voyage, exécuté avec des moyens presque nuls, et si important par ses résultats scientifiques, nous monti-e Linné bravant les dangers, toujours préoccupé d'observer la nature et faisant éclater une joie d'enfant à chaque dé- couverte d'une plante inconnue. Aussitôt après son re- tour, il publia, dans les Actes de la Société royale de Suède, le Prodrome de la flore laponne, et fit, plus tard, paraître l'ensemble de son travail sous le titre àe Flora lapponica, exhibens plantas per Lapponiam crescen tes, etc., Amsterd., 1737, in-8°. Parmi les espèces nouvelles qui y sont dé- crites et figurées , on remarque : pinguicola alpina, p. villosa, azalea lapponica, andromeda hypnoides, erica cxrulea, lychnis apelala , ranunculus lapponicus, pedi- cularis lapponica, p. flammea, p. hirsuta, cardamine hel- lidifolia, salix glauca, s. hastata, s. lapponum, cetraria nivalis, etc. C'est dans l'd Flora lapponica que Linné a fait le premier l'application du système de classification dont nous allons dire un mot. « Il sera pour moi le grand Apollon, erit mihi magnus Apollo^ » disait Linné de celui qui parviendrait à fonder la méthode naturelle sur des bases inébranlables. C'est le système de Linné qui forme la principale assise de cette méthode. Il repose sur les organes de la reproduction, comprenant les étamines (mâles) et les pistils (femelles). Ces organes sont ou visibles ou cachés ; de là la division générale des plantes en phanérogames (à organes sexuels visibles)eten cryptogames {k organes sexuels cachés). Les phanérogames peuvent avoir les deux sexes (étamines et pistils) réunis dans la même fleur, c'est-à-dire entourés du même périanthe, ou les avoir chacun dans une fleur différente. De là la division particulière des phanérogames 214 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. en hermaphrodites ou monoclines (à un seul lit), et en unisexuelles ou didines (à deux lits). Parmi les plantes her- maphrodites, qui forment l'immense majorité des espèces végétales, les unes ont les étamines libres, en nombre plus ou moins grand, à filets plus ou moins longs, les autres les ont soudées soit par les filets, soit par les anthères, mais distinctes du pistil; d'autres enfin les ont soudées avec le j)istil. Ces distinctions (ordres et sections) ont per- mis d'établir vingt-trois classes. Les plantes cryptogames forment à elles seules la vingt-quatrième et dernière classe. Voici le tableau de la classification linnénne : I, PLANTES PHANEROGAMES, A. MONOCLINES OU HERMAPHRODITES. a. Étamines libres. Nombre d'Étamines : Classes. Une 1 Monandrie Deux 2 Diandrie Trois 3 Triandrie Quatre 4 Tétrandrie Cinq 5 Pentandrie Six 6 Hexandrie Sept ■ 7 Ileptandrie Huit 8 Octaudrie Neuf 9 Ennéandrie Dix 10 Décandrie Onze . Il Dodécandrie Plus de douze, souvent vingt 12 Icosandrie Un grand nombre, jusqu'à, cent et plus... 13 Polyandrie Quatre étamines,dontdeuxà filets plus longs. 14 Didynamie Six étamines, dont quatre à filets plus longs 15 Tétradynamie b. Étamines soudées. a. Par les filets, unis en un corps 16 Monadelphie p. Id. en deux corps 17 Diadelphie y. Id. en plusieurs corps .. . 18 Polyadelphie h. Parles anthères (pistil distinct) 19 Syngénésie £. Par les anthères, attachées au pistil. ... 20 Cynandric TEMPS MODERNES. 215 B. DICLINES 00 UNISEXUELLES. Chaque sexe (étamines ou pistil) dans une fleur différente. a. Sur le même pied 21 Monœcie p. Sur deux pieds différents 22 Diœcie y. Sur des pieds différents ou sur le même pied avec des fleurs liermaphrodites. . . 23 Polygamie II. PLANTES CRYPTOGAMES. Champignons^ lichens, mousses, fougères. En jetant un coup d'œil sur ce tableau, on est d'abord émerveillé de la simplicité de cette classification. Il suffit, eu effet, de compter et de désigner en grec les étamines ou mâles (àvops;), pour connaître immédiatement toutes les classes jusqu'à la dixième inclusivement. Mais déjà une première difficulté se présente à la onzième classe : celle-ci devrait s'appeler hendècandrie. Or il n'y a pas de fleurs à onze étamines. La nature a sauté par-dessus ce nombre pour arriver sans transition au nombre àoVii& {dodécandrie) . k\\ delà, le nombre des étamines varie de quatorze à vingt (il n'y a pas de fleurs à treize étamines) ^onxVicosandrie. Au delà de vingt, on ne compte plus les étamines {polyandrie). Là cesse le premier élément classifîcateur. Pour établir les classes suivantes, depuis la quatorzième, Linné s'est adressé, non plus au nombre, mais au rapport des étami- nes entre elles et avec le pistil ; les étamines plus longues sont appelées des puissances (ouvafjieic), et les groupes de filets soudés ont reçu le nom de frères (àoeXcpoi) . Là où chaque sexe fait ménage à part (xXtvy|),les fleurs unisexuées n'ont qu'une ou deux maisons (ol'xoi), suivant qu'elles se trouvent sur la même tige ou sur deux tiges différentes. Le mélange des deux, c'est la polygamie. . Ce langage poétique, d'ailleurs naturel à Linné, était 216 HISTOIIU-: DE LA BOTANIQUE. alors à la mode, témoin le Carmen elegiacum de amoribus el connubiis plantarum (Leyde, 1732, in-4") d'Adrien van Roy en, professeur de botanique à l'université de Leyde. La Hollande était depuis plus d'un siècle le lieu de re- fuge de tous les hommes d'élite persécutés dans leur patrie. En hutte à la jalousie de quelques médiocrités, Linné quitta la Suède, se fit recevoir en 1735 docteur en médecine à Harderwyk, vit Boerhaave à Leyde et fut très-hien accueilli à Amsterdam par J. Burmann et G. Gliffort. Riche amateur de la botanique, Gliffort char- gea le savant suédois de la direction de son jardin à Har- tecamp, près d'Amsterdam, et lui fournit les moyens de. visiter l'Angleterre et de s'y lier avec Dillenius. Linné passa deux ans dans la retraite de Hartecamp, et c'est là qu'il composa les ouvrages qui ont assuré sa gloire : Systema naîiw*, Leyde, 1735, in-fol. ; Fundamenta bolanica (Ams- terd., 1736, in-12), qui eurent plus tard pour commentaires la PliUosophia bolanica (Stockîi., 1751, souvent rééditée)*; BiblioiJuca bolanica^ ihià.; Gênera plantarum [Leyde ^ 1737, in-8°), contenant les caractères de 955 genres, nombre considérable, augmenté dans les éditions subséquentes. Cet ouvrage fut suivi, en 1758, du Species plantarum (la 1" édi- tion de 1764 est qualifiée de légale, parce que les botanistes s'y sont conformés, comme les théologiens à la Vulgate) ; Vlridarium Cliffortianum^ 1738, in-8o; Horlus Cli/fortia- nus. Amsterd., 1737 ; ]\]usa CUfforliana^ Leyde, 1736 ; Critica bolanica^ Leyde, 1738, in-S" ; Classes plantarum^ ibid., 1738, in-S". Toujours aidé par Gliffort, Linné prit, en 1738, congé de ses amis de Hollande, traversa la Belgique, passa par Cambrai dont il visita les environs, et arriva à Paris, où il s'empressa de voir Bernard de Jussieu, pour lequel il avait une lettre de VanRoyen. Malheureusement il igno- 1. C'est dans la. Philosophie botanique que se trouve l'énoncé de-ce principe, si souvent cité: Natura non facit saltus. TEMPS MODERNES. 217 rait la langue française et ne rencontra à Paris qu'un seul homme parlant le suédois, le célèbre géomètre Glairaut. Ayant peu d'aptitude pour les langues modernes, Linné s'entretenait toujours en latin avec les étrangers. Avant de quitter Paris, il alla récolter sur les coteaux de Meudon 3t dans la forêt de Fontainebleau, beaucoup de plantes que la nature refuse à la Suède. Puis il gagna Rouen et s'y embarqua pour Stockholm, où il s'établit comme médecin, après avoir épousé la fille du docteur Morœus, à laquelle il était fiancé depuis plusieurs années. Il ne tarda pas à être au comble de ses vœux en succédant à Rosen, son jaloux adversaire, dans la chaire de botanique à l'uni- versité d'Upsal. Là, au milieu des événements qui agi- tèrent alors l'Europe, Linné fut le centre auquel venaient aboutir presque tous les travaux importants d'histoire na- turelle. Ses Amœnilates exoticœ (1749-1777), recueil de dissertations et de thèses inaugurales, témoignent à la fois d'une activité scientifique rare, de l'influence de son enseignement et de l'attachement de ses nombreux dis- ciples. Ayant embrassé tous les règnes de la nature, il fit paraître, en 1775, sa dernière publication : Planix Suri- namenses. Il avait commencé par la flore polaire, pour fi- nir par la flore tropicale. Dans la vaste correspondance de Linné on remarque des lettres confidentielles que Haller eut le tort de publier sans y être autorisé. Haller, qui aspirait à la domination universelle dans la république des sciences et des lettres, se conduisit à l'égard de l'illustre Suédois, non plus en ami, mais en rival. Dans ce conflit de deux hommes d'une valeur à peu près égale, Linné fit preuve d'une grande modération. Comblé des témoignages de la plus haute con- sidération, il mourut le 10 janvier 1778, à l'âge de soixante-dix ans huit mois, la même année que Haller, J. J. Rousseau, Pitt, Lekain et Voltaire. Voici le jugement émis par M. A. Fée sur le mérite de Linné. « On a donné, dit ce savant botaniste, à Linné le 218 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. suruom de « Pline du Nord », et il a été comparé à Dios- coride. Ces rapprochements sont dérisoires, même en faisant la part des temps. Linné ne peut être comparé à personne ; il a son génie propre. C'est le réformateur le plus heureux qui ait jamais paru ; il a beaucoup décou- vert, et toutes ses innovations ont été acceptées.... Il se- rait plus juste peut-être de le mettre en parallèle avec Aristote, qui sans doute a beaucoup fait par lui-même, mais qui n'a pas fait avancer la science par ses disciples. Le naturaliste suédois ne doit pas non plus être comparé à Buffon, peintre éloquent de la nature. L'écrivain fran- çais peignit la nature à grands traits, et sema d'aperçus ingénieux un style séduisant, toujours facile et pur. Linné, au contraire, a tout sacrifié à la concision, et elle est si étonnante que souvent un seul paragraphe des écrits de ce naturaliste a donné lieu à des ouvrages im- portants et volumineux. On compte chez Linné le nombre des faits par le nombre des mots ; et si l'on dit du génie de Buffon qu'il était comparable à la majesté de la na- ture, on peut dire de celui de Linné qu'il était aussi vaste et aussi varié qu'elle. L'un semblait né pour la peindre, l'autre pour la décrire. Si Buffon n'eût pas vécu, sans doute la perte eût été grande, surtout pour la France ; mais si Linné ne fût pas venu porter la lumière dans les sciences naturelles, s'il n'eût pas créé cette nomenclature si ingénieuse, celle du genre et de l'espèce, nomenclature qui porte son nom et qui s'est étendue à toutes les bran- ches des connaissances humaines, les sciences naturelles n'eussent pas reçu cette impulsion puissante vers le pro- grès, qui se continue de nos jours'. » Le système de Linné eut, dès son apparition, autant de partisans que de détracteurs. Th. Ludwig (né en 1709, mort en 1773), professeur à Leipzig, qui avait vu, eu Orient, pratiquer la fécondation des dattiers, admettait les 1. Article Linné, dans là Biographie générale , t. XXXI, col. 295. TEMPS MODERNES. 219 organes sexuels comme base d'une classification, mais il niait la constance des fleurs hermaphrodites, monoïques ou dioiques, dans un même genre. Il fit aussi remarquer que dans plusieurs genres, indiqués par Linné comme mo- nadelphes, il y a des fleurs polyadelphes ^. Gonr. Fabricius (né en 1714, mort en 1774) signala aussi diverses corrections à faire au système de Linné ^, tandis que Jean Gesner^ professeur à Zurich (né en 1709, mort en 1790), Ernest Slieff, Aug. de Bergen, Mar. Schiera, de Milan, l'adoptèrent pleinement. Haller fit des réserves qui devaient aboutir au rejet du système linnéen' : Hamberger lui répliqua. Il s'ensuivit une polémique violente, où le beau côté n'était pas du côté de Haller. Laurent Heister publia plusieurs libelles contre Linné et sa méthode. Jacques Wachenclorf {né en 1702, mort en 1758) ima- gina une méthode mixte. Divisant les plantes en phané- ranlhes et cryplantlies, il porta son attention sur le nom- bre des étamines, comparé à celui des pétales : il appelait poUaplostémopétales les plantes où le nombre des étamines dépassait de beaucoup celui des pétales ; puis, di- plostemones, triplostemones, pentapiostemones, celles où le nombre des étamines était le double, le triple, le qua- druple, le quintuple, de celui des étamines*. Ce système ne fut pas adopté. Les cryptogames, dont la connaissance laissait le plus à désirer, furent soumises à de nouvelles études par Chris- tophe Schmiedel et surtout par Théophile Gleditsch (né à Leipzig en 1714, mort en 1786.) Ce dernier examina avec soin les corpuscules transparents que Micheli avait aper- çus dans les lamelles des agarics. Son système, où les cryptogames formaient la cinquième et dernière classe, 1. Ludwig, Observât, inmethodum Linnœi; Francf., 1739. 2. Primitix florœ Butisbacensis; Wetzlar, 1773, in-8°. 3. Uorti UUrajeclini Index , 1747, in-8°. 220 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. repose sur l'insertion des étamines, soit sur le réceptacle ou nectaire, soit sur les pétales, soit sur le calice, soit sur le pistil. De là quatre classes de phanérogames : les tha- lamosUmoncs^ les pélalostemoiies^ les calycostemones^ les shjlostemones* . Les caractères des ordres ou familles dont chacune de ces classes se composait, étaient empruntés à l'inflorescence, à la situation du fruit, etc. Laurent de Jussieu profita du travail de Gleditsch. Donati, Ginnani, Peyssonel, Hill, Ellis, Baster, Tar- gioni Tozetti, Th. Gmelin, Maratti, s'occupèrent particu- lièrement de la caractéristique des algues et des fougcns. Mais leurs observations contiennent beaucoup d'erreurs relativement aux organes de fructification et au mode de propagation de ces plantes^. Boissier l'e Sauvages (né en 1706, mort en 1767), pro- fesseur de médecine à Montpellier, crut faciliter 1 étude de la botanique en proposant de classer les plantes d'a- près la forme des feuilles '. La tentative échoua, à cause de l'instabilité des caractères tirés des feuilles ; mais elle ne fut pas sans utilité, parce qu'elle appelait l'attention sur la disposition de ces organes (feuilles alternes^ opposées ^ èparses), sur la variabilité de la forme des feuilles à différents points de leur axe (feuilles radicales^ cauUnai- res]^ sur leur forme générale (feuilles ovalaires^ ellipti- ques, lancéolées, etc.), sur leur division (feuilles composées, pennées, palmées, etc.) A rencontre de Charles Alston qui, dans son Tirocinium botanicu7n Edimburgense (Edimb., 1753, in-8"), essaya de renverser le système de Linné, le professeur Scopoli (né en 1723, mort en 1788) entreprit de le perfectionner. Cri- tiquant les caractères génériques de Linné, il distingua 1. Gledilsch, Systema plantarum a staminum situ; Berl., I7û8 in-S°. 2. Voy. Sprengel, Hist. rci herb., t. II, p. 354-362. 3. Sauvages, Mellwdus folioruni; La Uaje, 175), in-8°. TEMPS MODERNES.^ 221 le premier le digitaria du panicum, le sesleria du cynosu- rus, Vapargia du leontodon, le cirsium du carduus^ le neoîlia de l'op/iry^, etc. Il réunit par groupes les stellaria^ arenaria et cerarastium; les potentilla, tormentilla et fragaria; les gnaphalium et filago ; les mespilus et cra- tœgus. Presque toutes les corrections de Scopoli faites à la nomenclature linnéenne ont été adoptées. Les change- ments que voulaient y apporter Duhamel du Monceau et E. Guettard, ne furent pas admis par les botanistes. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas. A l'époque qui nous occupe, tous les naturalistes parlè- rent de la méthode naturelle^ par opposition au système de Linné. Mais ces mots étaient très -vagues dans l'esprit de beaucoup d'entre eux. Adanson en fixa le premier le sens'. « La méthode naturelle, dit-il (dans la préface de ses Familles naturelles des plantes)^ doit être unique, uni- verselle ou générale, c'est-à-dire ne souffrir aucune excep- tion et être indépendante de notre volonté, mais se régler sur la nature des êtres, qui consiste dans l'ensemble de 1. Michel Adanson, né à Aix en 1727, partit à vingt et un ans pour le Sénégal, et revint en 1764 dans sa patrie, après cinq ans de séjour dans un climat brûlant et malsain. Les résultats de son voyage paru- rent, en 17f)7, sous le titre d'Hisioire naturelle du Sénégal. En pré- sence des difficultés qu'il avait éprouvées à classer les richesses de la zone tropicale suivant les systèmes de Tournefort et de Linné, il entre- prit un projet de réforme qui devait s'étendre jusqu'à l'orthographe française, et dont l'ouvrage sur les Familles naturelles des Plantes (Paris, 1763, 2 vol. in-8°) ne devait être que le commencement. Mais ce projet, dont il donna un exposé complet dans le Journal de Pliy- sique (mars 1775), ayant été jugé trop vaste, pour être réalisable, par ses collègues mêmes de l'Académie des Sciences, il en conçut un vif chagrin, devint quelque peu misanthrope, et ne vécut plus que dar* uneprofonde retraite, sans cesser cependant de travaillerau progrès de la science. On raconte que quand, après la réorganisation de l'Institut, on lui écrivit de venir prendre place parmi ses collègues, il répondit qu'il ne pouvait pas se rendre à cette invitation, parce qu'il n'avait pas de souliers. Il mourut, en Î806, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. 222 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. leurs parties et de leurs qualités; il n'est pas douteux qu'il ne peut y avoir de méthode naturelle en botanique que celle qui considère l'ensemble de toutes les parties des plantes. » C'est parce que Linné ne s'était attaché qu'à une seule partie, aux organes sexuels, que son système était qualifié à'artificiel. Cependant il est bon de rappeler que Linné s'était préoccupé, avant Adanson, d'une classification par famil- les naturelles. « Je vous sais occupé, écrivait-il à Haller (le 13 avril 1737), à établir des familles naturelles ; plaise à Dieu que vous finissiez ce travail et que vous le rendiez public. Je me suis moi-même exercé longtemps sur ce sujet, quoiqu'il fut peut-être au-dessus de mes forces ; je pense avoir réuni plus de matériaux que beaucoup d'au- tres, et néanmoins j'ai laissé beaucoup de lacunes, j) Les lacunes que Linné , Haller et Adanson avaient laissées, Chr. Oeder {Elementa botanica^ Copenh., ]764, in-8"), N. Crantz {Instituliones rei herbarise, Vienne, 1766, in-S"), D. Giseke {System ata plantarum recentiora, G-oett., in-4°), J.Wernischek (Gênera plantarum, Vienne, 1764, in-8»), J. Jîili {The vegetable System, Lond., 1759- 1775),D. Meese (Plantarum rudimenta, Leeuward., 1763, in-4°), J, Jacquin, Sclireber, Murray, etc., essayèrent de les combler. Mais ils ne réussirent que très-incompléte- ment dans cette entreprise. Les de Jussieu méritent ici seuls une mention spéciale. Bernard de Jussieu^ était en correspondance avec Linné, t. Bernard de Jussieu (né à Lyon en 16?9, mort à Paris en 1777) était frère cadet d'Antoine de Jussieu (né à Lyon en 1686, mort à Paris en 1758), qui édita l'ouvrage de Barrelier, analysé plus liaut, signala les empreintes de végétaux dans les houilltres de Saint -Etienne, dé- crivit le premier la fleur et le fruit du caféier, envoyé à Louis XIV et qui, confié à Desclieux par Chirac, devait, dès 1719, servir de souche à tous les caféiers des Antilles. Il laissa en manuscrit le Traité des vertus des Plantes. Bernard de Jussieu, auteur de la nouvelle édition des Plantes des environs de Paris, de Tournefort, fut, de 1722 jus- qu'à sa mort, sous-démonstrateur de botanique au Jardin du roi, et TEMPS MODERNES. 223 Voici ce qu'il lui écrivait le 15 février 1752 : « J'apprends avec plaisir que vous êtes nommé professeur de botanique à Upsal. Vous pourrez maintenant vous livrer entièrement au culte de Flore, et pénétrer plus loin que vous n'avez pu le faire encore dans le sentier que vous avez décou- vert, et donner enfin une méthode naturelle de classifica- tion, que les vrais amis de la science désirent si vive- ment. » Tout en faisant cette recommandation à Linné , Bernard de Jussieu travaillait de son côté dans la même voie. Mais comme il n'a rien publié à ce sujet, on ne peut le juger que d'après de simples catalogues manus- crits. Dans un de ces catalogues, on trouve une classifi- cation appliquée, en 1759, à la plantation du jardin bo- tanique de Trianon ; un autre de ces catalogues a été publié par Laurent de Jussieu, en tête de son Gênera plantarum. On voit d'après ces documents que Bernard de Jussieu connaissait la valeur des caractères, tirés du développement de l'embryon et de l'insertion des éta- mines relativement à l'ovaire. C'est à lui, en effet, qu'on doit 1° le groupement général des végétaux en acotylé- dones (végétaux dépourvus de feuilles embryonnaires nommés cotylédones)^ en monocotylédones (végétaux à une feuille embryonnaire) et en dicotylédones (végétaux à deux feuilles embryonnaires) ; 2° le groupement particulier des monocotylédones en épigynes (étamines insérées sur l'o- vaire), en pèrigynes (étamines insérées sur le calice ou au- tour de l'ovaire) et en hypogynes (étamines insérées au- dessous de l'ovaire) ; puis celui des dicotylédones en épi- gynes, hypogynes, pèrigynes et didines (unisexuées). Ces éléments furent développés par Lawrenï de Jussieu, contribua à la publication de beaucoup de travaux de botanique. C'est lui qui planta, en 1736, au Jardin des Plantes, le cèdre du Liban que lui avait envoyé W. Sherard. Jl l'y transporta, dit-on, dans son chapeau de la maison n" 13 de la rue des Bernardins, où il habitait. Bernard et Antoine étaient fils de Christophe de Jussieu, pharmacien de Lyon, auteur du Nouveau Traité de la Thériaque (Trévoux, 1708), 224 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. neveu d'Antoine et de Bernard de Jussieu'. Dans la clas- sification de Laurent de Jussieu, aujourd'hui générale- ment adoptée, les acotylédones , les monocotylédones et les dicotylédones forment les trois embranchements du rè- gne végétal. Ces embranchements sont divisés en classes, au nombre de quinze, fondées sur l'insertion des éta- mines par rapport à l'ovaire [épigynie ou êpistami7iie) . Dans les dicotylédones, l'auteur a fait aussi intervenir la corolle, organe très-secondaire en lui-même, mais qui devient essentiel par son union avec l'ovaire ; de là la division de la fleur en ap'tale (lorsque la corolle manque), en monopétale et en polypétale. La monoclinie et la dicli- nie ont été empruntées à Linné. Enfin les quinze classes de Laurent de Jussieu comprennent cent familles. En voici le tableau : I. ACOTYLÉDONES. 1'" Classe. 1. Champignons. 4. Mousses. 2. Algues. 5. Fougères 3. Hépatiques. 6, Nayades. II. MONOCOTYLÉDONES. 2= Classe. M.onohypogynie 7. Aroïilées. 9. Cypéroïdées. 8. Typliéacées. 10. Graminées. 1. Antoine-Laurent de Jussieu (né à Lyon en 1748, mort en 183G) était fils de Joseph de Jussieu (né à Lyon en 1704, mort en 1779), qui fut le compagnon de voyage de La Condamine, et parcourut pendant trente-cinq ans l'Amérique méridionale. Joseph de Jussieu était frère d'Antoine etde Bernard de Jussieu. Laurent, leur neveu, s'immortalisa par son Gênera plantarum, dont la dernière feuille venait d'être impri- mée lorsque éclata la Révolution, le 14 juillet 1789, par la prise de la Bastille. L'année suivante, il contribua à la réorganisation du Muséum d'his- toire naturelle, dont il refusa la direction qui lui était offerte, en 1800, par le ministre de l'intérieur, Lucien Bonaparte. TEMPS MODERNES. 2J5 3"^ Classe. Monopérigynic. 11. Palmiers. 12. Asparaginées. 13. Juncées. 14. Liliacées. 15. Broméliacées. 16. Asphodélées. 17. Narcissées. 18. Iridées. 4*= Classe. Monoe'pigijnie. 19. Musacées. 20. Cannées. 21. Orchidées. 22. Hydrocharidées, III. DICOTYLÉDONES. A. MoNOCLiNES. a. Apétales. 5* Classe. Epistaminie, 23. Aristolochiées. 6" Classe. Péristaminie. 24. Eléagnées. 25. Thyméléacées. 26. Protéacées. 27. Laurinées. 28. Polygonées. 29. Atriplicées 7' Classe. Hyposlaminie. 30. Amaranthacées. 31. Plantaginées. 32. Nyclaginées. 33. Plumbaainées. b. Monopétales. 8° Classe. HypocorolUe. 34. Lysimachiées. 35. Pédiculariées. 36. Acanthacées. 37. Jasminées. 38. Viticées. 39. Labiées. 40. Scrofulariées. 41. Solanées. 42. Borraginées. 43. Convolvulacées, 44. Polémoniées. 45. Bignoniacées. 46 Gentianées. 47. Apocynées. 48. Sapotées, 15 226 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. 9° Classe. Péricorollie. 49. Guayacées. 50, Rhododendrées. 51. Ericacées. 52. CampanulacéGS. 10'' Classe. Epicorollie. a. Synanthérées. 63. Cichoracées. 54. Cynocéphalées. 55. Coryml3ifères. 11« Classe. Epicorollie. p. Chorisanthérées. 56. Dipsacées. 57. Rubiacées. 58. Caprifoliées. 12*= Classe. Epi^yétalie. y. Folypétales. 59. Araliacées. GO. OmLelIifères. 13'^ Classe. HypopélaUe. 61. Ranunculacées. 72. Vitifères. 62. .Papavéracées. 73. Géraniées. 63. Crucifères. 74. Malvacées. 64. Capparidées. 75. Magnoliacées. 65. Sapindacées. 76. Anonées. 66. Acérinées. 77. Ménispermées. 67. Malpighiacées. 78. Berbéridées. 68. Hypéricinées. 79. Tiliacées. 69. Gultifères. 80, Cissées. 70. Aurantiacées. 81. Rutacées. 71. Méliacées. 82. Caryophyilées 14^ Classe. Péripétalie. 83. Sempervivées. 90. Saxifragées. 84. Cactées. 91. Salicaricées. 85. Portulacées. 92. Rosacées. 86 Ficoïdées. 93. Légumineuses. 87. Onagraires. 94. Térébinthacécs 88. Myrtées. 95. Rbarunées, 89. Mélastcmées. TEMPS MODERNES.. 227 B. DICLINES. 15^ Classe. Diclinie. 96. Euphorbiacées, 99. AmentaCées 97. Cucurbilacées. 100. Conifères. 98. Urticées. Ge fut en 1773 que Laurent de Jussieu exposa les principes de cette classification dans un mémoire Sur les Renoncules^ présenté à l'Académie des sciences, qui l'admit dans son sein. L'année suivante, il développa ces principes en les appliquant à l'ensemble des familles naturelles ^ Il s'agissait de replanter l'école de botanique du Jardin du Roi d'après une méthode nouvelle, celle de Tournefort étant devenue insuffisante. On ne pouvait guère songer à introduire le système linnéen, alors uni- versellement adopté, dans un établissement qui avait pour administrateur Buffon, intolérant rival de Linné. C'est dans ces circonstances que Laurent .de Jussieu se char- gea de l'ordre qui devait présider à la replantation, commencée en automne 1773 et terminée au printemps de 1774. Il avait pour cela largement profité des conseils de son oncle Bernard, qui ne cessait de lui répéter «qu'il y a dans les végétaux des caractères qui sont incom- patibles les uns avec les autres, et qui s'excluent. » Son attention avait été de bonne heure dirigée sur la subordi- nation des caractères qui, suivant son expression, doivent « se peser et non compter n. Là est le secret de la mé- thode naturelle, dont les principes se trouvent développés dans une introduction, remarquable de pensée et de style, placée en tête de l'ouvrage fondamental de Laurent de Jussieu: Gênera 'plantarum, secundum ordines naturales disposita, juxta mclhodum in Horto Regio Parisiensi exa- 1. Ejcposilion d'un notirel ordre de Plantes, adopté dans les dé- monstrations du Jardin Royal (dans les Mémoires de l'Acadé' mie des Sciences, année 1774). 2i8 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. ratum, anno 1774; Paris, 1789, in-8°. De 1789 à 1824, l'auteur ne cessa de travailler au perfectionnement des familles qu'il avait établies, et de préparer les matériaux d'une seconde édition de son Gênera^ qui ne devait jamais voir le jour. A raison de l'affaiblissement de sa vue (il devint presque aveugle vers la fin de sa longue carrière), il se contenta de remanier les groupes dans une série de notes ou de mémoires publiés dans les Annales du MuséumK La classification de L. de Jussieu fut une innovation qui, chose remarquable, apparut juste au moment où venait d'éclater la révolution de 1789. Cette coïnci- dence, jointe à des imperfections inévitables, suffisait aux yeux de quelques-uns pour la rejeter ou la remplacer par d'autres méthodes. De ce nombre étaient Conrad Mœnch^ professeur de botanique à Strasbourg (né en 1744, mort en 1805), et Balth. Borkhausen (né à Griessen en 1760, mort à Dai'mstadt en 1806). Le premier divisa, comme Grleditsch, les phanérogames en parapétalostèmones^ en allagostémones, en stigmatostémones ^ suivant que les éta- mines sont insérées, soit sur le disque nectarifère, soit alternativement sur le calice et la corolle, ou au sommet de l'ovaire ^. Le second divisa les cryptogames, dont il s'était plus particulièrement occupé, en plantes séminifè- res, à organes de fructification indéterminés [fougères rhizospermes ^ mousses, fucus], et en plantes dépourvues de vraies semences et d'organes sexuels [algues, champi- gnons)^. Mais aucun de ces systèmes ne fut adopté. Nous en dirons autant des tentatives faites par F. Fischer, de P. Cassel, de Kurt Sprengel, de L. de Vest, d'Aug.-Fr. 1. Voy. l'excellent article de L. de Jussieu, par M. Decaisne, dans la Biographie générale (t. XXVII, col. 279). 2. Mœnch, Methodus plantas horti botanici et agri Marburgensis a slaminum situ describendi; Strab., ]7'''4, in-8°. 3. Borkhausen, Tentamen dispositionis plantarum Germaniai se- cu7idum novam methodum, etc.; Darmstadt, 1809, in-8° (ouvrage jnsl.hu me). TEMPS MODERNES. 259 Schweigger , de Schultz-Schullzenstein, de Martius ci d'autres botanistes allemands. En France même, la classification de L. de Jussieu fut loin de recevoir l'unanimité des suffrages. Pour facilitez- aux commençants l'étude de la botanique, Lamarck^ ima- gina une méthode, que l'on a depuis désignée sous le nom de méthode analytique ou dichotomique. Elle consiste à poser à l'élève une première question, qui partage les végétaux en deux classes, entre lesquelles il doit choisir d'après un caractère de la plante, qui la placé nécessaire- ment dans l'une des deux à l'exclusion de l'autre ; puis une seconde question, qui partage la classe désignée en deux ordres à l'un desquels la plante se rapportera ; puis une troisième, une quatrième, etc., de manière qu'à cha- que cfuestion le cercle se resserre, jusqu'à ce cjue la der- nière conduise, par une série d'exclusions successives, à l'espèce cherchée. C'est une simple méthode de recher- ches. Lamarck en fit l'application dans sa Flore française. E. P. Ventenat (né en 1757, mort en 1808) et Jeaurae Saint-Hilaire popularisèrent la méthode naturelle. Gorrea da Serra (mort eu 1823), Louis-Claude Richard, A. Sa- lisbury et surtout Robert Brown contribuèrent puissam- ment à la modifier. Mais la découverte de nouvelles plantes, non classifia- bles d'après les systèmes jusqu'alors inventés, puis les progrès de l'anatomie et de la physiologie végétales, né- cessitèrent bientôt une réforme plus sérieuse. Augustin Pyrame de Candolle entreprit cette réforme ^. Les groupes généraux du règne végétal sont, suivant lui, formés parles 1. Jean-Baptiste Monet de Lamarck (né en 1744, mort à Paris en 1839) quitta le service militaire pour se consacrer à l'histoire natu- relle, et contribua, en 1793, à la réorganisation du Jardin des Plantes. Sa vie fut tout entière dans ses travaux. 2. Augustin Pyrame de Candolle (né à Genève, en 1778, mort en I841)j élève de Desfontaines, fut depuis 1817 professeur de botanique de sa ville natale. Il publia, entre autres, le Prodromus sys- 230 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. végétaux cellulaires ou inembryonés (acotylédones) , et par les végétaux vasculaires ou embryo7iés, divisés en endo- gènes ou xnonocotylédones^ et en exogènes ou dicotylédones. L. de Jussieu avait commencé la série des familles natu- relles par les familles de plantes dont l'organisation est la plus simple (les champignons), afin de s'élever graduelle- ment vers celles dont l'organisation est la plus complexe. De Candolle suivit -une marche inverse en prenant pour point de départ les familles des plantes qui ont le plus grand nombre d'organes, et ces organes biens distmcts les uns des autres. Il commença donc par les exogènes, pour finir par les végétaux cellulaires. Les EXOGÈNES ou dicotylédones sont partagés en deux groupes, suivant que leur périanthe est double ou simple. De là les divisions suivantes : A. Exogènes bichlamydés (à périanthe double), qui se subdivisent en : 1° Thalamiflores, ayant les pétales distincts, insérés sur le réceptacle; 2° Caliciflores^ ayant les pétales libres, ou plus ou moins soudés, périgyniques (insérés sur le calice) ; 3° Çorolliflores, ayant les pétales soudés en une corolle gamopétale hypogyne ou non attachée au calice ; B. Exogènes à périanthe simple, composant le seul groupe des monochlamydés. Les ENDOGÈNES OU monocotylédoues sont divisés en ; 1° Endogènes phanérogames , dont la fructification est visible et régulière ; 2° Endogènes cryptogames^ dont la fructification est ca- chée, inconnue ou irrégulière. Enfin les végétaux cellulaires ou acotylédones, c'est-à- lematis regni vegetabilis, Paris, 1824 et années suivantes : immense répertoire, continué, après la mort de l'auteur, par son fils, avec le concours des botanistes les plus distingués de notre époque. TEMPS MODERNES. 231 dire ceux qui n'ont que des tissus cellulaires, sans vais- seaux, se divisent en : 1° Foliacés^ ayant des expansions foliacées et des sexes apparents ; 2° Aphylles, n'ayant pas d'expansions foliacées, ni de sexes apparents. Telle est l'esquisse des groupes fondamentaux, établis par P. de Gandolle. L'auteur y a fait entrer toutes les fa- milles de plantes connues, en commençant par les renon- culacées et finissant par les algues. Mais cette classification elle-même était loin de répon- dre à toutes les indications de la science. C'est pourquoi d'autres tentatives furent faites par Lindley, A. Ri- chard, Bartling, Oken, Endliclier, Reichenbach, Will- komm, etc. Voici, en somme, en quoi elles consistent. John Lindley (né en 1799 à Getton près Nordwich), voyant que beaucoup de genres avaient été rejetés par de Jussieu et de Gandolle dans les catégories des plantes incertse sedis, sans qu'il fut possible d'en marquer les affinités avec les familles anciennes, imagina de créer des ordres {cohortes) et sous-ordres [nixus], qui devaient mieux ménager les transitions entre les divisions éta- blies *. Vers la même époque, Achille Richard (né à Paris, eu 1794 mort en 185-2), professeur d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Paris, introduisit dans le règne végétal deux sortes de groupes, les tribus et sous-familles j pour faire disparaître les genres incertœ sedis. F.-Th. Bartling, entreprit de concilier le système de L, de Jussieu avec celui de De Gandolle, en créant soixante ordres pour lier les classes aux familles, et en ajoutant neuf familles nouvelles aux 246 familles déjà établies. Il divisa en outre, les monocotylédones en chlamydoblastes 1, An Introduction of the natural System of hotamj, etc. ; Londres, 1830, ia-8«. 232 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. (à emJ^ryon couvert) et en gymnoblastes (à embryon nu) ; de même qu'il partagea les acotylédones en homonémés (à germes en filaments égaux) et en hétéronèmés (à germes en filaments inégaux) K L. Oken (né en 1779, mort en 1851), professeur d'his- toire naturelle à Zurich, divisa le règne végétal en sept classes, suivant la prédominance de la racine, de la tige, du feuillage, de la fleur, du fruit. Chaque classe est sub- divisée en 4 ordres, chaque ordre en 4 tribus, et chaque tribu en 4 familles. Plus tard l'auteur modifia son sys- tème, mais toujours de manière à y faire revenir sans cesse le nombre quatre, le fameux quaternaire des Pytha- goriciens ^ L. Rudolphi suivit la même voie, sans plus de succès. Endlicher^^ professeur de botanique à Vienne, créa, d'accord avec le professeur Unger, un système, d'après lequel il divisait tout le règne végétal en thallophytes (plantes qui n'ont ni axe, ni expansion foliacée, et où l'accroissement s'effectue sur tous les points de la surface), et en cormo- phijtes (plantes pourvues d'axes et de feuilles, et où l'ac- croissement s'effectue dans une direction déterminée). Les thallophytes sont divisés en protophyles (algues et fougères) et en hystérophytes (champignons). Les cormo- phytes se partagent en acrobniés, en amphibryés et àcram- phibryés, suivant que l'accroissement se fait en longueur (par le sommet de l'axe), en épaisseur (par les divisions latérales de l'axe), ou à la fois en longueur et en épais seur. Les acrobryés sont subdivisés en 3 cohortes : les axophytes (mousses), /)rotop%ie5 (cryptogames vasculaires) 1. Ordines plantarum; Goettingue, 1830, in-8°- 2. Oken, Systema orbis vegetabilium ; Greifswald, 1830, in-8°. 3. EUenne-Lâdislas Endlicher, né en 180i à Presbourg, était pro- fesseur de botanique à Vienne, lorsqu'il se tua d'un coup de pistolet en 1849. Son collaborateur, l'nger, a été frappé de mort subite (en avril 1870). Une grande obscurité règne sur son genre de mort. On pense qu'Unger a été étranglé dans son lit. TEMPS MODERNES. 23? et hystérophytes (rhizantliées) . Les amphibryés compren- nent une seule cohorte, et les acrambryés quatre : les gymnospermes (conifères), les apétales [monochlamydés de DeCand.), les gamopétales [coroUi flores et cali ci flores gamo- pétales de De Gand.) et les diapétales (pléiopètales calici- flores et thalamiflores de De and.). Enfin les thallo- phytes comprennent 3 et les Gormophytes 58 classes, et ces 61 classes réunies sont à leur tour distribuées en 278 ordres ou familles ^ Ce système n'a été adopté que par un petit nombre de botanistes. Henri Gottlieb Reichenbach (né à Leipzig en 1793), pro- fesseur d'histoire naturelle à l'académie médico-chirurgi- cale de Dresde, partit de l'idée que les points successifs du développement organique d'une plante isolée com- plète, doivent se retrouver dans la totalité du règne végétal. En conséquence, il divisa ce règne en trois degrés (gradus), comprenant les inophytes (plantes fibreuses), les stèléchophytes (plantes à tiges) et les anthocarpophytes (plantes à fleurs et à fruits). Ces deux embranchements sont partagés en huit classes [champignons^ lichens, chlo- rophytes, coléophytes, synchlamydées^ synpètalées^ calycan- thées, thalamanthèes) ; chaque classe est divisée en trois ordres, et chaque ordre est subdivisé en familles, au nombre de 132 ^. Ce système a pour point de départ une hypothèse qui ne se réalise que là où l'auteur s'accorde avec de Jussieu et de Gandolle ; il ne fait alors que de donner d'autres noms à des choses qui sont au fond les mêmes. L'un des systèmes les plus récents est celui de Mau- rice WillJwmm^ professeur à l'université de Leipzig. Il 1. Eodlicher, Enchiridion bota)iicum, exhibens classes et ordines plantarum; Leipzig, 1841, in-8°. 2. Reichenbach, Uebersicht des Gewœchsreiclis in seinen vatilr- \ lichen Endwickelungsstufen ; Leipz., 1828, in-8°. 23i HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. partage ie règne végétal en deux grands embranchements, dont le premier comprend les plantes à spores (cryptoga- mes), et le second, les plantes à graines (phanérogames) Les sporophytes (plantes à spores) sont divisés en angio- spores ou plantes dont les spores restent jusqu'à leur sé- paration entourés des cellules où ils se sont développés (champignons, lichens, algues), et en gymnospores ^ ou plantes dont les spores deviennent de bonne heure libres par la résorption de leurs cellules (mousses, fougères, équisétacées, etc.). Les spcrmatophytes (plantes à graines) contiennent les gymnospermes et les angiospermes. Ces di- visions se décomposent en classes, ordres et familles ^. Ce système, fort simple, mérite d'être pris en considération. Les essais de classification, que nous venons de passer en revue, montrent que le nombre des familles du règne végétal ne peut point être rigoureusement fixé, et que les lois qui servent à les établir sont loin d'être constantes : elles tiennent de la mobilité do tous les phénomènes de la vie. II. Phytologie. Les découvertes microscopiques de Malpighi, de Grew et de Leeuwenhoek devinrent un objet de violentes criti- ques ; elles furent rejetées comme entachées d'erreur par tous ceux qui, — et ils étaient nombreux, — prenaient le microscope pour un instrument trompeur. J. B. Trium- fetti (mort en 1707), directeur du jardin botanique du col- lège de la Sapience à Rome, et J. Jérôme Sbarajlia (né en 1641, mort en 1710), professeurà Bologne, se firent particu- lièrement remarquer par la violence de leurs attaques : le premier dans ses Yindicise veritatis (Rome, 1 703 , in-4) , le se- ' t 1. Willkomm, Anleitung sum Studium der wissenschaftUchen Bo- tanik, etc. Leipz., 1854, in-8". TEMPS MODERNES. 235 cond dans ses Oculûrum et mentis vigilise (Bologne, 1704, in-4). Fontenelle, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, fut lui-même au nombre de ceux qui s'élevaient contre l'emploi du microscope, « parce que cet instrument, disait-il, ne montre que ce que l'on veut voir*. 55 Winckler, dans son Histoire de la botanique, rappelle ici avec beaucoup d'à-propos le mot de Boerne : « Lors- que Pythagore découvrit son fameux théorème, il offrit aux dieux une hécatombe; depuis lors toutes les bêtes tremblent à chaque annonce d'une vérité nouvelle. y> Ajoutons cependant que ceux qui s'insurgent contre les vérités nouvelles ne sont pas tous des bêtes, témoin Fon- tenelle; mais c[u'ils subissent le joug de l'autorité tradi- tionnelle : ce sont des aveugles. Les premiers travaux micrographiques trouvèrent, chose digne de remarque, un défenseur convaincu dans le célèbre philosophe Christian Wolf (né en 1679, mort en 1754 à Halle). Ce métaphysicien géomètre répéta les expériences de Nieuvi^entyt en montrant, à l'aide de la machine pneu- matique, que les trachées contiennent de l'air et que ce sont de véritables organes respiratoires. Partisan de la doctrine des causes finales, il admettait que les fibres sont diversement entrelacées pour mieux résister à l'action flé- chissante des vents; que les vaisseaux sont creux, afin de contenir des sucs de diverse nature ; que les vaisseaux rayonnes vont de l'écorce à la moelle pour bien distribuer les aliments, etc. ^. — L. Ph. Thilmmig suivit la même voie que Gh. Wolf. Le mouvement du suc nourricier, ascendant dans la tige et descendant dans la racine, devint, pour beaucoup d'ob- servateurs, un intéressant objet de recherches, ia Hire, d'ac- 1. Hist. de VAcadimie des Sciences, 1711, p. 43. 2. Ch. Wolf, Yernûnflige GedankenvondenWirkungen der Natiir; Halle, 1723, iii-8°. 3. Thûmmig, Essai d'une explication rationnelle des principaux phénomènes de la nature (en allem.); Halle, 1722, in-8°. 236 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. cordavec Kniglit, l'attribuait à la différence de densité des sucs * . Gr. Starken essaya d'expliquer, par la disposition incli- née des feuilles séminales de l'embryon, pourquoi certaines plantes grimpantes, tels que le houblon, le chèvre-feuille, les ménispermés, etc., s'enroulent de gauche à droite, tandis que d'autres, comme le haricot, le liseron, etc., s'enroulent de droite à gauche, affirmant que les plantes qui s'élèvent droites ont la radicule opposée à la gemmule. Mais cette manière de voir ne s'accorde pas toujours avec la réalité ; car les ménispermés volubiles ont la radicule droite, au milieu des cotylédons, tandis que d'autres plantes, non volubiles, telles que les justicia^ les corrigiola, etc., l'ont oblique^. Etienne Haies (né en 1677, mort en 1771), membre de la Société royale de Londres, après avoir essayé d'appré- cier la force avec laquelle le cœur pousse le sang dans les artères, fit des expériences analogues sur les végétaux. Il constata que la force de transpiration des plantes est infi- niment plus grande que celle des animaux. Il démontra aussi la force d'absorption de l'humidité par les feuilles. Ses expériences, très-bien faites, sont décisives®. Elles furent, en partie, reprises par J. E. Guettard (né à É Lampes en 1715, mort en 1786). Ce naturaliste parvint à un résultat longtemps contesté, et qui n'a été mis hors de doute que par les travaux récents de M. Duchartre, à savoir que l'eau qui pénètre dans les organes des plantes, n'y arrive que par les racines, et que les feuilles ne con- courent point à son absorption*. Guettard soumit le premier les poils, les aiguillons et 1. Mém. de VAcad. des Scienc, année 1711, p. 65. 2. Starken, Gy ros convolvulorum evoïvere tentalnt; Relmst., 1705, in-4° (ThÔBB inaugurale). 3. Haies, Yegetable staticks, Lond., 1757, in-8* (trad. en français par Buffon). 4. Mém. de VAcad., année 1748, p. 833 et suiv.; et année 1749, p. 382 et suiv. TEMPS MODERNES. 237 les glandes des végétaux à un examen attentii. Th. Eller de Berlin (né en 1689, mort en 1760) fit, comme Haies et Guettard, des recherches sur la transpiration des plantes'. Une fille de Linné, Élisaheth-Ghristine, observa la première que les vapeurs exhalées par les fleurs sont souvent inflammables^. Le P. Sarrabat, dit de Labaisse^ fit, l'un des premiers, des expériences, au moyen d'un liquide coloré, pour mon- trer que l'ascension de la sève ne s'effectue ni par l'é- corce, ni par la moelle, comme on l'avait pensé, mais par les fibres ligneuses, et qu'elle passe de là dans les ner- vures des feuilles et dans les fibrilles des fleurs. Il mon- tra aussi que si, dans ces expériences (faites avec le phy- tolacca octandra)^ l'écorce se trouve teinte, c'est que la sève y a été portée par les vaisseaux rayonnes qui vont de la moelle à l'écorce en traversant le bois^ La question de l'âme des plantes fut reprise par Gasp. Bose^ professeur de Leipzig*, à propos des mouvements de la rose de Jéricho et de la sensitive, que Bufay (Mém. de l'Académie des sciences) attribuait à une structure fibril- laire spéciale. — La doctrine de la génération spontanée des champignons, et surtout de la truffe par la putréfaction de détritus organiques, trouva des partisans dans le comte Marsigli de Bologne (né en 1658, mort en 1730), et dans le célèbre médecin Lancisi (né en 165(i, mort en 1720). Gilles Aug. Bazin., médecin de Strasbourg (mort en 1754), essaya d'expliquer l'ascension de la sève et l'ac- croissement vertical par la succion de vésicules aériennes, succion qui se manifeste dans les vaisseaux spiraux, assi- milés aux trachées des insectes. Les racines, dépourvues 1. Mémoires de l'Académie de Berlin, année 1748, p. 10 et suiv. 2. Mémoires de l'Académie des Sciences de Suède, année 1752, p. 291. 3 . Sarrabat, Dissertation sur la circulation de la sève des plantes; Bordeaux, 1738, in-8°. 4. Bose, De motu plantarum sensus asmulo; Leipz., 1728, in-S." 238 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. de trachées, peuvent se diriger en tous sens à la recherche de leur nourriture et de l'humidité*. Ludwig révoqua en doute le mouvement aspiratoire que Bazin attribuait aux trachées des plantes. Les trachées, ou vaisseaux spiraux, sur lesquelles Fr. Walker et Jamperl avaient émis les idées les plus erro- nées, furent soumis à un examen plus attentif par Se- ligmann, J. Trew et surtout par Reichel {Diss. de vasis plantarum spiralibus^ Leipzig, 1758, in-4°). Les grains de pollen devinrent un objet d'études spé- ciales pour Needham, qui a tant fait pour la microgra- phie. Il admettait que les grains polliniques contiennent les germes, que les ovaires ne faisaient qac, dévelop- per^. Cette manière de voir paraissait contredite par les observations de Fr. Moeller^ de Berlin, qui, répétant les expériences de Spallanzani sur les plantes dioïques, trouva que l'ablation des fleurs mâles dans un champ d'épinards et de chanvre n'empêchait pas les fleurs fe- melles de produire des graines fertiles. Mais le profes- seur Kœstner, de Grœttingue, fit voir que ces expériences ne prouvent rien, parce que l'épiuard et le chanvre, classés parmi les plantes dioïques, renferment quelquefois des fleurs hermaphrodites, et qu'on en trouve même sur les saules, décrits comme essentiellement dioïques'. Moeller est plus dans le vrai lorsqu'il compare les bulbes aux bourgeons, et qu'il fait dépendre des bourgeons ou gem- mes l'accroissement des végétaux*. Le tissu cellulaire fut présenté par G. R. Boehmer (né en 1723, mort en 1803) comme la trame fondamentale de 1. Observations inr les iilantcs ctleur analogie avec les insectes- Strasb., n41,in-8°. 2. Needham, Nouvelles découvertes faites avec le microscope; Levde 1747, in-g". 3. Hamburg. Maga%., II, 454 ; III, 410. 4. Moeller, Oekon. phijsikal. Abliandl., t. I et V. TEMPS MODERNES. 239 la plante, et il en déduisit tout le système vasculaire*. L'idée des transformations commençait alors à poindre dans beaucoup d'esprits. J. Hill (né en 1716, mort en 1775) lit venir les pétales, par voie de métamorphose, des cou- ches externes de l'écorce, et le réceptacle de la fleur des couches internes de l'écorce^ Il décrivit le premier les spongioles ou extrémités fibrillaires des racines, et consacra un travail spécial au sommeil des plantes : The sleep of plants; 1757, in-8. Enfin il étudia la structure des vaisseaux en se servant de liquides colorés. Les fonctions des feuilles ont été l'objet d'un travail classique de Charles J5onneî (né à Genève en 1720, mort en 1793). Ce travail {Recherches sur l'vsagp' des feuilles^ 17c4, in-8°) se compose de cinq mémoires : le premier contient un grand nombre d'expériences pour démontrer que les feuilles sont des espèces de « racines aériennes qui pom- pent l'humidité et les exhalaisons répandues dans l'air, et que la surface inférieure des feuilles est le principal siège de la succion et de la transpiration. » Le second mémoire traite de la direction naturelle des feuilles. Cette direction est telle, que la surface inférieure regarde tou- jours le sol d'où elle pompe la vapeur nourricière, et que si elle vient à être changée, « les feuilles savent la repren- dre d'elles-mêmes par un mouvement qui leur est propre, et qui paraît presque aussi spontané que ceux que so donnent divers animaux pour des fins analogues, » Le troisième mémoire a pour objet la distribution symétrique des feuilles. Le quatrième donne des expériences sur des feuilles qui, détachées de leur sujet, ont poussé un grand nombre de racines et sont devenues elles-mêmes des plan- tes en quelque sorte complètes. L'auteur y décrit aussi 1. Boehmer, De celhdoso vegetahilium cnntextu; "Witterab., 1753, in -4. 2. Hill, OutUnes of a System of vegelable génération; Londres, 1758, in-8°. 240 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. diverses monstruosités dont il indique l'origine ; c'est le premier essai qui ait été fait d'une tératologie végétale. Le cinquième mémoire traite de la question, souvent agitée, de l'ascension de la sève; des injections colorées ont permis à l'auteur de suivre de l'œil la marche du liquide dans une grande partie de son parcours. Mais si la sève ascendante est réelle, l'existence de la sève descendante n'est point par là démontrée : en un mot la circulatioii de la sève paraissait à Gh. Bonnet au moins très-douteuse. Dans le m.ême mémoire il réfute par l'expérience l'opinion d'après laquelle le blé pourrait se convertir en ivraie ; et il démontre que le défaut de lumière est la cause de l'alté- ration des plantes qu'on élève dans des lieux obscurs, et que les jardiniers ont nommée étiolement. Les stomates (oscula) , dont est parsemée la face infé- rieure des feuilles, furent examinées avec soin par H. B. de Saussure, le célèbre voyageur des Alpes (né en 1740, mort en 1799). Il montra que ces ouvertures sont entou- rées d'un rebord glandulaire, adhérent aux parois du tissu cellulaire, qu'elles manquent dans les pétales, et que c'est par là que les feuilles absorbent des fluides ^ La circulation de la sève, dont la réalité avait été révo- quée en doute par Gh. Bonnet, fut démontrée par L. Du- hamel de Monceau. Get ingénieux expérimentateur montra d'abord, dans sa Physique des arbres (Paris, 1758, in-^), que la sève descendante diffère de la sève ascendante, ainsi que des sucs propres, qu'elle entretient continuellement le cambium, entre l'écorce et le bois, et qu'elle concourt essentiellement à la nutrition du végétal. Ges donnée;, importantes furent confirmées par d'autres observateur.-. C'est ainsi que Treviranus montra qu'en effet les sucs propres des euphorbes, des pavots, de la chélidoine, etc., loin d'être de même nature que la sève descendante, ne 1. B. de Saussure, Observations sur l'écorce des feuilles et pétales; Genève, 1762, in-4''. TEMPS MODERNES. 241 sont que des fluides excrémentitiels, analogues, non point au sang, mais à la bile, à la salive, etc., qui ne concou- rent qu'indirectement à la nutrition. Duhamel fit encore de nombreuses expériences sur l'ac- croissement des arbres (dicotylédones) en diamètre ; run(! des plus concluantes consistait à faire passer l'anse d'un fil d'argent dans le liber ou partie interne de l'écorco. Au bout de deux ou trois ans, le fil se trouvait engagé au milieu des couches ligneuses. L'observateur en con- clut que le liber, au milieu duquel le fil d'argent se voyait engagé, s'était transformé en bois ; conséquem- ment que la couche fibreuse interne de l'écorce forme petit à petit la nouvelle couche ligneuse, qui chaque an- née s'ajoute aux couches de bois successivement produi- tes. Rien n'est plus fondé, en apparence, que cette théo- rie de l'accroissement externe. On ne tarda pas cependant à constater que ce n'est pas, comme le croyait Duhamel, le liber qui se transforme en bois, mais que l'accrois- sement du tronc s'effectue dans la couche utriculaire, sous-jacente au liber, dans la couche du cambium. De là naquit une nouvelle théorie, qui va conduire la science jusqu'à nos jours. En voici la filiation. Jean-Nicolas La/lire (né à Paris en 1685, mort en 1727), fils du célèbre géomètre de ce nom, avait émis, en 1719, dans les Mémoùes de rAcaclémie des sciences, Vojiinion que les bourgeons sont les agents essentiels de l'accroissement des tiges en diamètre, et que c'est de leur base que par- tent et descendent les fibres, qui forment chaque année les nouvelles couches ligneuses, qui viennent augmenter la grosseur de la tige. Cette théorie était entièrement ou- bliée, quand elle fut reprise, en 1 809, par Du Petit-Thovars. De ses observations ce botaniste conckit que les bour- geons sont en C[uelque sorte des « embryons germants », pour lesquels la couche de cambium, située entre l'é- corce et le boii5, remplit le même usage que le sol pour les graines qui germent. Pendant que le bourgeon va 16 242 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE former une jeune branche, sa base donne naissance à des fibres , qui remplissent l'office des radicules de l'em- bryon. Ces fibres descendent à travers la couche humide de cambium, où elles rencontrent celles qui proviennent des autres bourgeons; toutes s'anastomosent, prennent de la consistance et forment ainsi chaque année une nou- velle couche de bois*. Cette théorie, que la greffe en écusson paraissait confirmer, allait succomber sous des attaques réitérées, quand elle fut reprise, avec certaines modifications, par Gaudichaud (né en 1780, mort en 1854). D'après ce botaniste, l'organisation de la tige et des parties appendiculaires, telles que les feuilles, les calices, les corolles, les étamines, les pistils, n'est que le résul- tat du développement d'un seul organe primitif, dont l'embryon monocotylédoné est le type. En effet, de même que l'on observe dans l'embryon monocotylédoné, lorsqu'il a piis tout son expansion normale, un mamelon radicu- laire qui constitue son système descendant, puis une tigelle, un cotylédon et son support, lesquels forment son sys- tème ascendant, de même aussi on voit, dans le végétal plus avancé, la racine qui représente la radicule, c'est-à- dire le système descendant, et le mérithalle avec la feuille et son pétiole, qui représentent la tigelle, le cotylédon, ainsi que son support, c'est-à-dire le système ascendant. Le type simple que présente l'embryon monocotylédoné se double, se triple, se quadruple, se quintuple, etc., dans l'embryon dicotylédoné, et il en est de même de l'appa- reil vasculaire qu'il renferme. Tout cela se démontre rigoureusement par l'anatomie de la jeune plante. L'appareil vasculaire se compose de deux ordres de vaisseaux : l'un se porte du collet de la ra- cine au bourgeon, l'autre du bourgeon à l'extrémité de la racine. Le premier élève jusqu'au bourgeon la sève brute 1. Du Petit-Thouars, Essais sur la végétation, considérée dans le développement des bourgeons; Paris, 1809, in-S". TEMPS MODERNES. 243 ([ui s'y élabore ; le second conduit jusqu'à la racine une partie de la sève élaborée. Celui-ci, dans les dycotylédonés, se prolongeant entre l'écorce et le bois, forme les nouvel- les couches ligneuses par son union avec les utricules nées de la tige, et contribue, de cette façon, à l'accroissement en diamètre, tandis que l'autre, s'allongeant au centre et aboutissant au bourgeon qui transforme en matière orga- nisée une partie de la sève venue de la racine, travaille à l'accroissement en longueur. Il suit de là que le bourgeon ne reçoit d'en bas rien de solide, rien d'organisé, qu'il crée de toute pièce les vaisseaux qui entrent dans sa composition et que ce sont les mêmes vaisseaux, déve loppés intérieurement, qui se représentent dans les cou- ches ligneuses de la tige et de la racine, dont ils consti- tuent la portion la plus importante. Quant aux utricules des couches, soit qu'elles s'allongent de bas en haut, ou du centre à la circonférence, elles s'organisent sur place, entre l'écorce et le bois, et n'ont rien de commun avec le bourgeon ^ Telle est, en substance, la théorie de &audichaud. Peu favorisée en France, elle fut soutenue en Angleterre par des observateurs d'un grand mérite, entre autres par Knight et Lindley. Respiration des plantes. — Les travaux de Bonnet et de Duhamel du Monceau avaient préparé la décou- verte de la fonction respiratoire des feuilles. En cherchant le moyen de rendre le gaz acide carbonique propre à la respiration et à la combustion, Priestley trouva, en 1771, que les végétaux peuvent, non-seulement vivre dans ce gaz oii les oiseaux périssent , mais qu'ils le rendent respirable, d'irrespirable qu'il était; il constata même 1 . La théorie de Gaudichaud se trouve exposée dans Vlntrodudîon (1" partie) au Voyage autour du monde sur la corvette la Bonite (Paris, 1851); elle est accompagnée d'un bel atlas, composé de planches coloriées. 244 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. que ce changement ne se produit que sous l'influence de la lumière du jour, et qu'il cesse la nuit. Malheureuse- ment l'observation de Priestley ne fut bien comprise qu'après la découverte de l'oxygène et celle de la com- position du gaz acide carbonique. C'est par une sorte d'engrenage inéluctable qu'une science fait, en marchant, avancer une autre science : le progrès de la physiologie dépendait de l'avancement de la chimie. Depuis la découverte des gaz dont l'air atmosphérique n'est qu'un mélange, les observateurs fixèrent plus parti- culièrement leur attention sur les phénomènes qui se passent dans ce milieu matériel où s'opère la vie des plantes et animaux. Il fut d'abord reconnu que tous les gaz qui constituent l'air ne sont pas également respira- bles, et qu'il n'y en a quun seul, l'oxygène, l'air vital par excellence, qui soit absolument nécessaire à l'entre- tien de la respiration. Instruit par les expériences de Priestley que le règne végétal et la règne animal se prê- tent un mutuel concours, J. Ingenhousz (né à Bréda eu 1730, mort en Angleterre en 1799) essaya de pénétrer plus avant dans ce mystère*; il fut bientôt suivi dans la même voie par J. Sembler, de Genève (né en 1742, mort en 1809)^. Ces deux observateurs établirent, par leurs expériences, que les plantes, sous l'influence de la lumière, décomposent l'acide carbonique en fixant le carbone et mettant l'oxygène en liberté, tandis que dans l'obscurité elles respirent comme les animaux, en absorbant l'oxy- gène de l'air et en dégageant de l'acide carbonique. La découverte de la fonction respiratoire des plantes provoqua une étude plus attentive des organes par lesquels cette fonction devait s'exercer. La membrane transpa- 1. Ingenhousz, Expériences sur les végétaux; Paris, 1780, in-8°. 2. Senebier, Reclterches stir l'influence de la lumière solaire pour métamorphoser l'air fixe en air pur par la végétation; Genève, 178;5 , in-8°. TEMPS MODERNES. 245 rente, incolore qui, sous le nom d'épiderme^ recouvre toutes les parties du végétal aussi bien que de l'animal, avait été soumise à l'examen microscopique déjà par Mal- pighi et G-rew. Malpighi soutenait que l'épiderme est formé par les utricules externes du tissu cellulaire, épaissies et endurcies par l'action atmosphérique. Cette opinion eut pour défenseurs H. D. Moldenhawer^ Antoine Krocker% J. J. Bernhardi*, Gh, A. Rudolphi*, Fr. Linck^, Brisseau- MirheP, etc. Grew, au contraire, présentait l'épiderme comme une membrane tout à fait distincte du tissu sur lequel elle se trouvait appliquée. Gette seconde opinion fut appuyée par B. H. de Saussure, J. Hedwig, Trevira- nus, Amici, Ad. Brongniart, Hugo Mohl et par d'autres. Les travaux de ces observateurs ont mis l'existence de l'é- piderme, comme membrane distincte, hors de doute. Bien plus, d'après les recherches de Henslow, d'Adolphe Bron- gniart et de H. Mohl, cette membrane elle-même se compose de deux pellicules, l'une extérieure {cuticule)^ d'apparence granuleuse, percée d'ouvertures en forme de boutonnières, l'autre, sous-jacente, formée d'une ou de plusieurs couches d'ulricules soudées entre elles et souvent incrustées de silice, comme dans l'épiderme des prêles d'eau et des graminées. Les ouvertures en forme de boutonnières, appelées sto- viates, pores corticaux, glandes corticales^ dont l'épiderme est percé, avaient été également observées déjà par Malpi- ghi et Grew. Mais ce n'est que plus tard qu'il fut recon- nu, particulièrement par Amici, que ces petites bouches sont bordées d'une sorte de bourrelet, formé par un nom- bre variable de cellules épidermiques, et que ces bourre- 1. Diss. de vasis plantarum; Utrecht, 1779, in-S". 2. De plantarum epidermide; Halle, 1800, in-8°. 3. Beobaclitungen ûber P flanzenge fasse ; Erf., 1805, in-S°. 4. Anatomie und Plnjsiol. der Pflansen; Goett., 1807. il. Anat. der Pflansen; Berl., 1807. G. Traité d'anatomie et physiol. vég.; Paris, an X, in-8'. 246 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. lets, espèces de sphincters, sont susceptibles, sous diverses influences atmosphériques, de se dilater ou de se resserrer. Communs sur l'épiderme des feuilles et des jeunes tiges, les stomates, variables de grandeur suivant les espèces végé- tales, manquent sur l'épiderme des racines, des pétioles, des pétales, des vieilles tiges, des graines et des fruits charnus. Gomment ces pores se terminent-ils ? Les opinions sont encore partagées. Suivant Link, Nées d'Esenheck et Rohert Brown, ce sont de petites poches glandulaires, fer- mées. Mais Hugo Mohl, et d'autres phytonomistes plus récents, croient, d'après leurs observations, que les sto- mates sont perforés, que la formation de leur fente est due au dédoublement d'une cloison, existant dans l'intc- rieurde l'utricule, qui se partagerait ainsi en deux lèvres. Brisseau-Mirbel a donné des détails intéressants sur le développement des stomates dans les cryptogames ^ Quant à l'usage des stomates, il est encore obscur. Ils ne sont pas destinés, comme le croyait Amici, à l'absorption de l'humidité, puisque l'eau les fait fermer et qu'ils correspondent à des vides intérieurs, privés de sucs. L'observation a montré qu'ils ne servent pas davantage à l'évaporation, et qu'on ne peut pas non plus, avec Link, les mettre au nombre des organes excrétoires, puisqu'ils correspondent à des espaces vides. Suivant l'opinion d'Achille Richard, généralement admise aujourd'hui, les stomates jouent un rôle important dans la respiration et sont spécialement destinés à l'exhalation de l'oxy- gène, provenant de la décomposition de l'acide carboni- que ahsorhé ou inspiré. Fermés pendant la nuit, ils ne s'ouvrent, en effet, que le jour, sous l'influence de la lumière; et les arbres qui, d'après les observations de DeCaudoUe, n'ont pas de stomates, manquent aussi de la faculté de dégager de l'oxygène. 1. Recherches sur le marchantia polymorpha ; Mém. de l'Acad. des Sciences, année 1832. TEMPS MODERNES. 247 A. Brongmart, Th. de Saussure, Dutrochet, Delile et d'autres, ont montré par leurs recherches que la structure des feuilles est merveilleusement en rapport avec les fonctions respiratoires et nutritives. Leur parenchyme est disposé, surtout à la face inférieure, de manière à for- mer de petites poches, les poches pneumatiques, communi- quant toutes entre elles, et où s'introduisent, par les pores de l'épiderme, tous les éléments de l'air (oxygène, azote, hydrogène et carbone, — ces deux derniers provenant de la décomposition de l'eau et de l'acide carbonique), qui entrent dans la composition chimique du végétal. Arrivée aux extrémités de son parcours, la sève ascen- dante subit le contact de l'air dans les poches pneumati- ques, et s'y modifie exactement comme le sang veineux se modifie d£tns les poumons par l'action de l'air. C'est ainsi qu'on reconnut que les feuilles sont les analogues des poumons. Quel office remplissent alors les trachées? Depuis Mal- pighi et Grew, tous les phytotomistes se sont accordés sur ce point que la trachée est une lame étroite, mince, trans- parente [spiricule], qui, roulée en hélice ou spirale, forme par ses tours rapprochés un tube cylindrique plus ou moins allongé. Mais ils ont commencé à se diviser sur la question de savoir si les tours de la spiricule sont simplement soudés par une membrane très-déchirable, placée entre eux, ou si la spiricule est roulée sur la sur- face externe d'un véritable tube. Cette dernière opinion, qui était celle de Hedwig, a été abandonnée. La pre- mière, établie par les recherches de Kieser et de Dutro- chet, a prévalu. On s'est divisé davantage sur la nature de la spiricule. Se rapprochant de l'idée de Hedwig, Mustel, Link, Viviani, Mirbel, ont présenté la trachée comme formée de deux tubes, l'un interne, cylindrique, charriant de l'air, — ■ tube pneumatophore, — l'autre, ex- terne, excessivement délié, roulé en spirale autour du tube pneumatophore, et qui a reçu le nom de vaisseau 248 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. adducteur ou chylifère. Cette façon de voir n'a pas été adoptée par les observateurs plus récents, qui tous ad- mettent que le corps roulé en spirale est un corps plein, cylindrique ou comprimé. Longtemps incertain sur la manière dont se terminent les trachées à leurs extrémités, on s'accorde, depuis les travaux de Nées d'Esenbeck et de Dutrocliet, à donner à leurs terminaisons une forme conique. Les trachées ou vaisseaux spiraux contiennent-ils de la sève ou de l'air? Une singulière confusion a régné ici parmi les observateurs : les uns n'y ont vu que de la sève, les autres y ont trouvé de l'air. Ils avaient tous raison; leurs observations étaient exactes : la confusion venait de ce qu'ils avaient observé ces vaisseaux à des périodes différentes de la végétation. Il a été, en effet, reconnu que les trachées, qui ont pour siège d'élection les parois du canal médullaire, le pétiole et les nervures des feuilles, les calices, les pétales, les filets des étamines et les pa- rois de l'ovaire, contiennent de la sève seulement dans la première période de la végétation, quand ce liquide s'élève en abondance par le milieu de la tige, et que les feuilles et les fleurs commencent à se développer ; mais que l'air s'y substitue insensiblement à la sève à mesure que les dif- férentes parties de la plante prennent de l'accroissement. C'est dans cette seconde période que les trachées devien- nent des organes respiratoires. L'air va par là, pour ainsi dire, à la recherche du suc nutritif dans toutes les parties oîi celui-ci se renconti-e, — comme dans la respiration des insectes, — pendant que le suc nutritif vient se faire élaborer dans les appendices foliacés, comme chez les animaux à respiration pulmonaire. Les vaisseaux observés par H. Mohl, Schleiden, Mol- denhawer, Link, Slack, etc., sous le nom de vaisseaux annulaires, rayés, s calari formes, ponctués, réticulés, ne sont, d'après l'opinion généralement adoptée, que des modifications de la trachée. Aussi les a-t-on compris sou^ TEMPS MODERNES. 249 la dénomination générale de fausses trachées. De ces vais- seaux diffèrent ceux que Schulz a le premier fait con- naître sous le nom de vaisseaux laticifères. Ce sont des tubes à parois membraneuses, transparentes, n'offrant ni lignes, ni stries, ni lames, ni ponctuations. Chez les plantes dicotylédones, ils sont surtout nombreux dans la moelle et dans le tissu utriculaire de l'écorce, comme l'ont montré Meyen et d'autres. Charriant la sève élaborée ou des- cendante [latex), les vaisseaux laticifères sont les organes de la circulation du suc vital, circulation que Schulze a nommée la cyclose^, et où l'endosmose et V exosmose de Dn- trocliet, deux modes d'absorption des liquides dépendant de la différence de leur densité, paraissent jouer un rôle important. Notons, en passant, que sous le nom de vaisseaux pro- pres, qui tend à disparaître de la science, différents ob- servateurs avaient confondu les cavités ou vacuoles où s'accumulent des sucs résineux, avec les méats intercel- lulaires et les vaisseaux laticifères. Quelle est l'origine de tous les vaisseaux ou du tissu vasculaire ? Frappé du fait qu'une toute jeune plante ne se compose que de tissu cellulaire et qu'elle ne ren- ferme des vaisseaux qu'à une période plus avancée de son développement, Treviranus entreprit une série d'ob- servations qui lui permirent d'établir que les vaisseaux proviennent de cellules (utricules) placées bout à bout, dont les cloisons horizontales (diaphragmes) ont été com- plètement ou en partie résorbées. Les fibres, qui con- stituent le bois et les nervures des feuilles, ont la même origine, puisqu'elles résultent de la réunion de cellules très-allongées ou de tubes très-courts, terminés en pointes à leurs deux extrémités. Tout se trouve ainsi ramené à l'élément constitutif du tissu cellulaire, à l'utricule, sur l. Schulze, Sur la circulation et sur les vaisseaux lactifères (latici- fères) dans Les plantes; Berlin et Paris, 1839. 250 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. le développement duquel les observateurs ont été loin de s'accorder. Suivant Treviranus et Turpin, ce dévelop- pement s'effectue par les granules de chlorophylle (ma- tière colorante verte), condensées dans les utricules du tissu cellulaire. Suivant Schleiden, il s'opère par des nuclei ou des cytoblastes (vésicules-germes) qui paraissent autour de quelques granules comme une coagulation granuleuse. D'après H. Mohl, l'utricule se forme par une membrane intérieure qu'il nomme utriciile primordiale^. Un fait certain, c'est que le tissu cellulaire ou parencbyme s'ac- croît par la multiplication et l'expansion des utricules qui le composent. Il y a des végétaux qui sont entière- ment formés de tissu cellulaire (utriculaire), tels que les champignons, les algues, les lichens, tandis qu'il y en a beaucoup d'autres qui se composent à la fois de tissu cellulaire et de vaisseaux. C'est ce qui a fait, comme nous avons vu, distribuer à de Gandolle tout le règne végétal en plantes cellulaires et en plantes vasculaires. Un phénomène curieux, se rattachant à la circulation du latex (cyclose), c'est le mouvement giratoire du fluide nu- tritif [protoplasme], contenu dans les utricules du tissu cellulaire. Ce phénomène fut pour la première fois ob- servé, en 1772, par Bonaventura Corti dans certaines plantes aquatiques [chara hispida et caulinia fragilis). De ses observations, publiées en 1775^, le savant italien conclut que le liquide de chaque cellule présente un mouvement particulier, indépendant de celui des autres cellules, et que ce mouvement rotatoire s'exécute invaria- blement dans le même sens le long de la face interne des parois cellulaires. Treviranus arriva, en 1807, à des ré- sultats identiques sans avoir connu le travail de Gorti. Il 1. Morel, Hall. bot. Zeitung, année 1844. 2. B. Corti, Lettera sulla circulaaione del (luido, scoperta in varie piante; Modena, 1775. TEMPS MODERNES. 251 crut d'abord que cette giration du liquide nutritif ne s'observait que dans les plantes aquatiques dont les cellules allongées tiennent en quelque sorte lieu de vais- seaux. Mais depuis les recherches de Schleiden, de Mohl, de Meyen, de Schultz, d'Amici, de Raspail, de Slack, de Gœppert, de Donné, etc., il a été reconnu que ce phéno- mène est à peu près général, et que si on ne l'a pas aperçu dans beaucoup d'autresvégétaux,c'estque le fluide circulant dans les utricules était tout à fait incolore et dénué des granules qui permettent d'en suivre le mouve- ment. Ces granules, et le mouvement giratoire qu'elles impriment, s'aperçoivent le mieux dans les utricules du ca- lice de l'éphémère [tradescantia virginiacà) ^ dans les poils de la corolle du liseron, des campanules, des labiées, et surtout dans les poils qui garnissent les racines flottantes du petit nénuphar [hydrocharis morsus ranse). Les libres si enchevêtrées du dattier, que Desfontaines avait soumises à une étude particulière, devinrent pour Mirbel le point de départ d'une série d'observations inté- ressantes sur l'accroissement des végétaux monocotylè- donès, comparé à celui des dicotylédones^. Ces observa- tions montrèrent qu'il existe une similitude complète entre le bulbe et le stipe (tige des palmiers) ; que le bulbe de l'oignon, de l'ail, du lis, etc., n'estpas seulement un bourgeon surmontant une racine, mais un assemblage des trois organes essentiels de la nutrition (racine, tige et feuilles) ; que les caïeux, qui se forment à l'aisselle d'une écaille (feuille) de bulbe, remplacent les bourgeons qui se développent à l'aisselle des feuilles dans les végétaux dicotylédones ; que dans les monotylédonés ces bourgeons auxiliaires avortent presque constamment, ou restent à l'état rudimentaire, comme cela se voit dans la plupart des graminées et dans les palmiers, à l'exception du pal- 1. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 13 janvier 1843, et 7 octobre 1844. 252 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. mier doume, du dragonnier, de certaines espèces d'yuc- ca, etc. La structure et le développement des feuilles furent particulièrement étudiés par Suringar % Hœven^, Berta', Drejer'', Payen^, Grûjer% etc. Quant à la disposition de ces organes appendiculaires sur leur axe, les botanistes y restèrent longtemps inattentifs. Ce n'est guère que depuis une quarantaine d'années qu'on a commencé à s'en oc- cuper d'une manière spéciale. L'arrangement des feuilles par deux (feuilles opposées), par trois ou un plus grand nombre à la même hauteur de la tige, de manière à former des verticilles, avait été remarqué depuis longtemps. Mais ce n'est qu'en 1831 que F. Scïiimper et Al. Braun ont les premiers abordé géométriquement la disposition des feuil- les alternes ou éparses, et ont créé une nouvelle branche de la science, nommée la phyllotaxie ' . En examinant, par exemple, une branche gourmande de pêcher, on constate que les feuilles n'y sont pas arrangées au hasard et qu'elles forment autour de la branche une spirale parfai- tement régulière. Ainsi, en partant d'une feuille quelcon- que de cette branche on remarque que la sixième feuille recouvre la première, et que c'est toujours après deux tours de spire qu'on arrive à la feuille qui a servi de point de départ; c'est la disposition quinconciale. L'arrangement le plus simple est celui des feuilles alternes placées sur deux rangs (distiques) : en partant d'une première feuille, on voit qu'après un tour de spire, la troisième recouvre la première, etc. En désignant par le numérateur d'une 1. De foliorum ortu, situ, fabrica, etc.; Leyde, 1820, in-4°. 2. De fol. ortu, etc.; ibid., 1826, in-4°. 3- Mem. suW anatomia délie foglie, etc.; Parme^ 1828, in-4". 4. Etementa phytologLr ; Copenh., 1840, in-S». 5. Essai sur la nervation des plantes ; Paris, 1840, in-4". 6. Bot. Zeit., année 1851. 7. Flora, 1835, n" 10, 11 et 12 ; Nova Act. Nat. Cur.; Bonn, t. XV, p. 195 et suiv.j Annales des sciences naturelles, année 1836, 3J 7 , TEMPS MODERNES. 253 fraction le nombre des tours de spire et par le dénomi- nateur le nombre de feuilles nécessaires pour qu'elles se recouvrent, on a trouvé dans le règne végétal la série des cycles que voici : 1 1 2 3 5_ 8 2' 3' 5' 8' 13' 21' Pendant que Schimper et Braun poursuivaient leurs recherches en Allemagne, L. et A. Bravais arrivèrent, en France, à peu près aux mêmes résultats ^ La même ques- tion a été étudiée depuis par Kunth' , Hochstetter % Neu- mann*, et d'autres. Les différentes parties de la fleur, ainsi que la disposi- tion des fleurs sur leur axe [inflorescence) , ont été dans ces derniers temps l'objet de nombreux travaux. Parmi les au- teurs de ces travaux, nous citerons particulièrement Rœ- per ^, Boreau^, Purkinje ', H. Molli®, Gruillard^, Kirsclile ger*", Auguste Saint-Hilaire^*, Duchartre^^, Schleiden, Schacht , etc. La doctrine sur la fécondation, généralement adoptée depuis Linné, fut vivement attaquée par J. B. Willbrand, 1. L, et A. Bravais, Essai sur la disposition générale des feuilles' reC' tisériées, dans les Annal, des Scienc. nat., VU, p. 42 et suiv. 2. Kanth, Ueber Blattstellung dei- Dil:otijledonen; Berlin, 1843, iu-8». 3. Flora, n" 12, ann. 1850. 4. Ueber den Quincunx, etc.; Dresde et Leip., 1854, in-S". 5. Observât, sur la nature de fleurs et les inflorescences ; dans Seringe, Mélanges bot., vol. II ; juin 1826. 6. Observât, sur les enveloppes florales, etc.; Paris, 1827. 7. De celluiis antherarum fibrosis, necnon de granorum pollinis formis ; Bves\a.u, 1830-40. 8. Ueber die mànnlichen Blùthen der Coniferen; Tub., 1837. 9. Sur la formation et le développement des organes floraux ; Pa- ris, 1835. 10. fessai sur les folioles carpiques ou carpidies ; Strasb., 1846. 11. Morphologie végétale ; Pans, 1847, in-8. 12. Annales des sciences nat.; mai 1848. 254 HISTOIRE DE La BOTANIQUE. dans une notice [Existe-tAl dans les plantes une différence sexuelle?) publiée, en 1830, dans Bot. Zeitung (t. II, p. 585 et suiv.).Schleiden à Berlin, et Endlicher à Vienne, émirent en 1837, mie théorie qui tendait à renverser l'idée qu'on s'était faite jusqu'alors des fonctions des éta- niines et du pistil. D'après cette théorie, le pollen con- tiendrait les rudiments de l'embryon : conséquement l'étamine serait l'organe sexuel femelle, tandis que le pis- lil serait l'organe sexuel mâle, parce que les ovules se- raient uniquement destinés à fournir aux rudiments de l'embryon les matériaux nécessaires à leur développement. Unger, Wydler, Gréléznoff et d'autres botanistes adoptè- rent cette théorie, renouvelée en 1850 par Schacht. Elle fut vivement combattue d'abord par Hartig, Meyen, Amici,et plus tard par H. Mohl, Hofmeister et Tulasne. La ques- tion paraît devoir être résolue dans le sens des derniers observateurs. Les phénomènes de l'irritabilité et du sommeil des plantes ont été l'objet des travaux de Labat, de F. Johns- ton, de Nasse, de Morren, de Dutrochet, de Meyen, de Brûcke, de Fée, de Meyer, de Dassen, de Fritsch, etc., que nous ne pouvons ici que mentionner. Pour satisfaire ce besoin de l'esprit qui cherche partout l'unité dans la variété, les botanistes imaginèrent diverses doctrines sur la métamorphose des plantes. Regardant la moelle comme la partie la plus essentielle du végétal, Lin- né en faisait venir, par voie de transformation, le pistil, considéré comme l'organe le plus important de la fleur; il plaçait les vaisseaux de la nutrition dans l'écorce, dont la partie interne [liber] devait former les couches annuel- les du bois ; enfin de la partie externe de l'écorce prove- nait, selon lui, le calice, de la partie interne la corolle, du bois l'appareil sexuel mâle (étamines). Ayant pris l'arbre pour type de la végétation, Linné pensait qu'à toutes les plantes il faut au moins deux ans pour produire une florai- son complète, et que dans les plantes annuelles l'apparition TEMPS MODERNES. 255 de la fleur est une floraison anticipée, une prolepsis, pour nous servir de son expression*. Cette théorie n'était pas soutenable. Mieux inspiré que Linné, Gaspard Frédéric Wolff prit, pour le rappeler, la feuille comme principe de la métamorphose végétale. C'est ainsi que le calice, la corolle, les étamines, l'ovaire, ne se- raient que des feuilles transformées^. Cette idée fut reprise et développée par Grœthe, voulant « unir ce que Linné avait séparé. » Seulement, au lieu d'expliquer, comme Wolff, les métamorphoses delà feuille par un affaiblissement succes- sif de la force végétative, le grand poète allemand posait en principe une sorte d'hiérarchie de la végétation, dont le point culminant était représenté par la fleur*. Cette théo- rie, adoptée par Fr. S. Voigt, Kieser, Oken, Nées d'E- senbeck, etc., devint bientôt générale et se fondit avec la doctrine de la symétrie des organes, doctrine de de Ca.n- doUe, développée par Aug. Saint-Hilaire. Cette doctrine explique les écarts de la symétrie des organes par des dé- générescences, par des avortements et des adhérences. III. Phytograpbie. La connaissance des plantes, primitivement limitée à la région méditerranéenne, va finir par embrasser la pres- que totalité de la surface du globe terrestre. Gomme les hommes qui y ont le plus contribué appartiennent à l'Europe, on comprendra aisément la division du tableau descriptif des espèces végétales en flore européenne ou 1. Amœnitates acad., vol. IV, p. 368 (ann. 1755), et vol. VI, p. 324 (ann. 1760). 2. Nov. Comment, acad. Petrop., t. XII, p. 473, et t. XIII, p. 478 et suiv. 3. Goethe, Tersuchdie Metamorph. der Pflanzen su erklûren; Go- tha, 1790. 256 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. indigène, et en flore exotique, comprenant les plantes de l'Asie, de l'Alrique, de l'Amérique, de l'Australie et des îles annexes de ces continents. FLORE INDIGENE SPECIALE ET GENERALE. Dans toute l'Europe il n'y a pas de flore plus intéres- sante que celle de la Suisse. J. J. Scheuchzer (mort en 1733), professeur de Zurich, ne la fit connaître que très- imparfaitement dans son Oupicrtcpoir/]; helveticus, sive Iti- iiera per Helvelise regiones (Leyde, 1723, 4 vol. in-4''). On lui doit la description de deux nouvelles espèces de phy- teuma{ph. Scheuchzeri et ph. ovatum). — Haller, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, aussi distingué comme physiologiste et poète que comme botaniste, auteur de la Bibliotheca botanica (Zurich, 1771, 2 vol. in-4*'), réunit le premier les matériaux d'une histoire complète des plantes de la Suisse dans son Historia stirpium Helvetiœ indigena- rum (Berne, 3 vol. in-foL, avec de beaux et nombreux dessins). On y trouve la description de 2486 espèces de plantes, parmi lesquelles nous citerons comme ayant été pour la première fois figurées, aretia helvetica et a. alpi- na, laserpitium hirsutum, suxijraga muscoides et 5. mu- lata, arenaria muUicaulis, pedicularis verlicillata, oxytropis campestris, cnicus spinosissimus , etc. Haller eut pour principal aide Werner de la Chenal, professeur de bota- nique à Bâle. Louis Reynier donna des suppléments à l'ouvrage de Haller. — Parmi les botanographes plus ré- cents de la Suisse, nous citerons : B. Suter (Flora Helve- tica, 2 vol. in-12, Zurich) ; de Glairville {Manuel d'her- borisation e?i Suisse; Winterthur, 181 1, in-S") ; Wahlenberg {De vegetatione et climate in Helvetia septentrionali, etc.; Zurich, 1813, in-S»); Gh. Seringe {Musée helvétique, etc.; Berne, 1818; Herbier portatif des Alpes, in-4°); Ph. Gau- TEMPS MODERNES. 257 din [Flora Helvetica; Zurich, 7 vol. in-S», 1828-1833, ouvrage important, continué après la mort de l'auteur par Monnard, 1836); J. Hegetschweiler {Flora der Scliweiz^ publié après la mort de l'auteur par 0. Heer; Zurich, 1840, in-12). Les cantons de Bâle, de Berne, de Lucerne, de Genève, de Vaud, de Zurich, de Saint-Gall, des Grisons, eurent leurs flores particulières, rédigées par liagenbach, J. Brown, G. Krauer, Fr. Reuter, D. Rapin, A. Kœlliker, J, Wartmann et A. Moritzi. La France fut explorée par des botanistes distingués. Tournefort ne dédaigna pas d'écrire une Flore des envi- rons de Paris. Il fut suivi dans cette voie par son disciple, Séba&'tien Faiton/ (né à Magny ,en 1669, mort à Paris en 1722). Démonstrateur au Jardin du Roi, S. Vaillant amassa, pendant près de trente ans, les matériaux d'un magnifique ouvrage , le Botanicon Parisienso (Leyde et Amsterdam, 1727, in- fol., avec une carte des environs de Paris et trois cents figures de plantes dessinées par G. Aubriet), qui ne parut qu'après la mort de l'auteur, par les soins de Boerhaave. On y trouve la description et les dessins d'un grand nombre d'espèces nouvelles de mous- ses, de lichens et de champignons. Parmi les phanéroga- mes, pour la première fois exactement présentées, on re- marque : poa compressa, exacum filiforme, silène galHca, géranium columbinum, aira aquatica, agrestis interrupta, etc. N'oublions pas que l'on doit à S. Vaillant l'introduction (en 1714) des serres chaudes en France. — Parmi les flo- rigraphes des environs de Paris, nous nommerons en- core, avec la date de leurs publications : Fabregou, (1740), Dalibard (1749), L. Thuillier (1790), J. Buchoz (1797), Pierre Buillard (1776-1780), B. Francœur(1801). A. et F. Plée (1811), D. Dupont (1813), V. Mérat(1812)^ A. Vigneux(1812), Poiteau et Turpin (1813), Chevalier 1826-1827), Cosson et Germain (1845.) La flore spéciale des provinces de la France fut l'objet des travaux de J. Garidel [Provence et surtout les environs 17 258 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. d'Aix, 1715), D. Villers [Bauphinè, 1779), R. Durand, [Bourgogne, 1782), Willemot, Lamoureux et Godron [Lor- raine, 1780, 1803 et 1848), Gh. Stolz [Alsace, 1802), Tris- tan et Dubois [Orléanais, 1803 et 1810), A. Delarhre [Au- vergne, 1795), Graterau [Languedoc, 1789), Picot-Lapey- rouse, Ramond, Bergeret et Noublet [Pyrénées, 1789, 1795, 1803 et 1837), Roussel, Renault et Brébisson [Nor- ma7idie,n96, 1804 et 1829etsuiv.), Bastard [Anjou, 1809), Balbis [Lyonnais, 1828), Boreau [Centre de la France, 1840). Parmi les florigraphes des départements, nous signale- rons : Viviani (Corse, 1824), Desmoulins [Dordogne, 1840), F. Dujardin [Indre-et-Loire, 1833), Lorey et Duret [Côte- d'Or, 1831), Arnauld [Haute-Loire, 1830), Hollandre [Mo- selle^ 1842), etc. Monet de Lamarck conçut le premier l'idée d'une Flore générale de la France (1792), qui fut en partie exécutée parDeCandolle, Jaume Saint-Hilaire, Loiseleur-Deslong- champs et Duby (1834-1838). La première Flore générale de l'Allemagne à peu près complète fut publiée par Gruill. Roth, médecin de Vegesack [Tentamen florx germanicœ; Leip., 1787-1800, 3vol. in-S"). Mais son travail devait être bientôt dépassé par les ou- vrages de Schrader (mort en 1836), professeur à Groettin- gue% de J. Sturm^, de Gr. L. Reichenbach [Flora germa- nica, etc., 1832 et années suiv.), de Jos. Kocli (mort en 18li9), professeur à Erlangen^, de G. Meigen, etc*. Les ouvrages de Jacquin (né à Leyde en 1727, mort à Vienne en 1817), de Grantz, de Horst et de L. Trat- linick sur la Flore de V Autriche sont fort estimés ^ Kurt 1. Flora germanica ; Gœtting., 1806, in-8; il n'en parut que le 1" vol. 2. Deutschlands Flora, etc. 1798-1848. 149 cahiers. 3. Veulsch. Flora, 1823-1839, o vol. in-8. 4. Deutsch. Flora, 1836-1842. 5. Jacquin, Enumeratio stirpium, etc. Vienne, 1762; — Ciantz, Stirpes austriacœ, Vienne et Leipz. 1762-1769; — Horst, Flora uui,- TEMPS MODERNES. 259 Sprengel (mort en 1833, professeur à Halle), l'auteur de YHistoria rei herbariœ, s'était aussi beaucoup occupé de la flore allemande. Parmi les florigraphes des différentes parties de l'Al- lemagne, on remarque, pour la Prusse : G. L. Willdenow (né en 1765, mort professeur à Berlin, en 1812), auteur d'une édition estimés du Species plantarum de Linné (10 vol., 1797-1810) \ Kunth (1813), Loreck [Flora porussica, 1826-1830), R. Schmidt (1843). Pour la. Bavière : Schrank^, j. A. Schuîtes, professeur à l'université de Gracovie, auteur d'une histoire de la bo tanique (Vienne, 1817, in-8°)^ Pour le Wurtemberg : Schûhler et Martens (F^ora v. Wûrtemb.Tnl:).^ 1834, in-8''). Pour le pays àe Bade : Gh. Gmelin [Flora badensis, 1805- 26), L. Succow, H. Dierbach. Pour la Saxe : H. Ficinus [Flore de Dresde., 1808), G. Baumgarten {Flore de Leipzig, 1790), L. Reiclienbach [Flore de la Saxe, 1841), HoUet Heynliold (1842). Pour la Thuringe : Schenck, Schlechtendal et Laugethal [Flora v. Thûring en, lena., 1835-48). Pour les différentes parties de l'empire d'Autriche, nous citerons Kosteletzki(F/ore de laBohême, 1824), Rosch- mann [Flore du Tyrol, '.738), Scopoli [Flore de la Car- niole, 1760), Zawadsky [Flore de la Galicie, 1835), Maly {Flore de la Sty rie, 1837), Lang [Flore de la Hongrie), Visiani [Flore de la Dalmatie, 1840-51). L'étude des plantes indigènes a été, dans la Grande- Bretagne, l'objet de travaux aussi importants que variés. Nous ne mentionnerons que la Flora anglica (Lond., triaca, 1827 1831, 2 vol. in-8 ; — Trattinick, Flora des Œst. Kaiserth., 1822,2 vol. in-4. 1. Willdenow, Flora Berolin., 1757-58 } Florw Berol. ProdromuSi 1787. 2. Baierische Reise, 1786, 3. Baieni's Flora, 1811. 260 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. 1762, in-8°) de W. Hudson, mort en 1793, pharmarcien à Londres; la Flora britannica (Lond., 1760) de J. Hill; le British herbal (1770, in-fol.) de J. Edwards ; le Catalogue ofbritish plants eX Flora londinensis (1787-88, continué par Hookcr) deW. Gurtis, pharmacien de Londres, mort en 1770); la Flora britannica (1800-1804, 3 vol. in-S") d'Ed. Smith, né en 1759, mort en 1828 à Londres; le British flora (1812, 5 vol. in-8°j de J. Thornton ; la Flora rustica, etc., (1794) de Th. Martyn, professeur à Cambridge, mort en 1825; The british flora {1832^-06^2 vol. in-8") de W. J. Hooker (né à Norwich en 1785), directeur du Jardin royal de Kew; A synopsis of British flora (1829 et suiv.) de J Lindley (né en 1799 à Gatton, près de Nor- wich), professeur de botanique à l'université de Londres, auteur du Vegetable Kingclom (Lond., 1846), etc. Nous ne devons pas oublier, dans cette énumération, le Hortus Ke- loensis^ ouvrage d'une grande autorité, qui fut commencé en 1789 par W. Alton, directeur du Jardin royal de Kew, continué par Townsend Alton, fils de W. Alton, puis complété pour la partie scientifique par Robert Brown, et enrichi de ligures par Fr. Bauer. Pour la connaissance de la flore de la Belgique et des Pays-Bas^ nous mentionnerons : Delicise gallo -belgicx (Strasb., 1799, 2 vol. in-S") de J. Necker, la Botanograpliie (Lille, 1799 et suiv.) de J. B. Lestiboudois, mort en 1805, de Fr. Jos. Lestiboudois, mort en 1815, et de Thémisto- cle Lestiboudois, fils du précédent, et surtout l'impor- tante Flora Batava (1800-1847, 9 vol. in-4«) de J. Kops et G. Sepp. Le royaume de Danemark, y compris la Norwêge, l'Is- lande, lesîles Faro'éet le Groenland, eut pour florigraphes : Oeder (né en 1728, mort en 1791), professeur de botanique à l'université de Copenhague, auteur des trois premiers volumes de la Flora danica (1761-70), ouvrage monumental, • continué par F. Mùller, Vahl et Hornernann (3-9 vol. in- TEMPS MODERNES. 261 foL, 1770-94), E. Gunner, Ftom norwegica (1766-72), Fr. Rottholl (mort en 1797, professeur à Copenhague), De plantis hlandix et Groenlandix. La flore de la Suède et celle de la Laponie eurent pour principal auteur Linné ; sa Flora suecica parut en 1 745 , huit ans après sa flore de la Laponie. Ces travaux furent plus tard complétés par Gr. Wahlenberg [Flora lapponica, Stockh., 1812, in-8°) et Flora suecica, Leipz., 1824-33, 2 vol. in-8°). Acharius, Agardh et Fries y ajoutèrent une étude approfondie des cryptogames. Parmi les florigraphes de l'Italie se sont distingués : Gh. Allioni, mort en 1802, professeur à Turin [Flora Pede- monîana, 1785, 3 vol. in-foL), J.H. Moris [Flora Sardoa, Turin, 1835-1843), J. Passerini [Flora Italise superioris, Milan, 1844), F. Maratti [Flora romana, Rome, 1822), Mich. Tenore [Flora napolitana, Naples, 1811-1830, 5 vol. in-fol., l'une des flores spéciales les plus complètes), Gr. Gussone [Flora sicula, Naples, 1829 et suiv.). L'Espagne, le Portugal, la Grèce, la Turquie et la Rus- sie, n'ont guère été étudiées, sous le rapport de l'histoire naturelle, que par des savants étrangers à ces pays, ou par des indigènes ayant longtemps séjourné à l'étranger. Nous citerons pour VEspagne : le Suédois P. Loeffling (né en 1729, mort en 1756), dans son Iter hispanicum (Stockh., 1752); J. Gavanilles (né à Valence en 1745, mort à Madrid en 1804), qui avait étudié la botanique à Paris pendant un séjour de douze ans dans cette ville ^ ; le Fran- çais Roissier^; les Allemands Reuter [Chloris austro-his- panica, Ratish., 1846) et Willkomm [Icônes et descriptiones plantarum^ etc.,Leip., 1852 et suiv.). Vouvle Portugal, l'Italien D. Vandelli (F/ora? lusitanien 1. Icônes et descriptiones plantarum quse aut sponte in Hispama crescunt, aut in hortis hospitantur ; Mad., 1791-97, 2vol. in-folio, avec un supplém. d'Ignacio Franco; Mad., 1798. 2. Voijage botanique dans le midi de VEspagne, Paris, 1839-45, 2 vol. in^". 362 HISTOIRE DE LA BOTANIQUE. spécimen, Goimbre, 1788), Gorrea da Serra (né en 1750, mort en 1823), membre de la Société royale de Londres où il avait résidé*. A. F. Linck, de Berlin, qui avait ac- compagné, en 1 798 et 1 799, le comte de Hoffmansegg, dans un voyage en Espagne et Portugal, commença, en 1809, la publication d'une Flore portugaise, dont le vingt-troi- sième fascicule parut en 1840, et qui est restée inachevée. John Sibthorp (mort en 1796, professeur à Oxford), qui avait visité une partie de la Grèce et de l'Asie Mineure, entreprit un vaste ouvrage sur la Flore de ces contrées, qui ne parut qu'après sa mort, par les soins d'E. Smith [Flora grseca, etc. Lond., 1806-1840, 10 vol. in-fol.). Du- mont d'Urville donna une liste des plantes qu'il avait cueillies, en 1822, dans les îles de l'Archipel grec et sur le littoral du Pont-Euxin ^. Hincke et Manolesko explorèrent en 1833-1836 la Tur- quie d'Europe. Les résultats de leur exploration furent publiés par Frivaldsky [Succinctx diagnoses specierumplan- tarumin Turcia europsea collect., 1837). Jaubert, Sieber, Greville, Délia Porta, Margot et Reuter firent spéciale- ment connaître la Flore du Péloponèse, des Gyclades, de la Crète, des îles Ioniennes, notamment des îles Gorfou et de Zante, La connaissance des plantes de la Russie d'Europe est principalement due aux travaux de Pallas [Flora Rossica, St-Pétersb., 1784-88, 2 vol.), de Ledebours [Flora Rossica, Stuttg., 1842-52, 3 vol. in-S")^ et de Trautvetter {Grun- driss einer Geschichte der Botanik in Bezug auf Russland; St-Pétersb.,- 1837). Le projet d'une Flore générale de l'Europe n'a été jus- qu'ici qu'incomplètement réahsé par Laicharding, mort en 1797, professeur à ln^^v\xck[Vegetabilia europsea, 1770- \. Notices sur Jes fleurs portugaises, Aa.ns Philos. Transacl. 1796, Transact. ofthe linn. Soc, t. V et VI; Annales du muséum, t. VI, VIII IX, XetXIV. 2. Enumeraiio plantarum, etc., Paris, 1822, in-S». TEMPS MODERNES. 263 71, 2 vol. in-8*>), par Boissieu [Flore d'Europe, Lyon, Î805-7, 3 vol. in-8"), et par J. J. Roemer [Flora europxa inchoata^ Nuremb., 1797-1811, in-S"). FLORE EXOTIQUE. Les naturalistes voyageurs, qui ont agrandi le domaine de la science, souvent aux dépens de leur santé ou de leur vie, méritent que nous nous y arrêtions un peu plus long- temps. Pour donner un rapide aperçu de leurs travaux, nous procéderons par ordre de pays. Asie. — Linné avait souvent exprimé ses regrets de ce qu'on eût entièrement négligé l'histoire naturelle de la Palestine, qui pouvait être